AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 17 décembre 2014

La famille – 1. Nazareth

Chers frères et sœurs bonjour!

Le synode des évêques sur la famille, tout juste célébré, a été la première étape d’un chemin qui se conclura en octobre prochain avec la célébration d’une autre assemblée sur le thème «Vocation et mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde». La prière et la réflexion qui doivent accompagner ce chemin impliquent tout le Peuple de Dieu. Je voudrais que les traditionnelles audiences du mercredi également s’inscrivent sur ce chemin commun. J’ai donc décidé de réfléchir avec vous, au cours de cette année, sur la famille justement, sur ce grand don que le Seigneur a fait au monde dès le début, quand il conféra à Adam et Eve la mission de se multiplier et de remplir la terre (cf. Gn 1, 28). Ce don que Jésus a confirmé et scellé dans son Evangile.

La proximité de Noël allume sur ce mystère une grande lumière. L’incarnation du Fils de Dieu ouvre un nouveau commencement dans l’histoire universelle de l’homme et de la femme. Et ce nouveau début arrive au sein d’une famille, à Nazareth. Jésus naquit dans une famille. Il pouvait arriver de manière spectaculaire, ou comme un soldat, un empereur… Non, non: il vient comme un fils de famille, d’une famille. Cela est important, regarder dans la crèche cette scène si belle.

Dieu a choisi de naître dans une famille humaine, qu’il a formée lui-même. Il l’a formée dans un village perdu de la périphérie de l’Empire romain. Pas à Rome, qui était la capitale de l’Empire, pas dans une grande ville, mais dans une périphérie presque invisible, et même plutôt malfamée. Les Evangiles aussi le rappellent, comme pour dire: «De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon?» (Jn 1, 46). Peut-être, dans beaucoup d’endroits du monde, nous-mêmes parlons-nous encore ainsi, quand nous entendons le nom d’un lieu à la périphérie d’une grande ville. Eh bien, c’est précisément de là, de cette périphérie de ce grand Empire, qu’a débuté l’histoire la plus sainte et la plus belle, celle de Jésus parmi les hommes! Et c’est là que se trouvait cette famille.

Jésus est resté dans cette périphérie pendant trente ans. L’évangéliste Luc résume ainsi cette période: «Jésus «leur était soumis [à Marie et Joseph]». Mais quelqu’un pourrait dire: «Mais ce Dieu qui vient nous sauver, il a perdu trente ans là, dans cette banlieue malfamée?» Il a perdu trente ans! Il a voulu cela. Le chemin de Jésus était au sein de cette famille-là. «Et sa mère gardait toutes ces choses en son cœur. Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes» (2, 51-52). On ne parle pas de miracles ou de guérisons, de prédications — il n’en a fait aucune à cette époque-là —, de foules qui accourent; à Nazareth tout semble arriver «normalement», selon les habitudes d’une pieuse et travailleuse famille israélite: on travaillait, la maman faisait la cuisine, faisait toutes les choses de maison, repassait les chemises… toutes les choses que fait une maman. Le papa, menuisier, travaillait, apprenait à son fils à travailler. Trente ans. «Mais quel gâchis, mon Père!». Les voies de Dieu sont mystérieuses. Mais ce qui était important ici c’était la famille! Et cela n’était pas un gâchis! Ils étaient de grands saints: Marie, la femme la plus sainte, immaculée, et Joseph, l’homme le plus juste… La famille.

Nous serions assurément attendris par le récit de la manière dont Jésus adolescent affrontait les rendez-vous de la communauté religieuses et les devoirs de la vie sociale; de connaître comment, jeune ouvrier, il travaillait avec Joseph; et puis sa manière de participer à l’écoute des Ecritures, à la prière des psaumes et dans tant d’autres habitudes de la vie quotidienne. Les Evangiles, dans leur sobriété, ne rapportent rien de l’adolescence de Jésus et laissent cette tâche à notre affectueuse méditation. L’art, la littérature, la musique ont parcouru ce chemin de l’imagination. Certes, il n’est pas difficile d’imaginer combien les mamans pourraient apprendre des prévenances de Marie pour ce Fils! Et combien les papas pourraient s’enrichir de l’exemple de Joseph, homme juste, qui consacra sa vie à soutenir et à défendre son enfant et sa femme — sa famille — dans les moments difficiles! Sans parler de combien les jeunes pourraient être encouragés par Jésus adolescent à comprendre la nécessité et la beauté de cultiver leur vocation la plus profonde, et de rêver en grand! Jésus a cultivé pendant ces trente années sa vocation pour laquelle le Père l’a envoyé. Et jamais, à cette époque, Jésus ne s’est découragé, mais il a grandi en courage pour aller de l’avant avec sa mission.

Toute famille chrétienne — comme le firent Marie et Joseph — peut avant tout accueillir Jésus, l’écouter, parler avec Lui, l’abriter, le protéger, croître avec Lui; et ainsi, rendre le monde meilleur. Faisons une place dans notre cœur, dans nos journées au Seigneur. Ainsi firent aussi Marie et Joseph, et ce ne fut pas facile: que de difficultés ils durent surmonter! Ce n’était pas une fausse famille, ce n’était pas une famille irréelle. La famille de Nazareth nous engage à redécouvrir la vocation et la mission de la famille, de chaque famille. Et, comme cela eut lieu pendant ces trente ans à Nazareth, ainsi peut-il aussi en être pour nous: faire devenir normal l’amour et non la haine, faire devenir commun l’aide réciproque, non l’indifférence ou l’inimitié. Ce n’est donc pas un hasard, alors, si «Nazareth» signifie «Celle qui garde», comme Marie qui — dit l’Evangile — «gardait toutes ces choses en son cœur» (cf. Lc 2, 19.51). Depuis lors, chaque fois qu’une famille garde ce mystère, fût-ce même à la périphérie du monde, le mystère du Fils de Dieu, le mystère de Jésus qui vient nous sauver, est à l’œuvre. Et il vient pour sauver le monde. Et telle est la grande mission de la famille: faire place à Jésus qui vient, accueillir Jésus dans la famille, dans la personne des enfants, du mari, de la femme, des grands-parents… Jésus est là. L’accueillir là, pour qu’il croisse spirituellement dans cette famille. Que le Seigneur nous donne cette grâce au cours de ces derniers jours avant Noël. Merci.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 7 janvier 2015

La famille – 2. La mère

Chers frères et sœurs, bonjour. Aujourd’hui, nous poursuivons les catéchèses sur l’Église et nous réfléchirons sur l’Église mère. L’Église est mère. Notre Sainte Mère l’Église.

En ces jours, la liturgie de l’Église a placé devant nos yeux l’icône de la Vierge Marie Mère de Dieu. Le premier jour de l’année est la fête de la Mère de Dieu, à laquelle succède l’Épiphanie, avec le souvenir de la visite des Mages. L’évangéliste Matthieu écrit : « Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage » (Mt 2, 11). C’est la Mère qui, après l’avoir engendré, présente le Fils au monde. Elle nous donne Jésus, elle nous montre Jésus, elle nous fait voir Jésus.

Nous poursuivons les catéchèses sur la famille et dans la famille, il y a la mère. Chaque personne humaine doit la vie à une mère, et presque toujours, elle lui doit une grande partie de son existence successive, de sa formation humaine et spirituelle. Mais la mère, bien qu’étant très exaltée du point de vue symbolique — beaucoup de poésies, beaucoup de belles choses qui nous parlent de façon poétique de la mère — est peu écoutée et peu aidée dans la vie quotidienne, peu considérée dans son rôle central dans la société. Souvent, on profite même de la disponibilité des mères à se sacrifier pour les enfants pour « économiser » sur les dépenses sociales.

Il arrive également que dans la communauté chrétienne, la mère ne soit pas toujours considérée, qu’elle soit peu écoutée. Pourtant, au centre de la vie de l’Église, il y a la Mère de Jésus. Peut-être les mères, prêtes à tant se sacrifier pour leurs enfants, et souvent également pour ceux des autres, devraient-elles recevoir davantage d’écoute. Il faudrait comprendre davantage leur lutte quotidienne pour être efficaces au travail et attentives et affectueuses en famille ; il faudrait mieux comprendre à quoi elles aspirent pour exprimer les fruits les meilleurs et les plus authentiques de leur émancipation. Une mère avec des enfants a toujours des problèmes, toujours du travail. Je me souviens, à la maison, nous étions cinq enfants et tandis que l’un d’entre nous faisait une bêtise, l’autre pensait déjà à en faire une autre, et notre pauvre mère courait de l’un à l’autre, mais elle était heureuse. Elle nous a beaucoup donné.

Les mères sont l’antidote le plus fort à la diffusion de l’individualisme égoïste. « Individu » signifie « qui ne peut pas se partager ». Les mères, en revanche, se « partagent », à partir du moment où elles portent un enfant pour le mettre au monde et l’élever. Ce sont elles, les mères, qui détestent le plus la guerre qui tue leurs enfants. Si souvent j’ai pensé à ces mamans lorsqu’elles ont reçu la lettre : « Je vous informe que votre fils est mort en défendant sa patrie… ». Pauvres femmes ! Comme une mère souffre ! Ce sont elles qui témoignent de la beauté de la vie. L’archevêque Oscar Arnulfo Romero disait que les mères vivent un « martyre maternel ». Dans l’homélie pour les funérailles d’un prêtre assassiné par les escadrons de la mort, il dit, faisant écho au Concile Vatican ii : « Nous devons tous être disposés à mourir pour notre foi, même si le Seigneur ne nous accorde pas cet honneur… Donner la vie ne signifie pas seulement être tués ; donner la vie, avoir un esprit de martyre, cela signifie donner dans le devoir, dans le silence, dans la prière, dans l’accomplissement honnête du devoir, dans ce silence de la vie quotidienne, donner sa vie peu à peu ? Oui, comme la donne une mère qui, sans crainte, avec la simplicité du martyre maternel, conçoit en son sein un fils, lui donne le jour, l’allaite, l’élève, et s’occupe de lui avec affection. C’est donner la vie. C’est le martyre ». Voilà pour la citation. Oui, être mère ne signifie pas seulement mettre au monde un fils, c’est également un choix de vie. Que choisit une mère, quel est le choix de vie d’une mère ? Le choix de vie d’une mère est le choix de donner la vie. Et cela est grand, cela est beau.

Une société sans mères serait une société inhumaine, parce que les mères savent témoigner toujours, même dans les pires moments, de la tendresse, du dévouement, de la force morale. Les mères transmettent souvent également le sens le plus profond de la pratique religieuse : dans les premières prières, dans les premiers gestes de dévotion qu’un enfant apprend, est inscrite la valeur de la foi dans la vie d’un être humain. C’est un message que les mères croyantes savent transmettre sans beaucoup d’explications : celles-ci arriveront après, mais la semence de la foi réside dans ces premiers, très précieux instants. Sans les mères, non seulement il n’y aurait pas de nouveaux fidèles, mais la foi perdrait une bonne partie de sa chaleur simple et profonde. Et l’Église est mère, avec tout cela, c’est notre mère ! Nous ne sommes pas orphelins, nous avons une mère ! La Vierge, la mère Église, est notre maman. Nous ne sommes pas orphelins, nous sommes fils de l’Église, nous sommes fils de la Vierge, et nous sommes fils de nos mères.

Très chères mamans, merci, merci pour ce que vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde. Et à toi, bien-aimée Église, merci, merci d’être mère. Et à toi, Marie, mère de Dieu, merci de nous faire voir Jésus. Et merci à toutes les mamans ici présentes : nous les saluons par un applaudissement !

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 28 janvier 2015

 La famille – 2. Le père (I)

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous reprenons le chemin des catéchèses sur la famille. Aujourd’hui, nous nous laissons guider par le mot «père». Un mot plus que tout autre cher à nous chrétiens, parce que c’est le nom par lequel Jésus nous a enseigné à appeler Dieu: père. Le sens de ce nom a acquis une nouvelle profondeur précisément à partir de la façon dont Jésus l’utilisait pour s’adresser à Dieu et manifester sa relation particulière avec Lui. Le mystère béni de l’intimité de Dieu, Père, Fils et Esprit, révélé par Jésus, est le cœur de notre foi chrétienne.

«Père» est un mot connu de tous, un mot universel. Il indique une relation fondamentale dont la réalité est aussi antique que l’histoire de l’homme. Aujourd’hui, toutefois, on est arrivé à affirmer que notre société serait une «société sans pères». En d’autres termes, en particulier dans la culture occidentale, la figure du père serait symboliquement absente, disparue, éliminée. Dans un premier temps, cela a été perçu comme une libération: libération du père autoritaire, du père comme représentant de la loi qui s’impose de l’extérieur, du père comme censeur du bonheur de ses enfants et obstacle à l’émancipation et à l’autonomie des jeunes. Parfois, dans certains foyers régnait autrefois l’autoritarisme, dans certains cas même l’abus: des parents qui traitaient leurs enfants comme des domestiques, en ne respectant pas les exigences personnelles de leur croissance; des pères qui ne les aidaient pas à entreprendre leur chemin avec liberté — mais il n’est pas facile d’éduquer un enfant dans la liberté —; des pères qui ne les aidaient pas à assumer leurs propres responsabilités pour construire leur avenir et celui de la société.

Cela est certainement une attitude qui n’est pas bonne; toutefois, comme c’est souvent le cas, on est passé d’un extrême à l’autre. Le problème de nos jours ne semble plus tant être la présence envahissante des pères que leur absence, leur disparition. Les pères sont parfois si concentrés sur eux-mêmes et sur leur propre travail et parfois sur leur propre réalisation individuelle qu’ils en oublient même la famille. Et ils laissent les enfants et les jeunes seuls. Déjà en tant qu’évêque de Buenos Aires, je percevais le sentiment d’être orphelin que vivent aujourd’hui les enfants; et souvent, je demandais aux pères s’ils jouaient avec leurs enfants, s’ils avaient le courage et l’amour de perdre du temps avec leurs enfants. Et la réponse était triste, dans la majorité des cas: «Mais, je ne peux pas, parce que j’ai beaucoup de travail…». Et le père était absent, éloigné de cet enfant qui grandissait, il ne jouait pas avec lui, non, il ne perdait pas de temps avec lui.

A présent, sur ce chemin commun de réflexion sur la famille, je voudrais dire à toutes les communautés chrétiennes que nous devons être plus attentifs: l’absence de la figure paternelle dans la vie des enfants et des jeunes provoque des lacunes et des blessures qui peuvent être également très graves. Et d’ailleurs, les déviances des enfants et des adolescents peuvent être en bonne partie expliquées par ce manque, par la carence d’exemples et de guides faisant autorité dans leur vie de chaque jour, par le manque de proximité, par le manque d’amour de la part des pères. Le sentiment d’être orphelin que vivent tant de jeunes est plus profond que ce que nous pensons.

Ils sont orphelins en famille, parce que les papas sont souvent absents, même physiquement, de chez eux, mais surtout parce que, lorsqu’ils sont là, ils ne se comportent pas en pères, ils ne dialoguent pas avec leurs enfants, ils ne remplissent pas leur rôle éducatif, ils ne donnent pas à leurs enfants, à travers leur exemple accompagné par les paroles, les principes, les valeurs, les règles de vie dont ils ont besoin comme du pain. La qualité éducative de la présence paternelle est d’autant plus nécessaire lorsque le père est contraint par son travail d’être loin de chez lui. Parfois, il semble que les pères ne sachent pas bien quelle place occuper en famille et comment éduquer leurs enfants. Et alors, dans le doute, ils s’abstiennent, se retirent et négligent leurs responsabilités, en se réfugiant parfois dans un improbable rapport «d’égal à égal» avec leurs enfants. C’est vrai qu’il faut être «ami» de son enfant, mais sans oublier que l’on est le père! Si l’on se comporte seulement comme un ami qui est l’égal de l’enfant, cela ne fera pas de bien au jeune.

Et nous voyons aussi ce problème dans la communauté civile. La communauté civile avec ses institutions, a une certaine responsabilité — nous pouvons dire paternelle — envers les jeunes, une responsabilité qu’elle néglige parfois ou exerce mal. Elle aussi, souvent, les laisse orphelins et ne leur propose pas de véritable perspective. Les jeunes demeurent ainsi orphelins de voies sûres à parcourir, orphelins de maîtres auxquels se fier, orphelins d’idéaux qui réchauffent le cœur, orphelins de valeurs et d’espérances qui les soutiennent quotidiennement. Ils sont peut-être remplis d’idoles, mais on leur vole le cœur. Ils sont poussés à rêver de divertissements et de plaisirs, mais on ne leur donne pas de travail; ils sont trompés par le dieu argent, et on leur nie les véritables richesses.

Et alors, cela fera du bien à tous, aux pères et aux enfants, d’écouter à nouveau la promesse que Jésus a faite à ses disciples: «Je ne vous laisserai pas orphelins» (Jn 14, 18). C’est Lui, en effet, le Chemin à parcourir, le Maître à écouter, l’Espérance que le monde peut changer, que l’amour vainc la haine, qu’il peut y avoir un avenir de fraternité et de paix pour tous. Certains de vous pourront me dire: «Mais mon père, aujourd’hui, vous avez été trop négatif. Vous n’avez parlé que de l’absence des pères, de ce qui arrive lorsque les pères ne sont pas proches de leurs enfants… C’est vrai, j’ai voulu souligner cela, parce que mercredi prochain je poursuivrai cette catéchèse en mettant en lumière la beauté de la paternité. C’est pourquoi j’ai choisi de commencer de l’obscurité pour arriver à la lumière. Que le Seigneur nous aide à bien comprendre ces choses. Merci.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 4 février 2015

 La famille – 3. Le père (II)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais proposer la seconde partie de la réflexion sur la figure du père dans la famille. La dernière fois, j’ai parlé du danger des pères « absents », aujourd’hui, je voudrais me pencher davantage sur l’aspect positif. Saint Joseph fut lui aussi tenté de quitter Marie, lorsqu’il découvrit qu’elle était enceinte ; mais l’ange du Seigneur intervint et lui révéla le dessein de Dieu et sa mission de père adoptif ; et Joseph, homme juste, « prit chez lui sa femme » (Mt 1, 24) et devint le père de la famille de Nazareth.

Chaque famille a besoin du père. Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur la valeur de son rôle, et je voudrais partir de certaines expressions qui se trouvent dans le Livre des Proverbes, des paroles qu’un père adresse à son fils, en disant : « Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur, à moi, se réjouira, et mes reins exulteront quand tes lèvres exprimeront des choses justes » (Pr 23, 15-16). On ne pourrait mieux exprimer l’orgueil et l’émotion d’un père qui reconnaît avoir transmis à son fils ce qui compte véritablement dans la vie, c’est-à-dire un cœur sage. Ce père ne dit pas : « Je suis fier de toi parce que tu es vraiment comme moi, parce que tu répètes les choses que je dis et que je fais ». Non, il ne lui dit pas simplement quelque chose. Il lui dit quelque chose de bien plus important, que nous pourrions interpréter ainsi : « Je serai heureux chaque fois que je te verrai agir avec sagesse, et je serai ému chaque fois que je t’entendrai parler avec rectitude. Voilà ce que j’ai voulu te laisser, afin que cela devienne une chose qui t’appartienne : l’aptitude à écouter et agir, à parler et juger avec sagesse et rectitude. Et afin que tu puisses être ainsi, je t’ai enseigné des choses que tu ne savais pas, j’ai corrigé des erreurs que tu ne voyais pas. Je t’ai fait sentir une affection profonde et à la fois discrète, que tu n’as sans doute pas reconnue pleinement lorsque tu étais jeune et incertain. Je t’ai donné un témoignage de rigueur et de fermeté que tu ne comprenais sans doute pas, lorsque tu aurais voulu uniquement complicité et protection. J’ai dû moi-même, en premier, me mettre à l’épreuve de la sagesse du cœur; et veiller sur les excès du sentiment et du ressentiment, pour porter le poids des inévitables incompréhensions et trouver les mots justes pour me faire comprendre. À présent — poursuit le père — lorsque je vois que tu cherches à être ainsi avec tes enfants, et avec tous, je m’émeus. Je suis heureux d’être ton père ». Voilà ce que dit un père sage, un père mûr.

Un père sait bien combien coûte de transmettre cet héritage : combien de proximité, combien de douceur et combien de fermeté. Mais quel réconfort et quelle récompense reçoit-on, lorsque les enfants font honneur à cet héritage ! C’est une joie qui récompense toute fatigue, qui surmonte toute incompréhension et guérit toute blessure.

La première nécessité, donc, est précisément celle-ci : que le père soit présent dans la famille. Qu’il soit proche de son épouse, pour tout partager, les joies et les douleurs, les fatigues et les espérances. Et qu’il soit proche de ses enfants dans leur croissance : lorsqu’ils jouent et lorsqu’ils s’appliquent, lorsqu’ils sont insouciants et lorsqu’ils sont angoissés, lorsqu’ils s’expriment et lorsqu’ils sont taciturnes, lorsqu’ils osent et lorsqu’ils ont peur, lorsqu’ils commettent un faux pas et lorsqu’ils retrouvent leur chemin ; un père présent, toujours. Dire présent n’est pas la même chose que dire contrôleur ! Parce que les pères qui contrôlent trop anéantissent leurs enfants, ils ne les laissent pas grandir.

L’Évangile nous parle de l’exemplarité du Père qui est aux cieux — le seul, dit Jésus, qui puisse véritablement être appelé « Père bon » (cf. Mt 10, 18). Tous connaissent cette extraordinaire parabole appelée du « fils prodigue », ou plutôt, du « père miséricordieux », qui se trouve dans l’Évangile de Luc au chapitre 15 (cf. 15, 11-32). Combien de dignité et combien de tendresse dans l’attente de ce père qui se tient sur le seuil de sa maison en attendant que son fils revienne ! Les pères doivent être patients. Tant de fois, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre ; prier et attendre avec patience, douceur, magnanimité, miséricorde.

Un bon père sait attendre et sait pardonner, du plus profond de son cœur. Certes, il sait aussi corriger avec fermeté : ce n’est pas un père faible, accommodant, sentimental. Le père qui sait corriger sans humilier est aussi celui qui sait protéger sans se ménager. Un jour, lors d’une réunion de mariage, j’ai entendu un père dire : « Parfois, je dois donner une petite claque à mes enfants… Mais jamais sur la figure pour ne pas les humilier ». Comme c’est beau ! Il a le sens de la dignité. Il doit punir, il le fait de façon juste et il va de l’avant.

S’il existe donc quelqu’un qui peut expliquer jusqu’au bout la prière du « Notre Père » enseignée par Jésus, c’est vraiment celui qui vit en première personne la paternité. Sans la grâce qui vient du Père qui est aux cieux, les pères perdent courage, et abandonnent la partie. Mais les enfants ont besoin de trouver un père qui les attende lorsqu’ils reviennent de leurs erreurs. Ils feront tout pour ne pas l’admettre, pour ne pas le faire voir, mais ils en ont besoin; et ne pas le trouver ouvre en eux des blessures difficiles à cicatriser.

L’Église, notre mère, est engagée à soutenir de toutes ses forces la présence bonne et généreuse des pères dans les familles, car ils sont pour les nouvelles générations des gardiens et des médiateurs irremplaçables de la foi dans la bonté, de la foi dans la justice et sous la protection de Dieu, comme saint Joseph.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 11 février 2015

 La famille – 4. Les fils

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir réfléchi sur les figures de la mère et du père, je voudrais, dans cette catéchèse sur la famille, parler de l’enfant, ou mieux, des enfants. Je m’inspire d’une belle image d’Isaïe. Le prophète écrit: «Tes enfants s’assemblent, ils viennent vers toi.. Tes fils arrivent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Tu tressailliras alors et tu te réjouiras, et ton cœur bondira et se dilatera» (60, 4-5a). C’est une image splendide, une image du bonheur qui se réalise dans les retrouvailles entre parents et enfants, qui marchent ensemble vers un avenir de liberté et de paix, après une longue période de privations et de séparation, lorsque le peuple juif se trouvait loin de sa patrie.

En effet, il existe un lien étroit entre l’espérance d’un peuple et l’harmonie entre les générations. Nous devons bien penser à cela. Il existe un lien étroit entre l’espérance d’un peuple et l’harmonie entre les générations. La joie des enfants fait palpiter le cœur des parents et réouvre l’avenir. Les enfants sont la joie de la famille et de la société. Ils ne sont pas un problème de biologie reproductive, ni l’une des nombreuses façons de se réaliser. Ils ne sont pas davantage une possession des parents… Non. Les enfants sont un don, ils sont un cadeau: vous comprenez? Les enfants sont un don. Chacun d’entre eux est unique et irremplaçable; et ils sont en même temps incomparablement liés à leurs racines. Etre fils et fille, en effet, selon le dessein de Dieu, signifie porter en soi la mémoire et l’espérance d’un amour qu’il a réalisé lui-même en allumant la vie d’un autre être humain, original et neuf. Et pour les parents, chaque enfant est lui-même, il est différent, il est autre. Permettez-moi d’évoquer un souvenir de famille. Je me souviens de ma maman qui disait de nous — nous étions cinq —: «Mais moi j’ai cinq enfants». Quand on lui demandait: «Lequel préfères-tu?», elle répondait: «J’ai cinq enfants, comme cinq doigts. [Le Pape montre les doigts de la main] Si on me frappe sur celui-là, ça me fait mal; si on me frappe sur cet autre-là, ça me fait mal. Ils me font mal tous les cinq. Ce sont tous mes enfants, mais ils sont tous différents comme les doigts d’une main». Et c’est ainsi qu’est la famille! Les enfants sont différents, mais tous sont des enfants.

On aime un enfant parce qu’il est un enfant: non pas parce qu’il est beau, ou parce qu’il est comme ci ou comme ça; non, parce que c’est un enfant! Non pas parce qu’il pense comme moi, ou qu’il incarne mes désirs. Un enfant est un enfant: une vie générée par nous mais qui lui est destinée à lui, à son bien, au bien de la famille, de la société, de l’humanité entière.

C’est de là que vient également la profondeur de l’expérience humaine d’être fils ou fille, qui nous permet de découvrir la dimension la plus gratuite de l’amour, qui ne cesse jamais de nous surprendre. C’est la beauté d’être aimés avant: les enfants sont aimés avant d’arriver. Combien de fois voit-on les mamans sur la place, qui me font voir leur ventre et me demandent la bénédiction… ces enfants sont aimés avant de venir au monde. C’est cela la gratuité, c’est cela l’amour; ils sont aimés avant la naissance, comme l’amour de Dieu qui nous aime toujours avant. Ils sont aimés avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter, avant de savoir parler ou penser, et même avant de venir au monde! Etre enfants est la condition fondamentale pour connaître l’amour de Dieu, qui est la source ultime de cet authentique miracle. Dans l’âme de chaque enfant, tout vulnérable soit-il, Dieu appose le sceau de cet amour, qui est à la base de sa dignité personnelle, une dignité que rien ni personne ne pourra détruire.

Il semble aujourd’hui plus difficile pour les enfants d’imaginer leur avenir. Les pères — comme je le disais lors des précédentes catéchèses — ont sans doute fait un pas en arrière et les enfants sont devenus plus incertains dans leur façon de faire des pas en avant. Nous pouvons apprendre le bon rapport entre les générations de notre Père céleste, qui laisse libre chacun d’entre nous mais qui ne nous laisse jamais seuls. Et si nous nous trompons, il continue à nous suivre avec patience sans que jamais son amour pour nous ne faiblisse! Il avance toujours et s’il ne peut avancer il nous attend, mais il ne recule jamais; il veut que ses enfants soient courageux et qu’ils fassent leurs pas en avant.

Les enfants, pour leur part, ne doivent pas avoir peur de l’engagement de construire un monde nouveau: il est bon pour eux de désirer que celui-ci soit meilleur que celui qu’ils ont reçu! Mais cela doit se faire sans arrogance, sans présomption. Il faut savoir reconnaître la valeur des enfants et rendre toujours hommage aux parents.

Le quatrième commandement demande aux enfants — et nous le sommes tous! — d’honorer le père et la mère (cf. Ex 20, 12). Ce commandement vient juste après ceux qui concernent Dieu lui-même. Il contient en effet quelque chose de sacré, quelque chose de divin, quelque chose qui se trouve à la racine de tout autre genre de respect entre les hommes. Et dans la formulation biblique du quatrième commandement, on ajoute: «afin de jouir d’une longue vie dans le pays que l’Eternel ton Dieu te donne». Le lien vertueux entre les générations est une garantie de futur, est c’est une garantie d’une histoire vraiment humaine. Une société d’enfants qui n’honorent pas leurs parents est une société sans honneur; lorsque l’on n’honore pas ses parents, l’on perd son honneur! C’est une société destinée à se remplir de jeunes arides et avides. Toutefois, une société avare de générations, qui n’aime pas s’entourer d’enfants, qui les considère surtout comme une préoccupation, un poids, un risque, est également une société déprimée. Pensons à tant de sociétés que nous connaissons ici en Europe: ce sont des sociétés déprimées, parce qu’elles ne veulent pas d’enfants, elles n’ont pas d’enfants, le niveau des naissances n’atteint pas un pour cent. Pourquoi? Que chacun de nous y pense et réponde. Si une famille riche d’enfants est regardée comme si elle était un poids, il y a quelque chose qui ne va pas! La génération des enfants doit être responsable, comme nous l’enseigne aussi l’encyclique Humanae vitae du bienheureux Paul VI, mais avoir plus d’enfants ne peut devenir automatiquement un choix irresponsable. Le fait de ne pas avoir d’enfants est un choix égoïste. La vie rajeunit et acquiert de l’énergie en se multipliant: elle s’enrichit, elle ne s’appauvrit pas! Les enfants apprennent à prendre en charge leur famille, ils mûrissent dans le partage de ses sacrifices, ils grandissent dans l’appréciation de ses dons. L’expérience heureuse de la fraternité anime le respect et le soin des parents, auxquels est due notre reconnaissance. Beaucoup d’entre vous ici présents ont des enfants et nous sommes tous des enfants. Faisons une chose, une minute de silence. Que chacun d’entre nous pense dans son cœur à ses propres enfants — s’il en a —; qu’il y pense en silence. Et nous tous pensons à nos parents et remercions Dieu pour le don de la vie. En silence, que ceux qui ont des enfants pensent à eux, et pensons tous à nos parents. (Silence). Que le Seigneur bénisse nos parents et bénisse vos enfants.

Que Jésus, Fils éternel, rendu fils dans le temps, nous aide à trouver le chemin d’un nouveau rayonnement de cette expérience humaine si simple et si grande qu’est le fait d’être des enfants. Il y a dans la multiplication des générations un mystère d’enrichissement de la vie de tous, qui vient de Dieu lui-même. Nous devons le redécouvrir, en défiant le préjugé; et le vivre, dans la foi, en parfaite joie. Et je vous dis: comme il beau, lorsque je passe parmi vous, de voir les papas et les mamans qui portent leurs enfants afin qu’ils soient bénis; c’est un geste presque divin. Merci de le faire!

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 18 février 2015

 La famille – 5. Les frères

Chers frères et sœurs, bonjour.

Sur notre chemin de catéchèses sur la famille, après avoir considéré le rôle de la mère, du père, des enfants, c’est aujourd’hui le tour des frères. «Frère» et «sœur» sont des mots que le christianisme aime beaucoup. Et grâce à l’expérience familiale, ce sont des mots que toutes les cultures et les époques comprennent.

Le lien fraternel a une place particulière dans l’histoire du peuple de Dieu, qui reçoit sa révélation dans le vif de l’expérience humaine. Le psalmiste chante la beauté du lien fraternel: «Voyez qu’il est bon et doux d’habiter en frères tous ensemble!» (Ps 132, 1). Et cela est vrai, la fraternité est belle! Jésus a conduit à sa plénitude également cette expérience humaine d’être des frères et sœurs, en l’assumant dans l’amour trinitaire et en la renforçant de manière à ce qu’elle aille bien au-delà des liens de parenté et puisse franchir chaque mur qui nous rend étrangers.

Nous savons que lorsque le rapport fraternel s’abîme, quand s’abîme le rapport entre frères, la voie s’ouvre à des expériences douloureuses de conflit, de trahison, de haine. Le récit biblique de Caïn et Abel constitue l’exemple de cette issue négative. Après l’assassinat d’Abel, Dieu demande à Caïn: «Où est ton frère Abel?» (Gn 4, 9a). C’est une question que le Seigneur continue à répéter à chaque génération. Et malheureusement, à chaque génération, ne cesse également de se répéter la réponse dramatique de Caïn: «Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?» (Gn 4, 9b). La rupture du lien entre frères est quelque chose de laid et de mauvais pour l’humanité. Même en famille, quand des frères se disputent pour des petites choses, ou pour un héritage, et ensuite ne se parlent plus, ne se saluent plus. Cela est laid! La fraternité est une grande chose, quand on pense que tous les frères ont habité dans le sein de la même maman pendant neuf mois, ils viennent de la chair de leur maman! Et on ne peut pas rompre la fraternité. Pensons-y un peu: nous connaissons tous des familles dont les frères sont divisés, qui se sont disputés; demandons au Seigneur pour ces familles — peut-être existent-il des cas dans notre famille — qu’il les aide à reconstituer la famille. La fraternité ne doit pas se rompre et quand elle se rompt, il arrive ce qui est arrivé à Caïn et Abel. Quand le Seigneur demande à Caïn où est son frère, il répond: «Mais je ne sais pas, il m’importe peu de mon frère». Cela est laid, c’est une chose très, très douloureuse à entendre. Dans nos prières, prions toujours pour les frères qui se sont séparés.

Le lien de fraternité qui se forme en famille entre les enfants, s’il a lieu dans un climat d’éducation à l’ouverture aux autres, est la grande école de liberté et de paix. En famille, entre frères, on apprend la cohabitation humaine, comment on doit coexister en société. Peut-être n’en sommes-nous pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde! A partir de cette première expérience de fraternité, nourrie par les liens d’affection et par l’éducation familiale, le style de la fraternité rayonne comme une promesse sur toute la société et sur les relations entre les peuples.

La bénédiction que Dieu, en Jésus Christ, déverse sur ce lien de fraternité le dilate d’une manière inimaginable, le rendant capable de dépasser toute différence de nation, de langue, de culture et même de religion.

Pensez à ce que devient le lien entre les hommes, même très différents entre eux, quand ils peuvent dire d’un autre: «Celui-ci est vraiment comme un frère, celle-ci est vraiment comme une sœur pour moi! Cela est beau! L’histoire a suffisamment montré, du reste, que la liberté et l’égalité, sans la fraternité, peuvent se remplir d’invidualisme et de conformisme, même d’intérêt personnel.

La fraternité en famille resplendit de manière particulière quand nous voyons l’attention, la patience, l’affection dont sont entourés le petit frère ou la petite sœur plus faible, malade, ou porteur de handicap. Les frères et les sœurs qui font cela sont très nombreux, dans le monde entier, et peut-être n’apprécions-nous pas assez leur générosité. Et quand les enfants sont nombreux en famille — aujourd’hui, j’ai salué une famille qui a neuf enfants, n’est-ce pas? — le plus grand, ou la plus grande, aide le papa, la maman, à prendre soin des plus petits. Et ce travail d’entraide entre frères est beau.

Avoir un frère, une sœur qui t’aime est une expérience forte, inégalable, irremplaçable. Cela se produit de la même manière pour la fraternité chrétienne. Les plus petits, les plus faibles, les plus pauvres doivent susciter notre tendresse: ils ont le «droit» de prendre possession de notre âme et de notre cœur. Oui, ils sont nos frères et nous devons les aimer et les traiter comme tels. Quand cela arrive, quand les pauvres sont comme chez eux, notre fraternité chrétienne elle-même reprend vie. Les chrétiens, en effet, vont à la rencontre des pauvres et des faibles non pour obéir à un programme idéologique, mais parce que la parole et l’exemple du Seigneur nous disent que nous sommes tous frères. Cela est le principe de l’amour de Dieu et de toute justice entre les hommes. Je vous suggère quelque chose: avant de finir, il ne me manque que quelques lignes, que chacun de nous pense en silence à ses frères, à ses sœurs, et en silence, dans notre cœur, prions pour eux. Un instant de silence.

Voilà, avec cette prière, nous avons amené tous nos frères et sœurs, par la pensée, ici sur la place, pour recevoir la bénédiction.

Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de rétablir la fraternité au centre de notre société technocrate et bureaucrate: alors, la liberté et l’égalité prendront elles aussi leur juste tonalité. C’est pourquoi nous ne devons pas priver d’un cœur léger nos familles, par timidité ou par peur, de la beauté d’une ample expérience fraternelle de fils et de filles. Et ne perdons pas confiance dans l’ampleur de l’horizon que la foi est capable de tirer de cette expérience illuminée par la bénédiction de Dieu.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 4 mars 2015

La famille – 6. Les grands-parents  (I)

 

Chers frères et sœurs, bonjour.

La catéchèse d’aujourd’hui et celle de mercredi prochain sont consacrées aux personnes âgées, qui, dans le cadre de la famille, sont les grands-parents, les oncles et les tantes. Nous réfléchirons aujourd’hui sur la condition actuelle problématique des personnes âgées, et la prochaine fois, c’est-à-dire mercredi prochain, de manière plus positive, sur la vocation contenue dans cet âge de la vie.

Grâce aux progrès de la médecine, la vie s’est allongée, mais la société ne s’est pas «élargie» à la vie ! Le nombre des personnes âgées s’est multiplié, mais nos sociétés ne se sont pas assez organisées pour leur faire place, avec le juste respect et la considération concrète pour leur fragilité et leur dignité. Tant que nous sommes jeunes, nous sommes incités à ignorer la vieillesse, comme s’il s’agissait d’une maladie à tenir à distance ; ensuite, quand nous vieillissons, en particulier si nous sommes pauvres, si nous sommes malades, seuls, nous faisons l’expérience des carences d’une société programmée sur l’efficacité, qui en conséquence ignore les personnes âgées. Et les personnes âgées sont une richesse, on ne peut pas les ignorer.

Benoît xvi, en visitant une maison pour les personnes âgées, employa des mots clairs et prophétiques, s’exprimant ainsi : « La qualité d’une société, je dirais d’une civilisation, se juge aussi à la façon dont les personnes âgées sont traitées et à la place qui leur est réservée dans la vie commune » (12 novembre 2012). C’est vrai, l’attention à l’égard des personnes âgées fait la différence d’une civilisation. Porte-t-on de l’attention aux personnes âgées dans une civilisation ? Y a-t-il de la place pour la personne âgée ? Cette civilisation ira de l’avant si elle sait respecter la sagesse, la sapience des personnes âgées. Une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées, ou qui les met au rebut parce qu’elles créent des problèmes, est une société qui porte en elle le virus de la mort.

En Occident, les chercheurs présentent le siècle actuel comme le siècle du vieillissement, le nombre d’enfants diminue et celui des personnes âgées augmente. Ce déséquilibre nous interpelle, il est même un grand défi pour la société contemporaine. Pourtant, une certaine culture du profit insiste pour faire apparaître les personnes âgées comme un poids, un « lest ». Non seulement elles ne produisent pas, pense cette culture, mais elles sont une charge. En somme, quel est le résultat d’une telle façon de penser ? Il faut les mettre au rebut. Il est mauvais de voir des personnes âgées mises au rebut, c’est quelque chose de mauvais, c’est un péché ! On n’ose pas le dire ouvertement, mais on le fait ! Il y a quelque chose de lâche dans cette accoutumance à la culture du rebut. Mais nous sommes habitués à mettre les gens au rebut. Nous voulons faire disparaître notre peur accrue de la faiblesse et de la vulnérabilité, mais en agissant ainsi, nous augmentons chez les personnes âgées l’angoisse d’être mal supportées et d’être abandonnées.

Pendant mon ministère à Buenos Aires, j’ai déjà touché du doigt cette réalité avec ses problèmes : « Les personnes âgées sont abandonnées, et pas seulement dans la précarité matérielle. Elles sont abandonnées dans l’incapacité égoïste d’accepter leurs limites qui reflètent nos limites, dans les nombreuses difficultés qu’elles doivent aujourd’hui surmonter pour survivre dans une civilisation qui ne leur permet pas de participer, de donner leur avis, ni d’être des référents selon le modèle consumériste du “seuls les jeunes peuvent être utiles et peuvent profiter”. Ces personnes âgées devraient en revanche être, pour toute la société, la réserve de sagesse de notre peuple. Les personnes âgées sont la réserve sapientielle de notre peuple ! Avec quelle facilité fait-on taire sa conscience quand il n’y a pas d’amour ! » (Seul l’amour peut nous sauver, Cité du Vatican 2013, p. 83). C’est ce qui se passe. Je me souviens, quand je visitais les maisons de repos, je parlais à tout le monde et j’ai souvent entendu cela : « Comment allez-vous ? Et vos enfants ? — Bien, bien — Combien en avez-vous ? — Beaucoup. — Et ils viennent vous rendre visite ? — Oui, oui, souvent, oui, ils viennent. — Quand sont-ils venus la dernière fois ? Je me souviens d’une dame âgée qui m’a répondu : « Et bien, à Noël ». Nous étions au mois d’août ! Huit mois sans avoir reçu la visite de ses enfants, abandonnée pendant huit mois ! Cela s’appelle un péché mortel, comprenez-vous ? Une fois, enfant, ma grand-mère nous a raconté l’histoire d’un grand-père âgé qui se salissait en mangeant, parce qu’il avait des difficultés à porter la cuillère remplie de soupe à sa bouche. Et son fils, c’est-à-dire le père de famille, avait décidé de le déplacer de la table commune et avait préparé une petite table à la cuisine, où on ne le voyait pas, pour qu’il mange seul. Ainsi il n’aurait pas fait une mauvaise impression quand ses amis venaient déjeuner ou dîner. Quelques jours plus tard, il rentra chez lui et trouva le plus petit de ses enfants qui jouait avec du bois, un marteau et des clous ; il fabriquait quelque chose, il lui dit : « Mais que fais-tu ? — Je fais une table, papa. — Une table, pourquoi ? — Pour l’avoir quand tu deviendras vieux, comme ça tu pourras manger là ». Les enfants ont plus de conscience que nous !

Dans la tradition de l’Église, il existe un bagage de sagesse qui a toujours soutenu une culture de proximité des personnes âgées, une disposition à l’accompagnement affectueux et solidaire pendant cette partie finale de la vie. Cette tradition est enracinée dans l’Écriture Sainte, comme l’attestent par exemple ces expressions du livre du Siracide : « Ne fais pas fi du discours des vieillards, car eux-mêmes ont été à l’école de leurs parents ; c’est d’eux que tu apprendras la prudence et l’art de répondre à point nommé » (Si 8, 9).

L’Église ne peut pas et ne veut pas se conformer à une mentalité d’intolérance, et encore moins d’indifférence et de mépris à l’égard de la vieillesse. Nous devons réveiller le sentiment collectif de gratitude, d’appréciation, d’hospitalité, qui ait pour effet que la personne âgée se sente une partie vivante de sa communauté.

Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui sont passés avant nous sur notre même route, dans notre même maison, dans notre bataille quotidienne pour une vie digne. Ce sont des hommes et des femmes dont nous avons beaucoup reçu. La personne âgée n’est pas un extra-terrestre. La personne âgée, c’est nous, dans peu de temps, dans longtemps, mais cependant inévitablement, même si nous n’y pensons pas. Et si nous apprenons à bien traiter les personnes âgées, nous serons traités de la même manière.

Nous, les personnes âgées, sommes un peu toutes fragiles. Certaines, cependant, sont particulièrement faibles, beaucoup sont seules, et frappées par la maladie. Certaines dépendent de soins indispensables et de l’attention des autres. Ferons-nous pour cela un pas en arrière ? Les abandonnerons-nous à leur destin ? Une société sans proximité, où la gratuité et l’affection sans contrepartie — même entre étrangers — disparaissent, est une société perverse. L’Église, fidèle à la Parole de Dieu, ne peut pas tolérer cette dégénérescence. Une communauté chrétienne où proximité et gratuité ne seraient plus considérées comme indispensables, perdrait son âme avec celles-ci. Là où on ne fait pas honneur aux personnes âgées, il n’y a pas d’avenir pour les jeunes.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 11 mars 2015

La famille – 7. Les grands-parents  (II)

Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous poursuivons la réflexion sur les grands-parents, en considérant la valeur et l’importance de leur rôle dans la famille. Je le fais en m’identifiant à ces personnes, car moi aussi j’appartiens à cette tranche d’âge.

Quand j’ai été aux Philippines, le peuple philippin me saluait en disant : « Lolo Kiko » — c’est-à-dire grand-père François — « Lolo Kiko », me disaient-ils ! Il est important de souligner une première chose : c’est vrai que la société tend à nous mettre de côté, mais certainement pas le Seigneur. Le Seigneur ne nous met jamais de côté ! Il nous appelle à le suivre à tous les âges de la vie, et être âgé contient aussi une grâce et une mission, une véritable vocation du Seigneur. Être âgé est une vocation. Ce n’est pas encore le moment de « baisser les bras ». Cette période de la vie est différente des précédentes, cela ne fait aucun doute ; nous devons également un peu « l’inventer », car nos sociétés ne sont pas prêtes, spirituellement et moralement, à donner à celle-ci, à ce moment de la vie, sa pleine valeur. En effet, autrefois il n’était pas aussi normal d’avoir du temps à disposition ; aujourd’hui cela l’est beaucoup plus. Et la spiritualité chrétienne a elle aussi été prise de court, il s’agit de tracer une spiritualité des personnes âgées. Mais grâce à Dieu les témoignages de saints et de saintes âgées ne manquent pas !

J’ai été très frappé par la « Journée pour les personnes âgées » que nous avons célébrée ici sur la place Saint-Pierre l’année dernière, la place était pleine. J’ai écouté des récits de personnes âgées qui se prodiguent pour les autres, et aussi des histoires de couples d’époux, qui disaient : « Nous fêtons notre 50e anniversaire de mariage, nous fêtons notre 60e anniversaire de mariage ». Cela est important de le faire voir aux jeunes qui se lassent vite ; le témoignage des personnes âgées concernant la fidélité est important. Et sur cette place elles étaient très nombreuses ce jour-là. C’est une réflexion qu’il faut poursuivre, aussi bien dans le domaine ecclésial que civil. L’Évangile vient à notre rencontre avec une très belle image émouvante et encourageante. C’est l’image de Siméon et Anne, dont nous parle l’Évangile de l’enfance de Jésus composé par saint Luc. Ils étaient assurément âgés, le « vieux » Siméon et la « prophétesse » Anne qui avait 84 ans. Cette femme ne cachait pas son âge. L’Évangile dit qu’ils attendaient la venue de Dieu chaque jour, avec une grande fidélité, depuis de longues années. Ils voulaient vraiment voir ce jour, en saisir les signes, en pressentir le début. Peut-être étaient-ils aussi un peu résignés, désormais, à mourir avant : mais cette longue attente continuait à occuper toute leur vie, ils n’avaient pas d’engagements plus importants que celui-ci : attendre le Seigneur et prier. Et bien, quand Marie et Joseph arrivèrent au temple pour obéir aux prescriptions de la Loi, Siméon et Anne s’élancèrent, animés par l’Esprit Saint (cf. Lc 2, 27). Le poids de l’âge et de l’attente disparut en un instant. Ils reconnurent l’Enfant, et découvrirent une nouvelle force, pour une nouvelle tâche : rendre grâce et rendre témoignage pour ce Signe de Dieu. Siméon improvisa un très bel hymne de joie (cf. Lc 2, 29-32) — il a été poète à ce moment-là — et Anne devint la première prédicatrice de Jésus : « Elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2, 38).

Chers grands-parents, chères personnes âgées, plaçons-nous dans le sillage de ces vieux extraordinaires ! Devenons nous aussi un peu poètes de la prière : prenons goût à chercher nos mots, réapproprions-nous de ce que nous enseigne la Parole de Dieu. La prière des grands-parents et des personnes âgées est un grand don pour l’Église ! La prière des personnes âgées et des grands-parents est un don pour l’Église, c’est une richesse ! C’est également une grande transfusion de sagesse pour toute la société humaine, en particulier pour celle qui est trop affairée, trop prise, trop distraite. Quelqu’un doit bien chanter, pour eux aussi, chanter les signes de Dieu, proclamer les signes de Dieu, prier pour eux ! Regardons Benoît XVI, qui a choisi de passer dans la prière et dans l’écoute de Dieu la dernière période de sa vie ! C’est beau ! Un grand croyant du siècle dernier, de tradition orthodoxe, Olivier Clément, disait : « Une civilisation où l’on ne prie plus est une civilisation où la vieillesse n’a plus de sens. Et cela est terrifiant, nous avons besoin avant tout de personnes âgées qui prient, car la vieillesse nous est donnée pour cela ». Nous avons besoin de personnes âgées qui prient car la vieillesse nous est donnée précisément pour cela. C’est une belle chose que la prière des personnes âgées.

Nous pouvons rendre grâce au Seigneur pour les bienfaits reçus, et remplir le vide de l’ingratitude qui l’entoure. Nous pouvons intercéder pour les attentes des nouvelles générations et donner dignité à la mémoire et aux sacrifices des générations passées. Nous pouvons rappeler aux jeunes ambitieux qu’une vie sans amour est une vie desséchée. Nous pouvons dire aux jeunes qui ont peur, que l’angoisse de l’avenir peut être vaincue. Nous pouvons enseigner aux jeunes qui s’aiment trop qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Les grands-pères et les grands-mères forment la « chorale » permanente d’un grand sanctuaire spirituel, où la prière de supplication et le chant de louange soutiennent la communauté qui travaille et lutte sur le terrain de la vie.

La prière, enfin, purifie sans cesse le cœur. La louange et la prière à Dieu préviennent le durcissement du cœur dans le ressentiment et dans l’égoïsme. Comme le cynisme d’une personne âgée qui a perdu le sens de son témoignage, qui méprise les jeunes et ne communique pas une sagesse de vie est laid ! Comme est beau, en revanche, l’encouragement qu’une personne âgée réussit à transmettre aux jeunes à la recherche du sens de la foi et de la vie ! C’est vraiment la mission des grands-parents, la vocation des personnes âgées. Les paroles des grands-parents ont quelque chose de spécial, pour les jeunes. Et ils le savent. Je conserve encore avec moi les paroles que ma grand-mère me remit par écrit le jour de mon ordination sacerdotale ; elles sont toujours dans mon bréviaire, je les lis souvent et cela me fait du bien.

Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées ! C’est ce que je demande aujourd’hui au Seigneur, cette étreinte !

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 18 mars 2015

 La famille – 8. Les enfants (I)

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après avoir passé en revue les diverses figures de la vie familiale — mère, père, enfants, frères, grands-parents —, je voudrais conclure ce premier groupe de catéchèse sur la famille en parlant des jeunes enfants. Je le ferai en deux temps: aujourd’hui je m’arrêterai sur le grand don que sont les enfants pour l’humanité – c’est vrai, ils sont un grand don pour l’humanité mais ils sont également exclus parce qu’on ne les laisse même pas naître – et prochainement je m’arrêterai sur certaines blessures qui malheureusement font mal à l’enfance. Il me vient à l’esprit les nombreux enfants que j’ai rencontrés durant mon dernier voyage en Asie: pleins de vie, d’enthousiasme, et d’un autre côté, je vois que dans le monde beaucoup d’entre eux vivent dans des conditions indignes… En effet, l’on peut juger la société à la façon dont on y traite les enfants, mais pas seulement moralement, sociologiquement aussi, si c’est une société libre ou une société esclave d’intérêts internationaux.

En premier lieu, les enfants nous rappellent que nous tous, dans les premières années de notre vie, nous avons été dépendants des soins et de la bienveillance des autres. Et le Fils de Dieu ne s’est pas épargné ce passage. C’est le mystère que nous contemplons chaque année, à Noël. La crèche est l’icône qui nous communique cette réalité de la façon la plus simple et directe. Mais c’est curieux: Dieu n’a pas de difficulté à se faire comprendre des enfants et les enfants n’ont pas de problème pour comprendre Dieu. Ce n’est pas un hasard si dans l’Evangile il y a certaines paroles très belles et fortes de Jésus sur les «petits». Ce terme de «petits» indique toutes les personnes qui dépendent de l’aide des autres, en particulier les enfants. Jésus dit par exemple: «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits» (Mt 11, 25). Et encore: «Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits: car, je vous le dis, leurs anges aux cieux voient constamment la face de mon Père qui est aux cieux» (Mt 18, 10).

Ainsi, les enfants constituent une richesse pour l’humanité et également pour l’Eglise, parce qu’ils nous rappellent constamment à la condition nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu: celle de ne pas nous considérer auto-suffisants, mais dans le besoin d’aide, d’amour, de pardon. Et nous tous, nous avons besoin d’aide, d’amour et de pardon! Les enfants nous rappellent une autre belle chose; ils nous rappellent que nous sommes toujours des enfants: même si quelqu’un devient adulte, ou âgé, même s’il devient parent, s’il occupe un poste à responsabilité, au fond l’identité de l’enfant demeure. Nous sommes tous des enfants. Et cela nous renvoie toujours au fait que nous ne nous sommes pas donné la vie nous-mêmes mais nous l’avons reçue. Le grand don de la vie est le premier cadeau que nous avons reçu. Parfois, nous risquons de vivre en oubliant cela, comme si nous étions les maîtres de notre existence, alors que nous sommes radicalement dépendants. En réalité, il est très réjouissant d’entendre qu’à tout âge de la vie, dans chaque situation, dans chaque condition sociale, nous sommes et demeurons enfants. C’est le message principal que les enfants nous livrent, de par leur présence même: par leur simple présence, ils nous rappellent que nous tous et chacun de nous, sommes des enfants. Mais il y a tellement de dons, tant de richesses que les enfants apportent à l’humanité. J’en rappelle seulement quelques-uns.

Ils conduisent leur façon de voir la réalité, avec un regard confiant et pur. L’enfant a une confiance spontanée en son père et en sa mère; il a une confiance spontanée en Dieu, en Jésus, en la Vierge. Dans le même temps, son regard intérieur est pur, pas encore pollué par la malice, par les duplicités, par les «incrustations» de la vie qui durcissent le cœur. Nous savons que les enfants possèdent le péché originel, qu’ils ont leurs égoïsmes, mais ils conservent une pureté et une simplicité intérieure.

Mais les enfants ne sont pas diplomates: ils disent ce qu’ils sentent, ils disent ce qu’ils voient, directement. Et ils mettent souvent leurs parents en difficulté, en disant devant d’autres personnes: «Celui-là ne me plaît pas parce qu’il est laid». Mais les enfants disent ce qu’ils voient, ce ne sont pas des personnes doubles, ils n’ont pas encore appris cette science de la duplicité que nous adultes avons malheureusement apprise.

En outre, les enfants — dans leur simplicité intérieure — portent en eux la capacité de recevoir et de donner de la tendresse. La tendresse est d’avoir un cœur «de chair» et non «de pierre», comme le dit la Bible (cf. Ez 36, 26). La tendresse est également poésie: c’est «sentir» les choses et les événements, ne pas les traiter comme de purs objets, seulement pour les utiliser, parce qu’ils servent…

Les enfants ont la capacité de sourire et de pleurer. Certains, quand on les prend dans les bras pour les embrasser, sourient; d’autres me voient habillé de blanc et croient que je suis le médecin et que je viens leur faire un vaccin, et ils pleurent… mais spontanément! Les enfants sont ainsi: ils sourient et ils pleurent, deux choses qui chez nous, les grands, «se bloquent» souvent, nous n’en sommes plus capables… Très souvent notre sourire devient un sourire en carton, une chose sans vie, un sourire qui n’est pas vivant, également un sourire artificiel, de clown. Les enfants sourient spontanément et pleurent spontanément. Cela dépend toujours du cœur, et souvent notre cœur se bloque et perd cette capacité de sourire, de pleurer. Alors les enfants peuvent nous apprendre à nouveau à sourire et à pleurer. Mais nous devons nous-mêmes nous demander: est-ce que je souris spontanément, avec fraîcheur, avec amour ou bien mon sourire est-il artificiel? Est-ce que je pleure encore ou bien ai-je perdu la capacité de pleurer? Deux questions très humaines que les enfants nous enseignent.

C’est pour toutes ces raisons que Jésus invite ses disciples à «devenir comme les enfants», car «c’est à ceux qui sont comme eux qu’appartient le Royaume de Dieu» (cf. Mt 18, 3; Mc 10, 14).

Chers frères et sœurs, les enfants apportent la vie, la joie, l’espérance, également des problèmes. Mais la vie est faite ainsi. Ils apportent certainement aussi des préoccupations et parfois de nombreux problèmes; mais il vaut mieux une société avec ces préoccupations et ces problèmes qu’une société triste et grise parce qu’elle est restée sans enfants! Et quand nous voyons que le niveau des naissances d’une société arrive à peine à un pour cent, nous pouvons dire que cette société est triste, est grise parce qu’elle est restée sans enfants.

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 8 avril 2015

La famille – 8. Les enfants (II)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse sur la famille, nous complétons aujourd’hui la réflexion sur les enfants, qui sont le plus beau fruit de la bénédiction que le Créateur a donné à l’homme et à la femme. Nous avons déjà parlé du grand don que sont les enfants, et aujourd’hui, nous devons malheureusement parler des « histoires de passion » que vivent beaucoup d’entre eux.

Beaucoup d’enfants sont dès le début rejetés, abandonnés, dérobés de leur propre enfance et de leur avenir. Certains osent dire, presque pour se justifier, que ce fut une erreur de les mettre au monde. C’est une honte ! Ne déchargeons pas sur les enfants nos fautes, s’il vous plaît ! Les enfants ne sont jamais « une erreur ». Leur faim n’est pas une erreur, de même que leur pauvreté, leur fragilité, leur abandon — il y a tant d’enfants abandonnés dans les rues ; pas plus que ne l’est leur ignorance ou leur incapacité — tant d’enfants ignorent ce qu’est une école. Ce sont autant de raisons de les aimer davantage, avec plus de générosité. Que faisons-nous des déclarations solennelles des droits de l’homme et des droits de l’enfant, si nous punissons ensuite les enfants pour les erreurs des adultes ?

Ceux qui ont le devoir de gouverner, d’éduquer, mais je dirais même tous les adultes, nous sommes responsables des enfants et chacun doit faire ce qu’il peut pour changer cette situation. Je me réfère à la « passion » des enfants. Chaque enfant mis au rebut, abandonné, qui vit dans la rue en mendiant et avec tous types d’expédients, sans école, sans soins médicaux, est un cri qui remonte jusqu’à Dieu et qui accuse le système que nous adultes avons construit. Et malheureusement, ces enfants sont les proies des délinquants, qui les exploitent pour des trafics ou des commerces indignes, ou en les formant à la guerre et à la violence. Mais également dans les pays dits riches, de nombreux enfants vivent des drames qui les marquent lourdement, à cause de la crise de la famille, des vides éducatifs et des conditions de vie parfois inhumaines. Ce sont dans tous les cas des enfances violées dans le corps et dans l’âme. Mais aucun de ces enfants n’est oublié par le Père qui est aux Cieux ! Aucune de leurs larmes n’est perdue ! Pas plus que ne doit se perdre notre responsabilité, la responsabilité sociale des personnes, de chacun de nous, et des pays.

Un jour, Jésus sermonna ses disciples parce qu’ils éloignaient les enfants que les parents lui apportaient, afin qu’ils les bénissent. Le récit évangélique est émouvant : « Alors des petits enfants lui furent présentés, pour qu’il leur imposât les mains en priant ; mais les disciples les rabrouèrent. Jésus dit alors : “Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux.” Puis il leur imposa les mains et poursuivit sa route » (Mt 19, 13-15). Comme cette confiance des parents est belle, et cette réponse de Jésus ! Comme je voudrais que cette page devienne l’histoire normale de tous les enfants ! Il est vrai que grâce à Dieu, les enfants ayant de graves difficultés trouvent très souvent des parents extraordinaires, prêts à tous les sacrifices et à toutes les générosités. Mais ces parents ne devraient pas être laissés seuls ! Nous devrions les accompagner dans la difficulté, mais aussi leur offrir un moment de joie partagée et de joie insouciante, afin qu’ils ne soient pas uniquement pris par la routine thérapeutique.

Lorsqu’il s’agit d’enfants, quoi qu’il en soit, on ne devrait pas entendre ces formules de défense juridique toutes faites, du genre : « Après tout, nous ne sommes pas un organisme de bienfaisance » ; ou bien : « dans le domaine privé, chacun est libre de faire ce qu’il veut » ; ou encore : « nous sommes désolés, mais nous ne pouvons rien y faire ». Ces mots ne servent pas lorsqu’il s’agit des enfants.

Trop souvent, les effets de vies usées par un travail précaire et mal payé, des horaires insoutenables, des transports peu efficients… retombent sur les enfants. Mais les enfants paient également le prix d’unions immatures et de séparations irresponsables : ils en sont les premières victimes ; ils subissent les conséquences de la culture des droits subjectifs exacerbés, et en deviennent ensuite les enfants les plus précoces. Souvent, ils absorbent la violence qu’ils ne sont pas en mesure de « digérer », et sous les yeux des grands, ils sont contraints à s’habituer à la dégradation.

À notre époque aussi, comme par le passé, l’Église met sa maternité au service des enfants et de leurs familles. Aux parents et aux enfants de ce monde, elle apporte la bénédiction de Dieu, la tendresse maternelle, la réprobation ferme et la condamnation décidée. On ne plaisante pas avec les enfants !

Pensez à ce que serait une société qui déciderait, une fois pour toutes, d’établir ce principe : « Il est vrai que nous ne sommes pas parfaits et que nous faisons beaucoup d’erreurs. Mais quand il s’agit des enfants qui viennent au monde, aucun sacrifice des adultes ne sera jugé trop coûteux ou trop grand, pour peu qu’il évite à un enfant de penser qu’il est une erreur, qu’il ne vaut rien et d’être abandonné aux blessures de la vie et à l’arrogance des hommes ». Comme une telle société serait belle ! Je dis qu’à cette société, beaucoup de choses seraient pardonnées, parmi ses innombrables erreurs. Beaucoup, vraiment.

Le Seigneur juge notre vie en écoutant ce que lui rapportent les anges des enfants, des anges qui « voient toujours le visage du Père qui est aux cieux » (cf. Mt 18, 10). Demandons-nous toujours : que raconteront de nous à Dieu ces anges des enfants ?

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS À L’ASSOCIATION ITALIENNE DES FAMILLES NOMBREUSES

Salle Paul VI

Dimanche 28 décembre 2014

Chers frères et sœurs, bonjour !

Mais avant tout, une question, et une curiosité. À quelle heure vous êtes-vous levés aujourd’hui. À 6h00 ? À 5h00 ? Et vous n’avez pas sommeil ? Mais moi, avec ce discours, je vais vous endormir !

Je suis heureux de vous rencontrer à l’occasion du dixième anniversaire de l’association qui réunit en Italie les familles nombreuses. On voit que vous aimez la famille et que vous aimez la vie ! Et il est beau de rendre grâce au Seigneur pour cela le jour où nous célébrons la Sainte-Famille.

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre Marie et Joseph qui emmènent l’enfant Jésus au temple, et là, ils rencontrent deux vieillards, Syméon et Anne, qui font des prophéties sur l’Enfant. C’est l’image d’une famille « nombreuse », un peu comme le sont vos familles, où les diverses générations se rencontrent et s’aident. Je remercie Mgr Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille — spécialiste dans l’organisation de ces choses — qui a tant désiré ce moment, et Mgr Beschi, qui a fortement collaboré à faire naître et croître votre association, qui est née dans la ville du bienheureux Paul vi, Brescia.

Vous êtes venus avec les fruits les plus beaux de votre amour. Maternité et paternité sont un don de Dieu, mais accueillir le don, s’émerveiller de sa beauté et le faire resplendir dans la société, cela est votre devoir. Chacun de vos enfants est une créature unique qui ne se répétera jamais plus dans l’histoire de l’humanité. Lorsque l’on comprend cela, c’est-à-dire que chacun a été voulu par Dieu, on est émerveillé du grand miracle que représente un enfant ! Un enfant change la vie ! Nous avons tous vu — hommes et femmes — que lorsqu’un enfant arrive, la vie change, c’est autre chose. Un enfant est un miracle qui change une vie. Vous, petits garçons et petites filles, êtes précisément cela : chacun de vous est le fruit unique de l’amour, vous venez de l’amour et vous grandissez dans l’amour. Vous êtes uniques, mais pas seuls ! Et le fait d’avoir des frères et sœurs vous fait du bien: les fils et les filles d’une famille nombreuse sont davantage capables de communion fraternelle dès leur tendre enfance. Dans un monde souvent marqué par l’égoïsme, la famille nombreuse est une école de solidarité et de partage ; et ces manières d’être bénéficient par la suite à toute la société.

Vous, enfants et jeunes, êtes les fruits de l’arbre qu’est la famille : vous êtes de bons fruits lorsque l’arbre a de bonnes racines — qui sont les grands-parents — et un bon tronc — qui sont les parents. Jésus disait que tout bon arbre produit de bons fruits, tandis que l’arbre gâté produit de mauvais fruits (cf. Mt 7, 17). La grande famille humaine est comme une forêt, où les bons arbres apportent solidarité, communion, confiance, soutien, sécurité, juste sobriété, amitié. La présence des familles nombreuses est une espérance pour la société. Et pour cela, la présence des grands-parents est très importante : une présence précieuse, tant pour leur aide pratique que, surtout, pour leur contribution éducative. Les grands-parents conservent en eux les valeurs d’un peuple, d’une famille, et aident les parents à les transmettre aux enfants. Au cours du siècle dernier, dans de nombreux pays d’Europe, ce sont les grands-parents qui ont transmis la foi: ils emmenaient l’enfant en cachette recevoir le baptême et lui transmettaient la foi.

Chers parents, je vous suis reconnaissant pour l’exemple d’amour de la vie, que vous protégez de la conception à la mort naturelle, en dépit de toutes les difficultés et des fardeaux de la vie, et que malheureusement, les institutions publiques ne vous aident pas toujours à porter. Vous rappelez à juste titre que l’article 31 de la Constitution italienne demande une considération particulière pour les familles nombreuses: mais cela ne se traduit pas de façon adéquate dans les faits. Cela demeure à l’état de paroles. Je souhaite donc, notamment en pensant à la faible natalité que l’on enregistre depuis longtemps en Italie, une plus grande attention de la politique et des administrateurs publics, à tous les niveaux, afin d’apporter le soutien prévu à ces familles. Chaque famille est une cellule de la société, mais la famille nombreuse est une cellule plus riche, plus vitale, et l’État a tout intérêt à investir sur elle !

C’est pourquoi il faut saluer les familles réunies en association — comme la vôtre italienne, ainsi que celles d’autres pays européens, ici représentées — ; et il faut saluer un réseau d’associations familiales capables d’être présentes et visibles dans la société et dans la politique. Saint Jean-Paul ii écrivait à ce propos : « Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d’être les “protagonistes” de ce qu’on appelle “la politique familiale” et qu’elles assument la responsabilité de transformer la société ; dans le cas contraire, elles seront les premières victimes des maux qu’elles se sont contentées de constater avec indifférence » (Exhort. apost. Familiaris consortio, n. 44). L’engagement que les associations familiales accomplissent dans les divers « Forum », nationaux et locaux, est précisément celui de promouvoir dans la société et dans les lois de l’État les valeurs et les nécessités de la famille.

Il faut saluer également les mouvements ecclésiaux, dans lesquels vous, membres de familles nombreuses, êtes particulièrement présents et actifs. Je rends toujours grâce au Seigneur de voir des pères et des mères de familles nombreuses, avec leurs enfants, engagés dans la vie de l’Église et de la société. Pour ma part, je suis proche de vous dans la prière, et je vous place sous la protection de la Sainte-Famille de Jésus, Joseph et Marie. Et une bonne nouvelle est qu’à Nazareth précisément est en cours de réalisation une maison pour les familles du monde qui se rendent en pèlerinage là où Jésus a grandi en âge, en sagesse et en grâce (cf. Lc 2, 40).

Je prie en particulier pour les familles les plus éprouvées par la crise économique, celles où le père ou la mère ont perdu leur travail — et cela est dur —, où les jeunes n’arrivent pas à en trouver ; les familles éprouvées dans leurs liens d’affection les plus chers et celles tentées de s’abandonner à la solitude et à la division.

Chers amis, chers parents, chers jeunes, chers enfants, chers grands-parents, bonne fête à vous tous ! Que chacune de vos familles soit toujours riche de la tendresse et du réconfort de Dieu. Je vous bénis avec affection. Et vous, s’il vous plaît, continuez de prier pour moi, qui suis un peu votre grand-père à tous. Priez pour moi ! Merci.

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS AU SRI LANKA ET AUX PHILIPPINES (12-19 JANVIER 2015)

 

RENCONTRE AVEC LES FAMILLES

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Mall of Asia Arena, Manille

Vendredi 16 janvier 2015

Chères familles,

Chers amis dans le Christ,

Je vous suis reconnaissant pour votre présence ici ce soir et pour le témoignage de votre amour pour Jésus et pour son Église. Je remercie Mgr Reyes, Président de la Commission Épiscopale pour la Famille et la Vie, pour ses paroles de bienvenue en votre nom. De manière particulière, je remercie ceux qui ont présenté des témoignages – merci ! – et ont partagé leur vie de foi avec nous. L’Église aux Philippines est bénie par l’apostolat de nombreux mouvements qui s’occupent des familles, et je les remercie pour leur témoignage !

Les Saintes Écritures parlent rarement de saint Joseph, mais quand elles le font, nous le trouvons souvent en train de se reposer, avec un ange qui lui révèle en songe la volonté de Dieu. Dans le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter, nous trouvons Joseph en train de se reposer non pas une fois, mais deux fois. Ce soir, je voudrais me reposer dans le Seigneur avec vous tous. J’ai besoin de me reposer dans le Seigneur avec les familles, et de me souvenir de ma famille : mon père, ma mère, mon grand-père, ma grand-mère… Aujourd’hui je me repose avec vous et je voudrais réfléchir avec vous sur le don de la famille.

Mais d’abord, je voudrais dire quelque chose sur le rêve. Mais mon anglais est si pauvre ! Si vous me le permettez, je demanderai à Mgr Miles de traduire et je parlerai en espagnol. J’aime beaucoup l’idée de rêver en famille ! Toutes les mamans et tous les papas ont rêvé de leur enfant pendant neuf mois. C’est vrai non ? [réponse : oui !] Rêver comment sera cet enfant…C’est impossible une famille qui ne rêve pas. Quand la capacité de rêver se perd dans une famille, les enfants ne grandissent pas, l’amour ne grandit pas, la vie s’affaiblit et s’éteint (Applaudissements). C’est pour cela que je vous recommande que le soir, quand vous faites l’examen de conscience, vous posiez aussi – aussi – cette question : est-ce que j’ai rêvé aujourd’hui l’avenir de mes enfants ? Est-ce que j’ai rêvé l’amour de mon époux, de mon épouse ? Est-ce que j’ai rêvé mes parents, mes grands-parents qui ont porté l’histoire jusqu’à moi ? C’est tellement important de rêver ! Avant tout rêver dans une famille. Ne perdez pas cette capacité à rêver ! (Applaudissements).

Et aussi combien de difficultés de la vie conjugale trouvent leur solution si nous gardons une place pour le rêve, si nous nous arrêtons et pensons au conjoint, et que nous rêvons à ses qualités, aux choses bonnes qu’elle possède. Il est donc très important de retrouver l’amour dans l’espérance de chaque jour. Ne cessez jamais d’être des époux !

Le repos de Joseph lui a révélé la volonté de Dieu. En ce moment de repos dans le Seigneur, en faisant une pause dans nos nombreux devoirs et activités, Dieu nous parle, à nous aussi. Il nous parle dans la lecture que nous avons écoutée, dans nos prières et dans les témoignages, ainsi que dans le silence de notre cœur. Réfléchissons sur ce que le Seigneur nous dit, spécialement dans l’Évangile de ce soir. Il y a trois aspects de ce passage que je vous demande de considérer : se reposer dans le Seigneur, se lever avec Jésus et Marie,et être une voix prophétique.

Se reposer dans le Seigneur. Le repos est bien nécessaire à la santé de nos esprits et de nos corps, et pourtant souvent il est difficile d’y parvenir, à cause des nombreuses exigences qui pèsent sur nous. Le repos est aussi essentiel pour notre santé spirituelle ; ainsi nous pouvons écouter la voix de Dieu et comprendre ce qu’il nous demande. Joseph a été choisi par Dieu pour être le père adoptif de Jésus et l’époux de Marie. En tant que chrétiens, nous sommes nous aussi appelés, comme Joseph, à préparer une maison à Jésus. Préparer une maison à Jésus ! Vous préparez une maison pour lui dans vos cœurs, dans vos familles, dans vos paroisses et dans vos communautés.

Pour écouter et accepter l’appel de Dieu, pour préparer une maison à Jésus, vous devez être en mesure de vous reposer dans le Seigneur. Vous devez trouver le temps, chaque jour, de vous reposer dans le Seigneur pour prier. Prier c’est reposer en Dieu. Mais vous pourriez me dire : Saint-Père, nous le savons ; je voudrais prier, mais il y a tant de travail à accomplir ! Je dois prendre soin de mes enfants ; j’ai les travaux de la maison ; je suis trop fatigué même pour bien dormir. C’est vrai. Cela pourrait être vrai, mais si nous ne prions pas, nous ne connaîtrons jamais la chose la plus importante de toutes : la volonté de Dieu pour nous. Et dans toute notre activité, nos occupations, avec notre prière nous accomplirons toute chose.

Se reposer dans la prière est particulièrement important pour les familles. C’est en famille que nous apprenons d’abord comment prier. N’oubliez pas : quand la famille prie ensemble, elle reste ensemble. C’est important. Là, nous arrivons à connaître Dieu, à grandir comme hommes et femmes de foi, à nous voir comme membres de la plus grande famille de Dieu, l’Église. En famille, nous apprenons comment aimer, comment pardonner, comment être généreux et ouverts, et non pas fermés ni égoïstes. Nous apprenons à aller au-delà de nos besoins, à rencontrer les autres et à partager nos vies avec eux. Voilà pourquoi il est si important de prier en tant que famille, si important! Voilà pourquoi les familles sont si importantes dans le plan de Dieu pour l’Église ! Se reposer dans le Seigneur, c’est prier ensemble, en famille.

Je voudrais aussi vous dire une chose personnelle. J’aime beaucoup saint Joseph parce c’est un homme fort et silencieux. Et sur mon bureau j’ai une image de saint Joseph en train de dormir ; et en dormant il prend soin de l’Église ! Oui, il peut le faire, nous le savons. Et quand j’ai un problème, une difficulté, j’écris un billet et je le mets sous saint Joseph, pour qu’il le rêve. Cela veut dire : qu’il prie pour ce problème !

Le deuxième point : se lever avec Jésus et Marie. Ces précieux moments de repos, de pause de prière avec le Seigneur, sont des moments que nous voudrions peut-être pouvoir prolonger. Mais comme saint Joseph, une fois écoutée la voix de Dieu, nous devons nous sortir de notre sommeil ; nous devons nous lever et agir ; en famille nous devons nous lever et agir (cf. Rm 13, 11). La foi ne nous retire pas du monde, mais elle nous y insère davantage. C’est très important. Nous devons entrer profondément dans le monde, mais avec la force de la prière. Chacun de nous, en effet, joue un rôle spécial dans la préparation de la venue du Royaume de Dieu dans notre monde.

Tout comme le don de la Sainte Famille a été confié à saint Joseph, ainsi le don de la famille et sa place dans le plan de Dieu nous sont confiés. C’est comme saint Joseph. Le don de la sainte Famille a été confié à saint Joseph, pour qu’il le fasse aller de l’avant. A chacun de vous et de nous – parce que moi aussi je suis fils d’une famille – le plan de Dieu est confié pour que nous le fassions aller de l’avant. L’Ange du Seigneur a révélé à Joseph les dangers qui menaçaient Jésus et Marie, les obligeant à fuir en Égypte, puis à s’établir à Nazareth. De la même manière, en notre temps, Dieu nous appelle à reconnaître les dangers qui menacent nos propres familles et à les protéger du mal.

Soyons attentifs aux nouvelles colonisations idéologiques. Il y a des colonisations idéologiques qui cherchent à détruire la famille. Elles ne naissent pas du rêve, de la prière, de la rencontre avec Dieu, ni de la mission que Dieu nous donne. Elles viennent du dehors, c’est pour cela que je dis que ce sont des colonisations. Ne perdons pas la liberté de la mission que Dieu nous donne, la mission de la famille ! Et de même que nos peuples, à un moment de leur histoire sont parvenus à maturité pour dire « non » à toute colonisation politique, nous devons comme famille être très très clairvoyants, très habiles et très forts pour dire « non » à toute tentative de colonisation idéologique de la famille ; et demander à saint Joseph, qui est l’ami de l’ange, de nous envoyer l’inspiration pour savoir quand on peut dire « oui » et quand il faut dire « non ».

Les pressions sur la vie de la famille aujourd’hui sont nombreuses. Ici, aux Philippines, d’innombrables familles souffrent encore des conséquences des catastrophes naturelles. La situation économique a provoqué la désintégration des familles avec l’émigration et la recherche d’un emploi ; en outre, des problèmes financiers étreignent beaucoup de foyers. Tandis que trop de personnes vivent dans la pauvreté extrême, d’autres sont saisies par le matérialisme et par des styles de vie qui détruisent la vie familiale et les exigences les plus fondamentales de la morale chrétienne. Ce sont les colonisations idéologiques. La famille est aussi menacée par les efforts croissants de certains pour redéfinir l’institution même du mariage à travers le relativisme, la culture de l’éphémère et un manque d’ouverture à la vie.

Je pense au bienheureux Paul VI, à un moment où se posait le problème de l’accroissement de la population, il a eu le courage de défendre l’ouverture à la vie dans la famille. Il savait les difficultés qui se trouvent en toute famille, c’est pour cela que, dans son encyclique, il a été si miséricordieux pour les cas particuliers ; et il a demandé aux confesseurs d’être très miséricordieux et compréhensifs avec les cas particuliers. Mais il a regardé au-delà : il a regardé les peuples de la terre, et il a vu cette menace de destruction de la famille par la privation d’enfants. Paul VI était courageux, c’était un bon pasteur et il a mis en garde ses brebis contre les loups qui arrivent. Que, du ciel, il nous bénisse ce soir !

Notre monde a besoin de bonnes et fortes familles pour vaincre ces menaces ! Les Philippines ont besoin de familles saintes et pleines d’amour pour protéger la beauté et la vérité de la famille dans le plan de Dieu, et constituer un soutien ainsi qu’un exemple pour les autres familles. Chaque menace à la famille est une menace à la société elle-même. L’avenir de l’humanité, comme saint Jean-Paul II l’a souvent dit, passe par la famille (cf. Familiaris Consortio, n. 85). L’avenir passe par la famille. Donc, protégez vos familles ! Protégez vos familles ! Voyez en elles le plus grand trésor de votre nation et nourrissez-les toujours de la prière et de la grâce des sacrements. Les familles auront toujours leurs épreuves, elles n’ont pas besoin qu’on leur en rajoute d’autres ! Au contraire, soyez des exemples d’amour, de pardon et d’attention. Soyez des sanctuaires de respect pour la vie, en proclamant la sacralité de chaque vie humaine depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Quel grand don ce serait pour la société, si chaque famille chrétienne vivait pleinement sa noble vocation ! Alors, levez-vous avec Jésus et Marie, et préparez-vous à parcourir la route que le Seigneur trace pour chacun de vous.

Enfin, l’Évangile que nous avons écouté nous rappelle que notre devoir de chrétiens est d’être des voix prophétiques au sein de nos communautés. Joseph a écouté la voix de l’Ange du Seigneur et a répondu à l’appel de Dieu de prendre soin de Jésus et de Marie. Ainsi, il a joué son rôle dans le plan de Dieu et il est devenu une bénédiction non seulement pour la Sainte Famille, mais une bénédiction pour toute l’humanité. Avec Marie, Joseph a servi de modèle pour l’Enfant Jésus pendant qu’il grandissait en sagesse, en âge et en grâce (cf. Lc 2, 52). Quand les familles donnent naissance aux enfants dans notre monde, les éduquent à la foi ainsi qu’aux valeurs saines, et leur enseignent à offrir leur contribution à la société, elles deviennent une bénédiction pour notre monde. Les familles peuvent devenir une bénédiction pour le monde ! L’amour de Dieu devient présent et actif à la manière dont nous nous aimons et par les bonnes œuvres que nous réalisions. Nous faisons croître le Royaume du Christ en ce monde. En faisant cela, nous nous montrons fidèles à la mission prophétique que nous avons reçue dans le baptême.

Durant cette année, que vos évêques ont choisie comme Année des Pauvres, je vous demanderais, en tant que familles, d’être particulièrement attentifs à notre appel à être disciples missionnaires de Jésus. Cela signifie être prêt à aller au-delà des limites de vos maisons et prendre soin des frères et sœurs plus nécessiteux. Je vous demande de vous intéresser spécialement à ceux qui n’ont pas leur propre famille, en particulier à ceux qui sont âgés et aux enfants privées de leurs parents. Ne les laissez jamais se sentir isolés, seuls et abandonnés, mais aidez-les à se rendre compte que Dieu ne les a pas oubliés. Aujourd’hui j’ai été très ému après la messe, quand j’ai visité cette maison d’enfants seuls, sans famille. Combien de personnes dans l’Église travaillent pour que cette maison soit une famille ! C’est mettre en valeur, prophétiquement, ce que signifie une famille.

Vous pourriez être vous aussi pauvres dans le sens matériel, mais vous avez une abondance de dons à offrir quand vous offrez le Christ et la communauté de son Église. Ne cachez pas votre foi, ne cachez pas Jésus, mais portez-le au monde et offrez le témoignage de votre vie de famille.

Chers amis dans le Christ, sachez que je prie toujours pour vous ! Je prie aujourd’hui pour la famille, Je prie pour que le Seigneur puisse continuer d’approfondir votre amour pour lui et que cet amour puisse se manifester à travers votre amour réciproque et votre amour pour l’Église. N’oubliez pas Jésus qui dort ! N’oubliez pas saint Joseph qui dort ! Jésus a dormi sous la protection de Joseph. N’oubliez pas le repos de la famille et la prière. N’oubliez pas de prier pour la famille. Priez souvent et portez les fruits de votre prière dans le monde, que tous puissent connaître Jésus-Christ et son amour miséricordieux. S’il vous plaît, « dormez » aussi pour moi, priez aussi pour moi, j’ai vraiment besoin de vos prières et je compte toujours sur elles !

Merci beaucoup.

 

RENCONTRE AVEC LES JEUNES

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Terrain de sport de l’Université Saint Thomas de Manille

Dimanche 18 janvier 2015

Discours prononcé par le Saint-Père

Chers jeunes,

Quand je parle spontanément, je le fais en espagnol. Non ? Je ne connais pas la langue anglaise. Je peux le faire ? Merci beaucoup !

Voici le père Mark, c’est un bon traducteur !

D’abord une triste nouvelle. Hier, alors que la messe allait commencer, une des tours est tombée, et en tombant elle a frappé une jeune fille qui est morte. Son nom est Cristal. Elle avait travaillé dans l’organisation de cette messe. Elle avait 27 ans, elle était jeune comme vous et travaillait pour une association. Elle était volontaire. Je voudrais que tous ensemble, vous, jeunes comme elle, nous prions en silence une minute et invoquions ensuite notre Mère du ciel.

[silence… Ave Maria]

Faisons une prière aussi pour son papa et sa maman. Elle était fille unique. Sa maman arrive de Hong Kong. Son Papa est venu à Manille pour attendre la maman.

C’est une joie pour moi d’être aujourd’hui avec vous. Je salue cordialement chacun de vous et je remercie tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Au cours de ma visite aux Philippines, j’ai particulièrement voulu avoir une rencontre avec vous, les jeunes, pour vous écouter et pour parler avec vous. Je désire exprimer l’amour et l’espérance que l’Église a pour vous. Et je veux vous encourager, comme citoyens chrétiens de ce pays, à vous offrir avec enthousiasme et avec honnêteté au grand travail de renouvellement de votre société et de contribution à construire un monde meilleur.

Je remercie particulièrement les jeunes qui m’ont adressé les paroles de bienvenue : Jun, Leandro, et Rikki. Merci Beaucoup.

Un peu…sur la faible représentation des femmes. Trop faible ! Les femmes ont beaucoup à nous dire dans la société d’aujourd’hui. Parfois nous sommes trop machistes, et nous ne laissons pas de place à la femme. Mais la femme sait voir les choses avec un regard différent de celui des hommes. La femme sait poser des questions que nous les hommes nous n’arrivons pas à comprendre. Faites attention : elle [Glyzelle] a posé aujourd’hui la seule question qui n’a pas de réponse. Et les mots ne lui sont pas venus, elle a du la dire avec des larmes. Ainsi, quand le prochain pape viendra à Manille, qu’il y ait davantage de femmes !

Je te remercie, Jun, d’avoir présenté avec tant de courage ton expérience. Comme j’ai dit d’abord, le cœur de ta question n’a pour ainsi dire pas de réponse. C’est seulement quand nous sommes capables de pleurer sur ce que vous avez vécu que nous pouvons comprendre quelque chose et répondre quelque chose. La grande question pour tous : pourquoi les enfants souffrent ? Pourquoi les enfants souffrent ? C’est vraiment quand le cœur réussit à se poser la question et à pleurer, que nous pouvons comprendre quelque chose. Il y a une compassion mondaine qui ne sert à rien ! Une compassion qui nous fait tout au plus mettre la main au porte monnaie et donner une pièce. Si le Christ avait eu cette compassion, il serait passé, soigné trois ou quatre personnes et serait retourné au Père. C’est seulement quand le Christ a pleuré et a été capable de pleurer qu’il a compris nos drames.

Chers jeunes, les pleurs manquent au monde d’aujourd’hui ! Les marginaux pleurent, ceux qui sont mis de côté pleurent, les méprisés pleurent, mais quand nous avons une vie sans trop de besoins, nous ne savons pas pleurer. Certaines réalités de la vie se voient seulement avec des yeux lavés par les larmes. J’invite chacun de vous à se demander : ai-je appris à pleurer ? Ai-je appris à pleurer quand je vois un enfant qui a faim, un enfant drogué dans la rue, un enfant sans maison, un enfant abandonné, un enfant abusé, un enfant utilisé comme esclave par la société ? Ou bien mes pleurs sont ils les pleurs capricieux de celui qui pleure parce qu’il voudrait avoir quelque chose de plus ? C’est la première chose que je voudrais vous dire : apprenons à pleurer, comme elle [Glyzelle] nous l’a appris aujourd’hui. N’oublions pas ce témoignage. La grande question : pourquoi les enfants souffrent ?, elle l’a posée en pleurant, et la grande réponse que nous pouvons faire à chacun est d’apprendre à pleurer.

Jésus dans l’Évangile a pleuré, il a pleuré pour son ami mort. Il a pleuré dans son cœur pour cette famille qui avait perdu sa fille. Il a pleuré dans son cœur quand il a vu la pauvre mère, veuve, qui emmenait son fils au cimetière. Il a été ému et il a pleuré dans son cœur quand il a vu la foule comme des brebis sans pasteur. Si vous n’apprenez pas à pleurer vous n’êtes pas de bons chrétiens. Et c’est un défi. Jun nous a lancé ce défi. Et quand on nous pose la question pourquoi les enfants souffrent ? pourquoi arrive-t-il ceci ou cela de tragique dans la vie ? que notre réponse soit le silence, ou bien une parole qui nait des larmes. Soyez courageux, n’ayez pas peur de pleurer !

Ensuite Léandro Santos est venu. Il a posé des questions sur le monde de l’information. Aujourd’hui, nous sommes surinformés, avec tous les media : est-ce un mal ? Non, c’est un bien et cela aide, mais nous courrons le risque de vivre en accumulant les informations. Nous avons beaucoup d’informations, mais peut-être nous ne savons pas quoi en faire. Nous courrons le risque de devenir des « jeunes-musée » en non pas des jeunes sages. Vous pourriez me dire : « Père, comment parvient-on à être sages ? Et c’est un autre défi, le défi de l’amour. Quelle est la matière la plus importante qu’il faut apprendre à l’université ? Quelle la plus importante à apprendre dans la vie ? Apprendre à aimer ! Et c’est le défi posé à vous aujourd’hui. Apprendre à aimer ! Ne pas seulement accumuler des informations et ne pas savoir quoi en faire. C’est un musée. Mais par l’amour faire en sorte que cette information soit féconde. Dans ce but l’Évangile nous propose un chemin, serein, tranquille : utiliser les trois langages : le langage de l’esprit, le langage du cœur et le langage des mains. Et ces trois langages de manière harmonieuse : ce que tu penses, tu le sens et tu le réalises. Ton information descend dans le cœur, elle l’émeut et elle réalise. Et cela harmonieusement. Penser ce qui se sent et ce qui se fait. Sentir ce que je pense et ce que je fais ; faire ce que je pense et ce que je sens. Les trois langages. Etes-vous capables de répéter les trois langages à haute voix ?

L’amour véritable c’est d’aimer et de me laisser aimer. Il est plus difficile de se laisser aimer que d’aimer. À cause de cela, il est très difficile d’arriver à l’amour parfait de Dieu, pour que nous puissions l’aimer, mais la chose importante est de se laisser aimer par lui. Le véritable amour est de s’ouvrir à cet amour qui nous précède et qui provoque en nous une surprise. Si vous avez seulement toute l’information, vous êtes fermés aux surprises ; l’amour t’ouvre aux surprises, l’amour est toujours une surprise parce qu’il suppose un dialogue à deux. Entre celui qui aime et celui qui est aimé. Et nous disons de Dieu qu’il est le Dieu des surprises parce que lui il nous a aimés le premier et qu’il nous attend avec une surprise. Dieu nous surprend… Laissons-nous surprendre par Dieu ! Et n’ayons pas la psychologie du computer de croire tout savoir. Qu’est-ce que cela ? Un instant, et le computer te donne toutes les réponses, aucune surprise. Dans le défi de l’amour, Dieu se manifeste avec des surprises. Pensons à saint Matthieu : c’était un bon commerçant, en plus il trahissait sa patrie parce qu’il prenait les impôts des juifs pour les donner aux Romains, il avait beaucoup d’argent, et il prélevait les impôts. Jésus passa, il le regarda et lui dit : Viens ! Ceux qui étaient avec lui disent : il appelle celui-ci qui est un traître, un infâme ? Et il est attaché à l’argent. Mais la surprise d’être aimé le vainc et il suit Jésus. Ce matin-là, quand il avait salué sa femme, jamais il n’aurait pensé qu’il serait rentré sans argent et en hâte pour dire à sa femme de préparer un banquet. Le banquet pour celui qui l’avait aimé le premier. Qui l’avait surpris avec quelque chose de plus important que tout l’argent qu’il avait.

Laisse-toi surprendre par l’amour de Dieu ! N’ayez pas peur des surprises, qui te bouleversent, qui te mettent en crise, mais qui nous mettent en chemin. L’amour véritable te pousse à dépenser ta vie avec le risque aussi de rester les mains vides. Pensons à saint François : il a tout laissé, il est mort les mains vides mais le cœur plein.

D’accord ? Pas des jeunes de musée, mais des jeunes sages. Pour être sages, utiliser trois langages : penser bien, sentir bien et faire bien. Et pour être sages, se laisser surprendre par l’amour de Dieu, et va, et dépense ta vie !

Merci pour ta contribution d’aujourd’hui !

Et celui qui est venu avec un bon programme pour nous aider à voir comment faire dans la vie a été Rikki ! Il a raconté toutes les activités, tout ce qu’ils font, tout ce qu’ils veulent faire. Merci Rikki ! Merci pour ce que tu fais toi et tes amis. Mais je veux te poser une question : toi et tes amis vous vous engagez à donner, vous donnez, vous donnez, vous donnez, vous aidez… Mais fais-tu aussi en sorte qu’on te donne ? … Répond dans ton cœur. Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, il y a une phrase qui pour moi est la plus importante de toutes : l’Évangile dit que Jésus regarda ce jeune et l’aima (cf. Mc 10, 21). Quand on voit le groupe de Rikki et de ses amis, il les aime beaucoup parce qu’ils font beaucoup de bonnes choses, mais la phrase la plus importante que dit Jésus est : « Une seule chose te manque » (Mc10, 21). Chacun de nous écoute en silence cette parole de Jésus : « Une seule chose te manque ».

Quelle chose me manque ? À tous ceux que Jésus aime beaucoup parce qu’ils donnent beaucoup aux autres je demande : laissez-vous les autres vous donner cette autre richesse que vous n’avez pas ? Les Sadducéens, les docteurs de la Loi de l’époque de Jésus donnaient beaucoup au peuple, ils donnaient la loi, ils enseignaient, mais ils ne laissaient jamais le peuple leur donner quelque chose. Il a fallu que Jésus vienne pour se laisser toucher par le peuple. Combien de jeunes comme vous qui sont là savent donner mais ne sont pas aussi capables de recevoir !

« Une seule chose te manque ». C’est ce qui nous manque : apprendre à mendier de ceux à qui nous donnons. Il n’est pas facile de le comprendre : apprendre à mendier. Apprendre à recevoir de l’humilité de ceux qui nous aidons. Apprendre à être évangélisés par les pauvres. Les personnes que nous aidons, les pauvres, les malades, les orphelins, ont beaucoup à nous donner. Est-ce que je me fais mendiant et que je demande aussi cela ? Ou bien suis-je autosuffisant, sachant seulement donner ? Vous qui vivez en donnant toujours et croyez que vous n’avez besoin de rien, savez-vous que vous êtes vraiment pauvres ? Savez-vous que vous avez une grande pauvreté et que vous avez besoin de recevoir ? Te laisses-tu aider par les pauvres, par les malades, et par ceux que tu aides ? C’est ce qui aide les jeunes engagés comme Rikki dans leur travail d’aide aux autres à mûrir : apprendre à tendre la main à partir de sa propre misère.

Il y a quelques points que j’avais préparés. Le premier, que j’ai déjà dit, apprendre à aimer et à se laisser aimer.

Il y a un autre défi, qui est le défi de l’intégrité morale. Ce n’est pas seulement à cause du fait que votre pays, plus que d’autres, risque d’être sérieusement touché par le changement climatique. C’est le défi de prendre soin de l’environnement.

Et enfin, il y a le défi pour les pauvres. Aimer les pauvres. Vos évêques veulent que vous soyez attentifs aux pauvres, surtout en cette Année des pauvres. Pensez-vous aux pauvres ? Sentez-vous avec les pauvres ? Faites-vous quelque chose pour les pauvres ? Et demandez-vous aux pauvres de vous donner cette sagesse qu’ils ont ? C’est ce que je voulais vous dire. Pardonnez-moi parce je n’ai pas presque rien lu de ce que j’avais préparé. Mais il y a une expression qui me console un peu : « La réalité est supérieure à l’idée ». Et la réalité que vous avez présentée, la réalité que vous êtes est supérieure à toutes les réponses que j’avais préparées. Merci !

Texte du discours préparé par le Saint-Père

Chers jeunes amis,

C’est une joie pour moi d’être aujourd’hui avec vous. Je salue cordialement chacun de vous et je remercie tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Au cours de ma visite aux Philippines, j’ai particulièrement voulu avoir une rencontre avec vous, les jeunes, pour vous écouter et pour parler avec vous. Je désire exprimer l’amour et l’espérance que l’Église a pour vous. Et je veux vous encourager, comme citoyens chrétiens de ce pays, à vous offrir avec enthousiasme et avec honnêteté au grand travail de renouvellement de votre société et de contribution à construire un monde meilleur.

Je remercie spécialement les jeunes qui m’ont adressé des paroles de bienvenue. Ils ont exprimé de façon éloquente, en votre nom, vos préoccupations et vos inquiétudes, votre foi et vos espérances. Ils ont parlé des difficultés et des attentes des jeunes. Bien que je ne puisse pas répondre à chacun de ces questionnements de façon exhaustive, je sais que, avec vos Pasteurs et entre vous, vous les considérerez attentivement à l’aide de la prière et que vous ferez des propositions concrètes d’action.

Aujourd’hui, je voudrais suggérer trois domaines-clés où vous avez une contribution significative à offrir à la vie de votre pays. Le premier est le défi de l’intégrité. Le terme “défi” peut être entendu de deux manières. D’abord, il peut être compris de façon négative, comme une tentative d’agir contre vos convictions morales, contre tout ce que vous savez être vrai, bon et juste. Notre intégrité peut être défiée par des intérêts égoïstes, par l’avidité, par la malhonnêteté, ou par l’intention d’instrumentaliser les autres.

Mais l’expression “défi” peut aussi être comprise dans un sens positif. Elle peut être vue comme une invitation à être courageux, à donner un témoignage prophétique de sa foi et de tout ce qui est tenu pour sacré. En ce sens, le défi de l’intégrité est quelque chose à quoi, en ce moment et dans vos vies, il est nécessaire de se confronter. Il ne s’agit pas de quelque chose que vous pouvez renvoyer au temps où vous serez plus âgés, où vous aurez de plus grandes responsabilités. Dès maintenant aussi, vous avez à relever le défi d’agir avec honnêteté et correction dans vos relations avec les autres, qu’ils soient jeunes ou âgés. Ne fuyez pas ce défi ! Un des plus grands défis que les jeunes ont devant eux est celui d’apprendre à aimer. Aimer signifie prendre un risque : le risque du refus, le risque d’être utilisé, ou pire d’utiliser l’autre. N’ayez pas peur d’aimer ! Mais, aussi en aimant, préservez votre intégrité ! En cela aussi, soyez honnêtes et loyaux !

Dans la lecture que nous venons d’entendre, Paul dit à Timothée : « Que personne n’ait lieu de te mépriser parce que tu es jeune ; au contraire, sois pour les croyants un modèle par ta parole et ta conduite, par ta charité, ta foi et ta pureté » (1 Tm 4, 12).

Vous êtes donc appelés à donner un bon exemple, exemple d’intégrité. Naturellement, en le faisant, vous devrez affronter des oppositions et des critiques, le découragement et même le ridicule. Mais vous avez reçu un don qui vous permet de dépasser ces difficultés. C’est le don de l’Esprit Saint. Si vous nourrissez ce don par la prière quotidienne et puisez la force dans la participation à l’Eucharistie, vous serez en mesure d’atteindre cette grandeur morale à laquelle Jésus vous appelle. Vous deviendrez aussi une boussole pour vos amis qui sont en recherche. Je pense spécialement à ces jeunes qui ont la tentation de perdre l’espérance, d’abandonner leur idéaux élevés, de quitter l’école ou de vivre au jour le jour dans les rues.

Il est donc essentiel de ne pas perdre votre intégrité ! Ne compromettez pas vos idéaux ! Ne cédez pas aux tentations contre la bonté, la sainteté, le courage et la pureté ! Relevez le défi ! Avec le Christ, vous serez – vraiment vous l’êtes déjà – des artisans d’une culture philippine renouvelée et plus juste.

Un autre domaine où vous êtes appelés à donner votre contribution est celui de montrer de la préoccupation pour l’environnement. Ce n’est pas seulement parce que votre pays, plus que d’autres, risque d’être sérieusement touché par le changement climatique. Vous êtes appelés à prendre soin de la création, non seulement comme des citoyens responsables, mais aussi comme disciples du Christ ! Le respect de l’environnement signifie davantage que de simplement utiliser des produits propres ou de recycler ce que nous utilisons. Ce sont des aspects importants, mais non suffisants. Nous avons besoin de voir, avec les yeux de la foi, la beauté du plan de salut de Dieu, le lien entre l’environnement naturel et la dignité de la personne humaine. L’homme et la femme sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu et la maîtrise de la création leur a été confiée (cf. Gn 1, 26-28). Comme administrateurs de la création de Dieu, nous sommes appelés à faire de la terre un beau jardin pour la famille humaine. Lorsque nous détruisons nos forêts, lorsque nous dévastons le sol et polluons les mers, nous trahissons ce noble appel !

Il y a trois mois, vos Évêques ont affronté ces thèmes dans une Lettre pastorale prophétique. Ils ont demandé à chacun de réfléchir sur la dimension morale de nos activités et de nos styles de vie, de notre consommation et de l’usage que nous faisons des ressources naturelles. Aujourd’hui, je vous demande de le faire, dans le contexte de vos vies et de votre engagement pour la construction du Royaume du Christ. Chers jeunes, l’usage juste et la gestion correcte des ressources naturelles est une tâche urgente et vous avez une contribution importante à offrir. Vous êtes l’avenir des Philippines. Soyez vivement intéressés à tout ce qui arrive à votre si belle terre !

Un dernier domaine où vous pouvez offrir une contribution vous est particulièrement cher à tous. C’est le soin des pauvres. Nous sommes chrétiens, membres de la famille de Dieu. Chacun de nous, et peu importe si individuellement nous avons beaucoup ou peu, est appelé à tendre la main personnellement et à servir nos frères et nos sœurs dans le besoin. Il y a toujours quelqu’un proche de nous qui a des besoins matériels, psychologiques, spirituels. Le plus grand don que nous puissions leur faire est notre amitié, notre préoccupation, notre tendresse, notre amour pour Jésus. Le recevoir signifie tout avoir; Le donner signifie offrir le don le plus grand de tous.

Beaucoup d’entre vous savent ce que signifie être pauvres. Mais beaucoup d’entre vous ont aussi fait l’expérience de quelque chose du bonheur que Jésus à promis aux “pauvres en esprit” (cf. Mt 5, 3). Je voudrais dire ici une parole d’encouragement et de gratitude à ceux d’entre vous qui ont choisi de suivre notre Seigneur dans sa pauvreté, par la vocation au sacerdoce et à la vie religieuse; en puisant à cette pauvreté, vous vous enrichirez beaucoup. Mais à vous tous, spécialement à ceux qui peuvent faire et donner davantage, je demande : s’il vous plaît, faites davantage ! S’il vous plaît, donnez plus ! Lorsque vous donnez de votre temps, de vos talents et de vos ressources à beaucoup de personnes nécessiteuses qui vivent aux marges, vous faites une différence. C’est une différence qui est si désespérément nécessaire, et pour laquelle vous serez largement récompensés par le Seigneur. Parce que, comme il a dit : « Tu auras un trésor au ciel » (Mc 10, 21).

Il y a vingt ans en ce même lieu, saint Jean-Paul II a affirmé que le monde a besoin d’“un nouveau type de jeunes ” – engagés dans les plus hauts idéaux, et désireux de bâtir la civilisation de l’amour. Soyez ces jeunes! Ne perdez pas vos idéaux ! Soyez des témoins joyeux de l’amour de Dieu et du magnifique dessein qu’il a pour nous, pour ce pays et pour le monde dans lequel nous vivons. S’il vous plaît, priez pour moi. Que Dieu vous bénisse tous !

 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Salle Paul VI

Mercredi 21 janvier 2015

Chers frères et sœurs, bonjour.

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Les rencontres avec les familles et avec les jeunes, à Manille, ont été des moments importants de la visite aux Philippines. Des familles saines sont essentielles à la vie de la société. Voir tant de familles nombreuses qui accueillent les enfants comme un véritable don de Dieu apporte réconfort et espérance. Ils savent que chaque enfant est une bénédiction. J’ai entendu dire par certaines personnes que les familles ayant beaucoup d’enfants et la naissance de nombreux enfants sont parmi les causes de la pauvreté. Cela me paraît une opinion simpliste. Je peux dire, nous pouvons tous dire, que la cause principale de la pauvreté est un système économique qui a ôté la personne du centre et qui y a placé le dieu argent; un système économique qui exclut, exclut toujours: il exclut les enfants, les personnes âgées, les jeunes, sans travail… — et qui crée la culture du rebut que nous vivons. Nous nous sommes habitués à voir des personnes mises au rebut. Voilà le motif principal de la pauvreté, pas les familles nombreuses. En réévoquant la figure de saint Joseph, qui a protégé la vie du «Santo Niño», si vénéré dans ce pays, j’ai rappelé qu’il faut protéger les familles, qui affrontent diverses menaces, afin qu’elles puissent témoigner de la beauté de la famille dans le projet de Dieu. Il faut aussi défendre les familles des nouvelles colonisations idéologiques, qui portent atteinte à son identité et à sa mission.

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MESSAGE DU SAINT-PÈRE POUR LA XLIXe JOURNÉE MONDIALE DES COMMUNICATIONS SOCIALES

Communiquer la famille :

milieu privilégié de la rencontre dans la gratuité de l’amour

 Le thème de la famille se trouve au Centre d’une réflexion ecclésiale approfondie et d’un processus synodal qui comporte deux synodes, un extraordinaire – qui vient d’être célébré – et un synode ordinaire, convoqué pour octobre prochain. Dans ce contexte, il m’a semblé opportun que la famille soit le point de référence du thème de la prochaine Journée mondiale des communications sociales. La famille est du reste, le premier lieu où l’on apprend à communiquer. Retourner à ce moment originel peut nous aider autant à rendre la communication plus authentique et plus humaine qu’à considérer la famille d’un nouveau point de vue.

Nous pouvons nous laisser inspirer par l’icône évangélique de la visitation de Marie à Elisabeth (Lc 1, 39-56). « Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : “Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni” » (v. 41-42).

Tout d’abord, cet épisode nous montre la communication comme un dialogue qui se noue avec le langage du corps. En effet, la première réponse à la salutation de Marie, c’est l’enfant qui la donne en tressaillant de joie dans le sein d’Élisabeth. Exulter pour la joie de la rencontre est en quelque sorte l’archétype et le symbole de toute autre communication que nous apprenons bien avant de venir au monde. Le sein qui nous accueille est la première “école” de communication, faite d’écoute et de contact corporel, où nous commençons à nous familiariser avec le monde extérieur dans un environnement protégé et au rythme rassurant des battements du cœur de la maman. Cette rencontre entre deux êtres aussi intimes et encore aussi étrangers l’un à l’autre, une rencontre pleine de promesses, est notre première expérience de communication. Et c’est une expérience qui nous unit tous, parce que chacun de nous est né d’une mère.

Même après la naissance, nous restons dans un certain sens dans le “sein” que représente la famille. Un sein constitué de personnes différentes, en relation : la famille est le « lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence » (Exhort. Apost. Evangelii gaudium, n. 66). Différences de genres et de générations, qui communiquent avant tout afin de s’accueillir mutuellement, car il existe un lien entre elles. Et, plus large est l’éventail de ces relations, plus sont différents les âges, plus riche est notre cadre de vie. C’est le lien qui est au fondement de la parole, qui à son tour, le renforce. Nous n’inventons pas les mots : nous pouvons les utiliser parce que nous les avons reçus. C’est dans la famille que l’on apprend à parler dans la “langue maternelle”, c’est-à-dire la langue de nos ancêtres (cf. 2 M 7, 25.27). En famille on se rend compte que d’autres nous ont précédés, qu’ils nous ont mis dans la condition d’exister et de pouvoir à notre tour engendrer la vie et faire quelque chose de bon et de beau. Nous pouvons donner parce que nous avons reçu, et ce cercle vertueux est au cœur de la capacité de la famille à se communiquer et à communiquer ; et, plus généralement, c’est le paradigme de toute communication.

L’expérience du lien qui nous “précède” fait aussi de la famille le contexte où se transmet cette forme fondamentale de la communication qu’est la prière. Quand la maman et le papa font dormir leurs nouveau-nés, très souvent ils les confient à Dieu, pour qu’il veille sur eux ; et quand ils sont un peu plus grands, ils récitent ensemble avec eux des prières simples, se souvenant aussi avec affection d’autres personnes, des grands-parents, d’autres membres de la famille, des malades et de ceux qui souffrent, de toutes les personnes qui ont le plus besoin de l’aide de Dieu. Ainsi, en famille, la plupart d’entre nous ont appris la dimension religieuse de la communication, qui, dans le christianisme, est toute pleine d’amour, de l’amour de Dieu qui se donne à nous et que nous offrons aux autres.

C’est dans la famille que se développe principalement la capacité de s’embrasser, de se soutenir, de s’accompagner, de déchiffrer les regards et les silences, de rire et de pleurer ensemble, entre des personnes qui ne se sont pas choisies et qui pourtant sont si importantes l’une pour l’autre ; cela nous fait comprendre ce qu’est vraiment la communication comme découverte et construction de proximité. Réduire les distances, se rencontrer et s’accueillir mutuellement est un motif de gratitude et de joie : de la salutation de Marie et du tressaillement du bébé jaillit la bénédiction d’Élisabeth, suivie par le beau Cantique du Magnificat, dans lequel Marie fait l’éloge du dessein d’amour de Dieu sur elle et sur son peuple. D’un “oui” prononcé avec foi découlent des conséquences qui vont bien au-delà de nous-mêmes et se répandent dans le monde. “Visiter” signifie ouvrir les portes, et non pas se retirer dans ses appartements, sortir, aller vers l’autre. Ainsi la famille est vivante si elle respire en s’ouvrant au-delà d’elle-même, et les familles qui le font, peuvent communiquer leur message de vie et de communion, peuvent donner réconfort et espérance aux familles plus blessées et faire croître l’Église elle-même, qui est la famille des familles.

La famille est plus que tout autre le lieu où, vivant ensemble au quotidien, l’on fait l’expérience de ses propres limites et de celles des autres, des petits et des grands problèmes de la coexistence, de l’entente mutuelle. La famille parfaite n’existe pas, mais nous ne devons pas avoir peur de l’imperfection, de la fragilité, voire des conflits ; il faut apprendre à les affronter de manière constructive. Ainsi la famille où l’on s’aime malgré les propres limites et les péchés, devient une école de pardon. Le pardon est une communication dynamique, une communication qui s’use et se rompt et qui, à travers le repentir exprimé et accueilli, peut se renouer et faire grandir. Un enfant qui en famille, apprend à écouter les autres, à parler de façon respectueuse, en exprimant son point de vue sans nier celui d’autrui, sera dans la société un constructeur de dialogue et de réconciliation.

A propos des limites et de la communication, les familles avec des enfants souffrant d’un ou de plusieurs handicaps ont beaucoup à nous apprendre. Le déficit moteur, sensoriel ou intellectuel, comporte toujours la tentation de se renfermer ; mais il peut devenir, grâce à l’amour des parents, des frères et sœurs et d’autres personnes amies, une incitation à s’ouvrir, à partager, à communiquer de manière inclusive ; et il peut aider l’école, la paroisse, les associations à être plus accueillantes envers tous, sans exclure personne.

Ensuite, dans un monde où si souvent on maudit, on parle mal, on sème la zizanie, où le bavardage pollue notre environnement humain, la famille peut être une école de la communication comme bénédiction. Et ceci, même là où semble prévaloir de manière inévitable la haine et la violence, lorsque les familles sont séparées par des murs de pierre ou par des murs non moins impénétrables de préjugés et de ressentiments, quand il y aurait de bonnes raisons de dire “ça suffit maintenant” ; en fait, bénir au lieu de maudire, visiter au lieu de rejeter, accueillir au lieu de combattre est le seul moyen de briser la spirale du mal, pour témoigner que le bien est toujours possible et pour éduquer les enfants à la fraternité.

Aujourd’hui les médias plus modernes, qui surtout pour les plus jeunes sont désormais indispensables, peuvent tout aussi bien entraver qu’aider cette communication en famille et entre familles. Ils peuvent l’entraver s’ils deviennent un moyen de se soustraire à l’écoute, de s’isoler de la présence physique, avec la saturation de chaque instant de silence et d’attente, oubliant d’apprendre que « le silence fait partie intégrante de la communication et sans lui aucune parole riche de sens ne peut exister.» (Benoît XVI, Message pour les communications sociales 46e JMCS, 24.01.2012). Ils peuvent la favoriser s’ils aident à dire et à partager, à rester en contact avec ceux qui sont éloignés, à remercier et à demander pardon, à rendre toujours à nouveau possible la rencontre. Redécouvrant chaque jour ce centre vital qu’est la rencontre, ce « début vivant », nous saurons orienter notre relation à l’aide des technologies, plutôt que de nous laisser guider par elles. Dans ce domaine également, les parents sont les premiers éducateurs. Mais ils ne doivent pas être laissés seuls ; la communauté chrétienne est appelée à être à leurs côtés pour qu’ils sachent enseigner aux enfants à vivre dans un monde de communication, conformément aux critères de la dignité de la personne humaine et du bien commun.

Le défi qui se présente à nous aujourd’hui est donc de réapprendre à dire, pas simplement à produire et à consommer l’information. C’est dans cette direction que nous poussent les puissants et précieux moyens de la communication contemporaine. L’information est importante, mais elle n’est pas suffisante, parce que trop souvent elle simplifie, oppose les différences et les diverses visions incitant à prendre parti pour l’une ou l’autre, au lieu d’encourager une vision d’ensemble.

Ainsi, la famille, en fin de compte n’est pas un objet sur lequel on communique des opinions, ou un terrain où l’on se livre à des batailles idéologiques, mais un milieu où l’on apprend à communiquer dans la proximité, et elle est un sujet qui communique, une “communauté communicante”. Une communauté qui sait accompagner, célébrer et faire fructifier. En ce sens, il est possible de rétablir un regard capable de reconnaître que la famille continue d’être une grande ressource, et pas seulement un problème ou une institution en crise. Les médias ont tendance à présenter parfois la famille comme s’il s’agissait d’un modèle abstrait à accepter ou à rejeter, à défendre ou à attaquer, et non une réalité concrète à vivre ; ou comme s’il s’agissait d’une idéologie de l’un contre l’autre, plutôt que le lieu où tous nous apprenons ce que signifie communiquer dans l’amour reçu et donné. Dire signifie bien comprendre que nos vies sont tissées dans une seule trame unitaire, que les voix sont multiples et que chacune est irremplaçable.

La famille la plus belle, protagoniste et non pas problématique, est celle qui sait communiquer, en partant du témoignage, de la beauté et de la richesse de la relation entre homme et femme, et entre parents et enfants. Nous ne luttons pas pour défendre le passé, mais nous travaillons avec patience et confiance, dans tous les milieux que nous habitons au quotidien, pour construire l’avenir.

Du Vatican, le 23 Janvier 2015

Vigile de la fête de saint François de Sales