Les Laïcs informent

    
Aux Fraternités nazaréennes
Cher Frère Provincial,
Cher Frère Animateur,

Chers Responsables Laïcs
:

 

Nous, membres de la Fraternité nazaréenne de Rome, nous avons écouté avec enthousiasme le Document Nazareth, école d’humanité, élaboré par des Frères et des Laïcs au cours  du Chapitre général à Valladolid. Et nous avons tâché de le traduire concrètement dans notre projet de vie de cette année, du moins pour les aspects qui s’adaptent mieux à nos petites dimensions.

            Le désir de partager avec vous tous ces modestes points de réflexion naît uniquement de notre engagement d’accueillir le don reçu comme un talent à faire fructifier. Tandis que nous vous communiquons nos modestes essais, nous espérons connaître l’écho que le Document a eu dans les autres Fraternités et les initiatives qui en seraient éventuellement sorties, afin de nous enrichir et de nous soutenir réciproquement en esprit de famille.

En affection fraternelle en J.M.J.

 

La Fraternité  nazaréenne de Rome
Alberta, Marcella, Marisa et Frère Carlo

 

XXXVI CHAPITRE GENERAL

NAZARETH, ECOLE D’HUMANITE


   Le Chapitre général les Frères de la Sainte-Famille s’est tenu à Valladolid, sur le thème
Nazareth, école d’humanité, dans le mois de juillet 2007. Nous, représentants des Laïcs, collaborateurs dans les œuvres des Frères ou dans la mission partagée et membres des Fraternités nazaréennes, nous avons été invités à prendre part à la première semaine de rencontres capitulaires pour y apporter la contribution  de tous ceux qui vivent, sous des formes diverses mais également précieuses, la vocation du "laïc SAFA".

Nous avons partagé avec les Frères, en esprit de famille et comme étant une vraie famille, la liturgie du jour, les travaux de groupes, l’écoute des conférences et le dialogue dans les assemblées. Ça été une expérience inoubliable de vie fraternelle … ….. IN ORATIONE, LABORE ET CARITATE PAX!

En partant d‘une réflexion commune sur les problèmes de la société actuelle, nous avons tâché de lire ensemble les signes des temps pour mûrir un discernement des dons que le Seigneur fait      aujourd’hui à l’Institut, des difficultés à surmonter, des orientations qui devront inspirer notre engagement pour répandre et faire fructifier le charisme, offert à l’Eglise à travers frère Gabriel .

Sur cette voie du discernement, nous avons  été guidés par des conférences qui nous ont invités à réfléchir sur la société actuelle et sur la façon la meilleure de répondre à ses attentes, par l’annonce de l’Evangile et le témoignage du charisme  taborinien.

Le P. André FOSSION, jésuite et professeur au Centre international Lumen Vitae de Bruxelles, nous a invités à nous mettre à l’écoute de l’Eglise et des signes des temps, pour évangéliser de manière évangélique, c’est-à-dire dans un style authentiquement fraternel.

Teresa COMPTE GRAU, enseignante de Pensée chrétienne et de Théorie politique, a présenté une vison assez complexe de la réalité sociale et des nouveaux styles de vie.

Dans cette perspective, la présentation du charisme du frère Gabriel a été confiée à deux Frères:

Fr. Teodoro BERZAL a indiqué des voies pour aller au cœur du charisme, de façon à le transmettre en partant d’un rapport vivant avec le Fondateur, afin que les réalités nouvelles puissent incarner dans le présent le noyau essentiel du charisme lui-même.

Fr. Enzo BIEMMI a développé le thème d’un horizon de fidélité créative, fidélité plus à l’esprit qu’à la lettre de l’œuvre de frère Gabriel, soulignant la passion du Fondateur pour la formation humaine et chrétienne, et dans cette lumière, la possibilité d’enrichir le charisme grâce à l’apport des différentes cultures.

Durant le Chapitre, la contribution des diverses opinions, expériences et sensibilités, qui constituent dans leur variété la richesse et la fécondité de notre famille religieuse, a produit un Document frères-laïcs, intitulé Nazareth, école d’humanité, qui, dans sa forme très synthétique, se révèle riche d’idées intéressantes pou animer le cheminement des Frères et des membres des Fraternités pour les années à venir.

Les facteurs de crise de la société dans laquelle nous vivons et qui sont évidents aux yeux de tous, ont été approfondis; on a cherché à en individualiser les racines: le manque de foi et l’indifférence religieuse, l’individualisme et le consumérisme, l’affaiblissement des rapports communautaires et familiaux, la perte de valeur de la personne, les conditions de vie déshumanisantes des marginaux, les carences dans le témoignage des  chrétiens qui occasionnent parfois le scepticisme religieux et le manque d’engagement  social.

Nous avons ensuite tenté de discerner ensemble les signes des temps, certainement complexes, mais non totalement négatifs, sans tomber dans un pessimisme stérile. Dans un monde marqué par la globalisation, on voit dans le même temps se fortifier la reconnaissance des diversités culturelles, la promotion humaine, la protection des droits, le volontariat, autant  de tendances qui provoquent un fort appel chez bien des jeunes. L’exigence d’un principe unifiant de la vie, se manifeste dans le besoin de spiritualité et dans la recherche de Dieu. Dans les relations interpersonnelles, se manifestent la soif de l’écoute, l’authenticité des affections. Dans la réalité actuelle de l’Institut, on a souligné plusieurs signes positifs: l’inculturation du charisme nazaréen en divers pays, l’élan missionnaire, les activités des laïcs, l’attention à accompagner les jeunes.

Tous les aspects caractéristiques de notre époque se reflètent dans la vie de l’Institut incitant par suite Frères et Laïcs, qui en partagent le charisme  et la mission, à entrer dans un processus de constante conversion, pour essayer de donner ensemble une réponse valable aux problèmes de la société et aux besoins des communautés ecclésiales, en tissant des liens de fraternité. Fidèles au style de Jésus à Nazareth et au charisme  taborinien, incarné dans l’actuel, nous sommes pour cela invités à offrir notre contribution particulière aux grands objectifs indiqués par l’Eglise: la protection de la dignité des personnes, la promotion sociale et  ecclésiale de la famille, le souci de l’éducation comme formation humanisante, l’évangélisation et le service de la charité, spécialement en faveur des plus pauvres.

Sur ces thèmes, se développe la partie aux aspects plus  pratiques du document, dédiée aux défis que nous sommes appelés à affronter. Frères et Laïcs participants au Chapitre, nous avons tenté de bien repérer, soucieux de concret, ce qui se pratique déjà dans l’Institut, ce qui manque, et ce que nous nous proposons pour l’avenir. Il apparaît alors important de continuer à réfléchir et à nous confronter entre nous sur ces défis, qui demandent: une participation fidèle, convaincue et créative à la vie de l’Institut, la construction de relations authentiques avec les Frères, dans les Fraternités, dans le quotidien, une vie spirituelle intense, une meilleure formation et une plus grande ouverture à l’évangélisation; l’insertion consciente dans une société caractérisée par le pluralisme culturel et religieux  "On a déjà parcouru un bon chemin en spiritualité et en mission partagées entre Frères et Laïcs" comme le reconnaît le document, mais nous devons encore et toujours tendre à renforcer les liens  communautaires pour incarner réellement l’esprit de famille, nous aider réciproquement à grandir dans la vie spirituelle, en partageant les difficultés et les espérances de la pastorale vocationnelle, en contribuant à l’actualisation du charisme taborinien. L’approfondissement de la vie des Frères et les Laïcs aura des conséquences positives sur leur collaboration  dans la mission, dans les œuvres, dans les églises locales, pourvu que notre présence et notre action soient toujours reconnaissables par leur style fraternel et nazaréen.

Ensuite, nous sommes invités à une implication et à une prise de responsabilité directes pour atteindre un objectif particulier: "Promouvoir avec plus de décision  la vocation du  Laïc SA-FA et définir son identité et sa mission". Nous, membres des Fraternités nazaréennes, à côté de/ et avec les Frères, quel rôle nous sentons-nous appelés à assumer dans l’Institut ? Sous quelles formes pouvons-nous collaborer à sa mission ? Quelle contribution pouvons-nous offrir  pour la diffusion du charisme, que nous sommes appelés à partager et à incarner dans les conditions de la vie séculière, pour construire une société plus humaine ? Dans la Fraternité nazaréenne de Rome, nous avons décidé de réfléchir ensemble sur les orientations indiquées dans la partie finale du document, qui nous  concernent plus directement, en cherchant des manières concrètes de les incarner dans nos petites dimensions. Nous souhaitons partager ce cheminement avec les autres  Fraternités et avec les Laïcs SAFA, persuadés que l’échange réciproque de nos  expériences sera un enrichissement pour tous, dans le respect et dans l’estime des diversités qui caractérisent nos diverses réalités.

*  Pour vivre avec authenticité la fraternité et le dialogue, nous avons pensé à quelques initiatives, qui font déjà partie de notre expérience. Dans notre Fraternité, nous réserverons de temps en temps, la réunion entière au partage de problèmes de société et à nos problèmes personnes, ceux qui nous touchent de plus près et que nous pouvons mieux aborder ensemble. Dans les rapports avec la communauté des Frères,  que nous vivons depuis tant d’années  "en esprit de famille", nous entendons rester fidèles au moins à un pèlerinage annuel et nous projetons des  "journées de fraternité", qu’on vivra unis sous l’humble toit de Nazareth, en partageant la prière, la réflexion, la fraternité et … la détente ! Nous vous tiendrons au courant. 

*  Dans la Fraternité de Rome, nous participons chaque samedi à la récitation communautaire du Chapelet et des Vêpres; mais pour renforcer la vie de prière, nous nous proposons de valoriser les temps forts de l’année liturgique, soit  en dédiant une réunion exclusivement à la prière, soit en participant aux deux journées de récollection des Frères, en Avent et en Carême. De plus, nous nous engageons à rester fidèles, chaque jour, à un moment d’intercession pour les Frères et les Fraternités dans notre prière personnelle, un geste qui, dans sa simplicité, contribuera à nous unir plus profondément.

*  Approfondir les espaces d’humanisation et d’évangélisation est une finalité au cœur même du charisme, de la consécration des Frères et de notre vocation laïcale, et qui répond aux exigences les plus profondes de la société dans laquelle nous vivons. Dans cette perspective, nous sommes appelés à vivre notre expérience en Fraternité comme une école d’humanité, d’accueil réciproque dans nos diversités, de partage dans la foi. Ce cheminement nous rend de plus en plus capables de témoigner de l’Evangile, dans les circonstances de la vie quotidienne, dans un style reconnaissable, humain, fraternel et nazaréen, dans une attitude qui ne juge pas, mais accueille et soutient, qui n’impose pas la foi mais la propose.

*  Exprimer de façon plus explicite notre solidarité avec les pauvres est un projet difficile à réaliser tous ensemble dans une grande ville telle que Rome, mais cette difficulté pratique ne nous dispense pas de la responsabilité personnelle du témoignage, qui sera de toute  façon un moment de croissance pour toute la Fraternité et que nous espérons de partager aussi matériellement, dans une circonstance particulière.

*  Pour soigner notre formation ─ humaine, chrétienne et charismatique ─ nous avons reçu du Chapitre de bonnes  indications, que nous pensons approfondir: les textes sur le charisme  taborinien de fr Enzo Biemmi et de fr Teodoro Berzal et celui du P. André Fossion sur l’évangélisation; lus et commentés en groupe, ils alimenteront notre cheminement de cette année. 

*  Soutenir les nouvelles fondations, suppose comme point de départ, une connaissance meilleure et moins sporadique. C’est pourquoi, nous avons décidé de nous mettre à lire et à commenter, en Fraternité, les nouvelles qui parviennent de ces pays et de ces communautés, pour alimenter nos prières d’intercession, et dans la mesure, du possible, notre solidarité concrète.

*  Nous participons à la promotion vocationnelle, non seulement par le moment ─ fondamental ─ de la prière pour les vocations, partagé avec les Frères et toute l’Eglise mais aussi par notre vocation spécifique de laïcs, qui nous permet de témoigner et de diffuser le charisme  nazaréen dans nos milieux de vie, où les Frères n’ont pas accès. De cette irradiation naîtra,  il faut l’espérer, un attrait pour les jeunes que le Seigneur voudra appeler à la vie consacrée chez  les Frères de la Sainte-Famille.

*  Vivre positivement la diversité culturelle est un but intrinsèque à l’expérience d’une Fraternité. Vous n’avez qu’un seul Père et vous êtes tous frères. Nous sommes frères ou sœurs de tous ceux que le Seigneur  met sur notre chemin. Le souhait et l’engagement dans ce cas sont que nos  Fraternités ne se replient pas sur elles-mêmes, qu’elles ne courent pas le danger de se renfermer dans une niche, mais qu’elles restent des lieux ouverts et accueillants à tous, telles des écoles d’expériences et de témoignage de cet esprit de famille qui  ne fait pas de distinction de personnes.

*  D’autres aspects importants signalés dans le document, qui ne font pas partie de notre expérience directe ─ comme la mise à jour du Projet éducatif de l’Institut ou l’étude de nouvelles formes d’association à l’Institut ─ peuvent être utilement approfondis par les membres des Fraternités ou par les Laïcs insérés dans des réalités autres ou plus vastes.

Notre désir de partager avec vous ces modestes sujets de réflexion naît uniquement de la volonté d’accueillir le document sur  Nazareth, école d’humanité comme un talent à répandre. Le charisme,  en effet, n’est pas un trésor appartenant à un temps et à un lieu déterminés, mais un don à faire fructifier, en le communiquant à l’Eglise et à la société de notre époque, comme un chemin d’humanisation et de sainteté ouvert à tous.

Si les Fraternités nazaréennes s’efforcent d’insérer dans leur cheminement les orientations émises par le Chapitre général, si nous mettons en commun  nos expériences, si nous continuons ainsi à approfondir avec enthousiasme et créativité, la participation à la croissance de notre famille religieuse, peu à peu tout passera de la page écrite à la vie réelle.

Vous communiquant notre projet, nous serions très contents si les autres Fraternités voulaient faire partager les leurs, les faisant ainsi circuler comme la lymphe d’un arbre qui porte des fruits, afin de nous enrichir réciproquement dans les difficultés et de trouver toujours de nouveaux chemins conduisant à Nazareth.

Avec l’expression de notre fraternelle affection en Jésus, Marie, Joseph.

 

      La Fraternité nazaréenne de Rome
      Alberta, Marcella, Marisa
 

 

Un signe des temps

 Les Fraternités Nazaréennes sont nées de l'irradiation du charisme de Frère Gabriel Taborin, fondateur des Frères de la Sainte Famille et de la sensibilité de certains laïcs qui, entrés en contact avec ce charisme ont vu en lui un chemin sûr, accessible et actuel pour vivre leur propre vocation à la sainteté en s'inspirant du mystère de Nazareth.

  
C'est un signe des temps, don de l'Esprit à l'Eglise, que nous avons découvert dans I"Eglise depuis le Concile Vatican Il.

   Les Fraternités nazaréennes sont constituées en Association de fidèles dans l'Eglise, associée à l'Institut des Frères de la Sainte Famille de Belley en conformité avec le Code  de Droit Canonique (canon 677,2).

   Le Conseil Général de l'Institut, suivant une orientation du Chapitre Général, a décidé la création de l'Association Fraternités Nazaréennes dans sa réunion des 7-8 janvier 1993. Leur existence et leurs relations avec l'Institut sont reconnues dans l'article 9 du Di­rectoire général de 1995.

   Déjà une vingtaine de Fraternités Nazaréennes sont nées dans les différents pays où notre Congrégation est implantée.

   Depuis quelques années, une Fraternité Nazaréenne existe à Lyon; c'est donc une quinzaine de personnes qui se retrouvent régu1ièrement pour réfléchir, prier, rechercher ensemble les enseignements qui découlent du charisme du Frère Gabriel Taborin et de l'Esprit de Nazareth.

   Le 7 février dernier, six membres de cette fraternité ont fait un premier engagement pour une durée d'un an. La cérémonie s'est déroulée en la chapelle du collège Charles de Foucauld au cours d'une célébration eucharistique. Le Frère Provincial a reçu les engagements en présence de Frères venus des communautés proches. Des questions sont posées et déjà nous pouvons espérer que bientôt une nouvelle fraternité verra le jour.
Alors, pourquoi pas vous ?

                                                                       
Frère Bruno Michallat, provincial

 

2.

UNE JOURNEE A TAMIE

             Le 26 mars 2006 les « Fraternités Nazaréennes » de France et d’Italie on vécu une journée de rencontre et de réflexion et de prière au monastère de Tamié (Savoie). Trois groupes étaient représentés. La Fraternité de Lyon et les fraternités de Turin et Chieri (Villa Brea). Deux autres Fraternités existantes en Italie (Rome et Favari) n’ont pas pu assister. Au total une trentaine de personnes dont quatre Frères de la Sainte Famille. Les Fraternités Nazaréennes regroupent, en effet, des personnes qui, dans l’état de vie laïque, veulent vivre la Spiritualité de cet Institut religieux.

            Comme il s’agissait de la première rencontre entre les groupes, une bonne partie à été donnée à la présentation des personnes et des activités des Fraternités: modalité de réunion, thèmes traités, expériences vécues, etc. Le temps du repas a été aussi un bon moment de partage. La barrière de la langue a été tout de suite dépassée par la bonne volonté de chacun et la collaboration de quelques traducteurs. Les Alpes tout proches, encore couronnées d’abondante neige, invitait aussi à dépasser les obstacles de communication franco-italienne.

            Mais pour quoi Tamié comme lieu de rencontre ?

            Le vénérable Fr. Gabriel Taborin (1799 – 1864), fondateur des Frères de la Sainte Famille, est aussi le guide de la spiritualité des Fraternités Nazaréennes, et il a vécu quelque temps à Tamié. En réalité pour Fr. Gabriel Taborin le monastère de Tamié, qu’il a acheté et remis en état pour être habité après la Révolution, représentait la dimension contemplative de sa vocation religieuse.

            Voici comment Fr. Gabriel, dans une lettre circulaire, présente Tamié à ses Frères :

-  L’histoire de Tamié

     « L'ancienne abbaye de Tamier était de l'ordre de Citeaux; elle fut fondée l'an 1132, par son premier Abbé, saint Pierre II, Archevêque de Tarentaise. Elle est située sur une charmante colline, aux confins des quatres diocèses de la Savoie, près des deux petites jolies villes de Faverges et d'Albertville, où passera bientôt un chemin de fer. Ce monastère a fourni à l'Eglise non-seulement quarante-cinq têtes mitrées, mais encore des bienheureux et des saints canonisés par l'Eglise. Les augustes princes de la maison de Savoie, notamment Charles-Emmanuel IV et la vénérable Clotilde de Bourbon, son épouse, ainsi que d'autres grands personnages, y vinrent plusieurs fois pour respirer l'air pur de ces agréables et paisibles montagnes, s'y édifier et s'y retremper dans le bien.

     En 1792, la tourmente révolutionnaire força les religieux de Tamier de quitter leur saint monastère où, jusqu'alors, leurs jours fortunés s'écoulaient sans inquiétude. Leur départ laissa un grand vide dans le pays…

     Le couvent de Tamier, édifice si régulier, le plus beau monument de ces contrées, avait coûté des sommes immenses; il fut vendu pour la valeur intrinsèque de ses riches matériaux. Il allait être démoli, si une main auguste ne fût venue le protéger. S. M. le roi Charles-Félix en fit faire, en 1827, l'acquisition de ses propres deniers, et le céda à Mgr l'Archevêque de Chambéry.

     L'acquisition que nous avons faite du couvent de Tamier a été un événement qui a consolé et réjoui les bons habitants de toute la contrée. Nous y conduisîmes, l'année dernière (1856), une petite colonie de nos Frères avec un Prêtre de notre Société, et nous fîmes l'inauguration de cet établissement le jour de la fête de l'Ascension de Notre Seigneur ».

 - Ses projets pour Tamié

     « Notre pensée en acquérant l'ancienne abbaye de Tamier, a été d'y faire, autant que possible, avec l'aide de Dieu et votre concours pieux et filial, tout ce qui peut contribuer au bien de notre Institut, de la religion et de la société. C'est pour atteindre ce but que nous nous proposons d'y former la maison du Noviciat dont nous avons parlé en premier lieu, et d'y adjoindre une maison de Retraite pour nos Frères et pour les hommes de tout rang, de tout âge et de tout pays, dont la santé réclamerait plus ou moins long-temps l'air pur et salutaire de ces montagnes, ou qui, fatigués du tracas et du tumulte du monde, sentiraient le besoin de se retremper, au sein de la solitude, dans les eaux vivifiantes de la grâce ». 

            Même si les projets de Fr. Gabriel Taborin pour Tamié n’ont pas eu une longue durée, ce lieu reste pour les Frères et pour tous ceux qui veulent vivre la spiritualité de la Sainte Famille de Nazaret un lieu de resourcement et de mémoire vivante qui invité à renouer avec l’inspiration des origines.

            Ce monastère, animé aujourdh’hui par une communauté cistercienne, offre un quadre et un climat idéal pour un temps de prière, de médiation, de rencontre. Et nous avons tous besoin de ces lieux de resoucement. « L’homme ne peut pas non plus vivre exclusivement dans l’amour oblatif, descendant. Il ne peut pas toujours seulement donner, il doit aussi recevoir. Celui qui veut donner de l’amour doit lui aussi le recevoir comme un don. L’homme peut assurément, comme nous le dit le Seigneur, devenir source d’où sortent des fleuves d’eau vive (cf. Jn 7, 37-38). Mais pour devenir une telle source, il doit lui-même boire toujours à nouveau à la source première et originaire qui est Jésus Christ, du cœur transpercé duquel jaillit l’amour de Dieu (cf. Jn 19, 34)(Benoît XVI, Dieu est amour, 7).

                                                                                                            
   Fr . Théodore Berzal

 Belley, mars 2006