“Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.” Jn. 3, 8

1 – Un Cénacle en pleine Prairie

La localité de Pilar est située à 60 kilomètres de Buenos Aires, direction Lujan. L’archidiocèse y a construit un immense bâtiment d’une capacité pour presque deux cent personnes. Chambres individuelles que des séminaristes ont occupées pendant les vacances. La structure sert aujourd’hui pour diverses rencontres, dont celles de la Conférence Épiscopale d’Argentine. Jorge Bergoglio, aujourd’hui Pape François y a résidé à plusieurs occasions. Le bâtiment était appelé “Montonera”, aujourd’hui il est nommé « CENÁCULO ».

On a effectué en ce lieu la troisième Rencontre Internationale des Fraternités Nazaréennes, du 10 au 14 juillet 2015. Une rencontre qui a réuni 156 participants : 46 de l’Argentine, 36 de l’Uruguay, 8 de l’Espagne, 1 du Mexique, 5 de la France, 7 du Brésil, 49 de l’Équateur, 4 des Philippines.

Un “vent” mystérieux, non aussi fort que celui de la “prairie”, mais effectif, a balayé en peu de temps les barrières d’origine, de races, de langues… Une seule Foi a créé des syntonies humaines profondes. Nazareth lui a donné une chaleur familiale. “L’esprit de corps et de famille” a fait vibrer la fraternité. Le rêve de Gabriel Taborin s’insinuait dans les cœurs fraternels, réunis par un appel commun. N’est-ce pas une Pentecôte ?

2. Les directions du vent

“Tu ne sais d’où il vient ni où il va” disait Jésus à Nicodème, dans son image du vent. C’est ce qui est curieux dans cet événement. Tous nous nous sommes émerveillés de ce que nous vivions. Parfois nous nous laissons emporter par le découragement. Comme les amis qui retournaient à Emmaüs, une présence inattendue leur fait lire l’Écriture dans le langage de l’histoire qu’ils sont entrain de vivre. Et ils retrouvent l’espoir.

Comme les amis d’Emmaüs, nous sommes perplexes face aux problèmes que nous vivons. La famille est-elle morte ? Pourquoi a-t-elle été banalisée de telle sorte, que nous nous méfions de sa solidité ? Quels sont les chemins pour retrouver la cohérence du lien familial ? Vaut-il la peine de marcher confient à un futur plus prometteur ? Jusqu’à quel point les liens entre les personnes seront permanents ? De telles questions ont été abordées pendant la Rencontre.

Gustavo Irrazabal, un Prêtre de Buenos Aires, nous a donné quelques pistes pour voir la problématique familiale à partir de l’Evangile. L’annonce de l’Ange aux bergers : “Vous trouverez un nouveau né enveloppé de langes et couché dans une crèche”. Il nous place d’une certaine manière face au mystère de l’Incarnation. Il en est de même : “Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce …”… La famille, le chemin de Jésus, le chemin de chaque homme, le chemin de l’Église.

Dans cette perspective évangélique, Gustavo nous a ouvert à la famille Communauté d’amour, Église en miniature… Il nous a proposé la “loi de la croissance” pour aborder les situations irrégulières, aujourd’hui tellement fréquentes. Il a corrigé quelques erreurs conceptuelles en ce qui concerne ce que vivent beaucoup de familles, il nous a aidés à interpréter le travail du Synode de la famille qui continuera prochainement à Rome, il nous a ouverts un horizon plus vaste et prometteur en ce qui concerne une réalité qui certainement préoccupante tant aux familles qu’aux éducateurs. Un vent qui dégage de gros nuages et découvre des cieux nouveaux et des chemins nouveaux pour la Bonne Nouvelle de Jésus.

3 – Les secrets du vent

Au cœur même de ce vent qui nous pousse, logent les secrets qui commencent à se révéler. Ils nous appellent à descendre au plus intime et écouter son langage, celui des différentes cultures qui nous convoquent. Un vent qui nous invite à nous dépouiller de nos certitudes et de nos sécurités, pour nous impliquer à nos frères auxquels Dieu nous envoie.

Pour annoncer l’imminence du Royaume de Dieu, Jésus de Nazareth utilise les images proches à ses auditeurs : le semeur, la semence, les champs de blé, les figuiers, le grain de moutarde, le sel, la levure, la farine, les poissons, les filets… Son message a beaucoup de poésie, de culture campagnarde, de pêches dans la mer de Galilée, de vie de famille… Un langage avec chaleur de maison, de travail, de vie quotidienne. C’est pourquoi il arrive au cœur de ses compatriotes, les attire, les captive, il est la nouvelles, la bonne nouvelle. C’est ce que le Maître a appris dans sa vie quotidienne à Nazareth. Le secret de Jésus est ce qu’il a appris à Nazareth. Son expérience se fait communication, et le message qu’il communique seulement peut être lu à partir de l’histoire de chaque homme, en son expérience de vie.

Nous avons dans ce charisme, précieux cadeau de Dieu que Gabriel a reçu et nous a légué, un secret qui est comme une “perle de grande valeur” (Mt.13, 46), la clé d’entrée au Royaume annoncée par Jésus. J’ose affirmer que cette clé permet à nos Frères missionnaires de transmettre la joie de sa présence dans de nouvelles régions de la planète. C’est la même joie dont nous profitons aux rencontres des Fraternités Nazaréennes. Elle suscite de nouvelles adhésions à la vie de Frère.

4. – Au cœur du vent

Dans sa salutation de bienvenue aux Fraternités, le Frère Juan Andres Martos, notre Supérieur, effectuait une lecture biblique du mot “cœur” : source de vie, siège des sentiments, des pensées et des mémoires. Et il ajoutait : “Être au cœur des familles” est de les aider à découvrir leur vocation, communion et mission. Et il citait le Pape François qui “insiste sur une Église qui est capable d’utiliser le langage de la douceur et de la miséricorde”.

L’esprit de famille qui inspire notre être de Frère dont le regard est tourné sur la vie à Nazareth, nous permet une syntonie particulière avec la vie des familles. Comme l’affirmait le Frère Francisco Cabrerizo, notre cher Paco, dans sa communication sur la “Formation dans les fraternités”, “l’amour est le vrai message”. Il ajoutait : “Mon vrai être existe dans la mesure où on le donne aux autres, que je trouverai la raison de mon existence dans le don et dans le service”.

Le même vent nous pousse vers un don plus total de nos vies. Nous vivons la fraternité dans la prière quotidienne, enrichie par les célébrations que les fraternités ont préparées, avec beaucoup de créativité et esprit nazaréen ; dans le partage de la table, nous avons pu connaître d’autres origines de pays divers ; les assemblées sont riches d’apports des expériences des fraternités ; les groupes de travail ont permis de partager les expériences et les manières de sentir dans des diverses contrées et situations sociales ; les forums ont donné place à l’humour, pour des expressions artistiques originales ; le dialogue quotidien est fait avec chaleur de foyer … Sans oublier la présence d’enfants et des jeunes de quelques familles, qui nous ont récréés avec leur grâce si fraîche et joviale. De gentils animateurs de notre Collège Villa Urquiza se sont occupés d’eux.

5. – Où va-t-il ce vent ?

“… tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.” Jn. 3, 8

Un fait très significatif pour moi a été la présence des Frères à la Rencontre : autour de vingt, dont trois membres du gouvernement de la Congrégation, qui a assumé l’organisation et la bonne partie du coût.

Les questions qui me reviennent en ce moment de notre histoire comme communauté de consacrés sont, en partie, celles de notre Supérieur, le Frère Juan Andrés et certaines d’autres. Ce sont des questions qui se rapportent à notre mission à l’égard de la famille, et l’importance qu’elles ont pour nous les Fraternités comme nées de l’Esprit.

“Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit” Jn.3, 6. A la rencontre avec Nicodème, Jésus associe l’action de l’Esprit par « être né à nouveau ». Serait-ce à dire que notre Institut se retrouve à naître de nouveau ? Quels signes actuels pourraient indiquer qu’une nouvelle vie est conçue dans la Congrégation ? Sera-t-il, cet intérêt particulier à la revitalisation de la famille, un indicateur de la direction certaine de l’avenir de notre mission ?

Le terme biblique qui définit l’Esprit est le RUAH. C’est le vent qui déplace les sables du désert. Plusieurs fois nous nous sommes sentis vivre dans le désert : le manque de Frères, de nouvelles vocations, les défections qui nous font mal, le vieillissement, la désespérance, les désillusions … Cependant, un événement comme celui de cette Rencontre, nous fait sentir que les sables du désert se meuvent. Le RUAH nous invite à l’Espérance. Nous avons la certitude que l’esprit de famille, légué par Gabriel, est capable de susciter la vie, même dans les sables du désert.
Frère Héctor da Rosa – 24-7-2015