Le frère Gabriel à Jeurre       Une date très importante pour nous: 14 mai
    La Mission évagélisatrice du F. Gabriel        Par des chemins imprévus
    Sainte Anne à Belleydoux        Les écrits du Frère Gabriel Taborin
    Frère universel    
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Le Vénérable Frère Gabriel à Jeurre

(avril 1825 -  juin 1826)

 La modeste église de Jeurre sur son petit monticule, pourrait être vue par les FSF comme un point de référence; car c’est la confirmation de l’estime que continuent de porter l’Evêque et le clergé de Saint-Claude à un jeune débutant qui vient pourtant de "fracasser son véhicule!"  Confirmation est le mot qui convient: frère Gabriel  est confirmé dans son projet, il avance sur la voie difficile de la maturité ecclésiastique.

  Rappelons des dates :

- Avant 1824, François Martine, est Curé constitutionnel de Jeurre. Il est maintenant interdit et excommunié mais réside dans la paroisse. Né en 1754, il meurt en 1825.
- 1er février 1824,  Marie-Laurent Humbert est nommé Curé de Jeurre.
- 4 avril 1825, frère Gabriel  arrive à Jeurre,  comme instituteur et catéchiste. Nommé par l’Evêque.           

  Des haltes qui ont marqué les brèves étapes successives de ses infructueux essais, Jeurre est celle qui a duré le plus, et de beaucoup. En effet:

- à Saint-Claude d’oct. 1824 à avril 1825 = 6 mois
-
à Jeurre 4 avril 1825 au 15 juin 1826 = 14 mois
- à Courtefontaine du 15 juin au 15 oct.  1826 = 4 mois
- Ménestruel-Châtillon d’oct. 1826 à février 1827 = 4 mois.

A – La situation sociale

   La petite paroisse connaît une situation assez particulière.

1)  Un ex-Curé constitutionnel qu’il ne faut pas écouter  mais qui garde, semble-t-il, un certain poids auprès de la population    

2) Un jeune Curé légitime qu’on connaît mal   et dont on se méfie un peu  3) Un jeune "ecclésiastique"  nouvellement arrivé et de nouveau style qui inspire confiance, qui s’occupe des enfants et réussit avec eux: on le consulte, on lui fait des confidences… 

B – Les Textes qui nous en parlent

a) Gabriel Taborin, vers 1860-64, dans son HISTORIQUE (Circulaires p. 470)
b)  Louis Carlier, en 1927, pages 44 à 48
c)  La Positio, en 1985, pages 67-68
d)  La Thèse Enzo Biemmi, en 1995, pages 142 à 150 

C - Que nous disent-ils ? 

a) Gabriel - "Jeurre … dont j’ai toujours gardé un agréable souvenir. J’aurais bien des choses à raconter sur ma mission dans ce poste mais ni le temps ni l’espace ne me permettent".

   En premier, on trouve là un souvenir baigné de lumière printanière. Gabriel se sent avoir des atouts en mains: il se meut avec facilité  ─ ou même avec habileté ─ dans le milieu paroissial, au moins celui des petites paroisses rurales, les enfants l’aiment. Des jeunes ‘en recherche’ viennent encore à lui, son idéal de groupement peut reprendre forme: c’est reparti !

    Peut-être y aurait-il à apporter de petits bémols à cette hymne à la réussite? C‘est ce qu’on pourrait saisir sous la formule bien des choses …De quoi s’agit-il ? nous ne savons pas: de satisfactions, de réussites, de consolations, d’ oppositions et d’ennuis ? … Mais finalement,  ces difficultés apparaissent de peu d’importance dans le plan général que Gabriel poursuit.

b)  Carlier  suppose (mais peut être a-t-il un document ?) que l’action du Curé légitime est sapée à la base par celle de l’ancien… Il insiste sur le service paroissial et le rôle de l’instituteur-missionnaire. Et il y ajoute le récit d’une anecdote.

c)  La Positio s’attarde sur les conditions matérielles de la reconstruction:   maison donnée, réparée et effondrée; construction neuve … inachevée …:

d)  La Thèse Enzo Biemmi. Comme il est normal, la Thèse est l’ouvrage qui est allé le plus loin dans la recherche. Elle cherche une explication aux difficultés que rencontre Gabriel à Jeurre, auprès du Curé et du Conseil municipal. Cette approche rentre dans les buts de la thèse: montrer les difficultés de ce fondateur laïc, en s’appuyant sur des documents, bien sûr.

   Peut-on se permettre, sans le soutien de documents, de poursuivre l’investigation? c’est à la fois prétentieux et risqué… Tentons tout de même quelque chose.

    Essayons de renter dans les probables réflexions du Curé Humbert: Avec la  mort de Martine (en 1825, mais on ignore en quel mois), c’est un gros embarras en moins et l’horizon paroissial se dégage ! Son ‘paquet’ de contrariétés ou de mécontentement se déverse alors sur frère Gabriel, ce jeune impulsif, brouillon, qui prend des initiatives quand il lui plaît, qui veut tout régimenter et ne réussit rien (voir ses essais de maisons !) et qui plus est, se mêle de ce qui n’est pas de sa compétence (cas du jeune abbé)… Qu’il s’en aille poursuivre ses rêves ailleurs et j’aurai enfin, au bout de deux ans, une paroisse normale c’est-à-dire avec un seul pasteur qu’elle devra donc nécessairement écouter.

   Ecrivons à l’Evêque qui saura voir et juger.     

   Ainsi vont les choses. Frère Gabriel  ressent probablement en lui-même les différents aspects de cette analyse, les faces réelles et justes, et celles qui, pour le moins, manquent de bienveillance ! …       

   Pour lui, ce qui compte, c’est la réponse à l’appel divin, appel d’une voix assez modérée mais dont de faibles échos se répercutent en directions souvent lointaines: vers le nord (Courtefontaine), puis vers le sud (Ménestruel) et le reste. 

  On croit deviner que Gabriel a quitté Jeurre, somme toute, avec regret, mais enrichi de l’expérience de ce que peut être la vie d’un Frère en plein milieu paroissial rural, et déjà bien mûri par les circonstances …

 Si c’est à bon droit que la Congrégation  des Frères de la Sainte-Famille a voulu clore l’année du Bicentenaire de la naissance du frère Gabriel, le 1er novembre 1999, par une merveilleuse journée d’automne, on peut légitimement penser qu’en une autre occasion ils auraient quelques raisons de se transporter dans "la petite paroisse de Jeurre".

fr. Antide

Rome, 1er novembre 2007
 

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Le Vénérable Frère Gabriel Taborin (1799-1864 )

 Mission évangélisatrice de Frère Gabriel Taborin
L
e Frère Gabriel et la liturgie

 

     Toute la vie du Frère Gabriel est profondément marquée pari la liturgie. Enfant, il ressentait déjà un goût prononcé pour les célébrations auxquelles il assistait dans l'église paroissiale; elles lui restaient profondément gravées et illes reproduisait dans ses jeux enfantins. Son biographe écrit: «il débuta par simuler les cérémonies religieuses, cérémonies qu'il a toujours tant aimées et qu'il s'est efforcé de faire aimer à ses disciples ».

     Dans son activité apostolique, l'animation liturgique occupe une place importante à côté de l'éducation chrétienne et la catéchèse. Il I'avait compris à seize ans et il a continué dans cette voie. 

    Dans les diverses versions de sa Règle de Vie, lorsqu'il parle de la mission apostolique de l'Institut, il consacre toujours une partie importante à orienter les Frères à la façon de vivre la liturgie et de l'animer. Il les encourage à exercer «des fonctions si honorables et saintes avec de grands sentiments de foi, avec zèle pour la gioire de Dieu, avec édification pour les peuples, avec mérite pour leur âme et avec honneur pour leur corporation ».

     Gabriel apprécie la parfaite exécution des rites sacrés mais pour lui la liturgie n'est pas fondamentalement extérieure, c'est beaucoup plus. Il valorise le culte intérieur comme étant l'essentiel de la re1igion. Il écrit que sans les attitudes d'adoration, de remerciement, de foi, d'espérance et de charité qui viennent de l'esprit et du coeur il est impossible d'honorer la divinité parce que, rappelle-t-il « Dieu est esprit et ceux qui l'adorent doivent lui offrir un culte en esprit et en vérité ». C'est de là que doit partir le culte extérieur et visible, expression des sentiments intimes qui doivent se manifester après car l'etre humain est corps et esprit, intériorité et extériorité. 

      Frère Gabrie1 est aussi un «créateur de liturgie; on pelli citer deux cas: les rituels de prise d'habit, de profession et la fêete de la Sainte Famille.

     Gabrie1 est un homme « liturgique » du début de sa vie à la fin.

 

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 Une date très importante pour nous: 14 mai

Aux Frères
et aux Membres des Fraternités Nazaréennes,

             Pendant le mois de mai qui vient de se terminer, traditionnellement voué à la Sainte Vierge, nous avons certainement pensé à frère  Gabriel et à sa filiale dévotion à notre bonne Mère céleste. Les "Calendriers religieux" de nos Provinces ont rappelé une date très importante pour nous. le 14 mai, qui cette année était le 15° anniversaire de la proclamation du “Décret sur l’héroïcité des vertus de frère Gabriel” par la Congrégation pour les Causes des Saints. Ce document, les Animateurs provinciaux de la Cause de Béatification l’ont rappelé en proposant même des moments de réflexion et de prière.

            Cette date est importante parce qu’elle marque la première grande reconnaissance de la sainteté de frère Gabriel Taborin de la part de l’Eglise; et, comme eut l’occasion de l’écrire le Postulateur in Urbe, «commencement ou ouverture pour l’Institut d’une nouvelle ère historique».

            Quand je me suis déterminé à écrire cette lettre, si quelqu’un m’avait demandé de lui donner un titre, j’airais mis: “Glanes dans le Décret sur l’héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu, frère Gabriel Taborin, Fondateur des Frères de la Sainte-Famille de Belley,” mais en y ajoutant un sous-titre: “Que puis-je y trouver d’utile pour ma vie ?”

            Oui, parce que ce que j’écris là n’est pas quelque chose de nouveau; c’est une simple invitation à rappeler sur certains aspects de la vie de frère Gabriel, indiqués dans le décret et à y réfléchir. 

            Afin que, rappeler ne se réduise pas à un simple sentiment, mais soit vraiment "faire mémoire", susceptible de nous transmettre quelque chose pour la vie. Mon invitation est donc de nous arrêter encore un peu sur certains points de ce ‘décret’. Et le faire avec un double sentiment: de reconnaissance à Dieu pour les dons accordés à notre Fondateur, frère Gabriel; puis de demande au Seigneur de nous aider, nous aussi, à faire fructifier les dons qu’il nous a élargis.

            Comme nous le savons tous, un arbre pousse vigoureusement et produit des fruits à condition d’avoir des racines fortes, profondes,  bien implantées. Les racines de frère Gabriel nous les connaissons bien et le ‘décret’ en rapporte quelques-unes: la foi, l’humilité, la piété, la dévotion à la Sainte-Famille de Nazareth, le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes …De ces racines, il a pu tirer la force de se donner lui-même, jusqu’à l’immolation dans le silence, riche d’intériorité surnaturelle.

            Du ‘décret’ ressort une première constatation ─ et elle ne peut nous laisser indifférents ─ c’est que frère Gabriel a, non seulement tracé une voie de sainteté, mais qu’il a été le premier à la parcourir et qu’il  n’entend pas  rester le seul. Sa vie, don authentique à l’Eglise, à la bien considérer, fut plutôt brève (65 ans); mais il ne doit pas disparaître, mais bien rester  dans l’Eglise comme un arbre d’une belle vigueur, appelé à continuer à donner ses fruits. Cela il le peut faire par chacun d’entre nous, Frères et Membres des  Fraternités Nazaréennes, qui sommes son prolongement spirituel dans le monde d’aujourd’hui.

            D’où une première interrogation: Est-ce qui je me sens comme un prolongement de la sainteté de frère Gabriel dans le monde d’aujourd’hui ? Quels sont mes fruits?

Avant de poursuivre plus avant dans le ‘décret’,  revoyons ensemble les faits de ces lointaines journées. Le 10 mai 1991, dans une "Congrégation Ordinaire" les Cardinaux et Evêques reconnaissaient que le Serviteur de Dieu Gabriel Taborin avait pratiqué, de manière héroïque les vertus théologales, cardinales et les autres qui s’y rattachent. Et quelques jours après, le cardinal Préfet, Angelo Felici, en présentait au souverain Pontife Jean Paul II un rapport très étudié. Le Pape, en accord avec les Vota de la Congrégation pour la Cause des Saints, ordonnait de publier le ‘’Décret sur l’héroïcité des vertus du Serviteur de Dieu”, qui porte la date du 14 mai, et qui se termine par ces paroles:

“Nous reconnaissons au Serviteur de Dieu Gabriel Taborin, Fondateur de l’Institut des Frères de la Sainte-Famille de Belley, à  un degré  héroïque, les vertus de Foi, d’ Espérance et de Charité, tant envers Dieu qu’envers le prochain et aussi les vertus cardinales de Prudence, Justice, Tempérance et Force et les autres vertus qui s’y rapportent”. 

Frère Gabriel homme de foi.

            La foi tout en étant confiance, se teinte des couleurs de l’obéissance. Croire c’est bien accepter le message évangélique sur le Christ  comme Sauveur, mais implique aussi le renoncement, la confiance, l’obéissance, l’adhésion intérieure, la confession … Croire en Jésus signifie le reconnaître comme le révélateur de l’amour de Dieu, l’accueillir et y correspondre par un amour qui se vérifie dans le prochain. Donc révélation et foi, mais aussi interpellation et réponse.

            Celui qui est appelé à croire, doit sortir de sa propre situation et se mettre à la suite du Christ Tant que Matthieu reste à la douane, ou Pierre à ses filets, ils peuvent certes exercer honnêtement leur profession. Mais s’ils veulent apprendre à croire en Dieu, ils doivent suivre le Fils de Dieu en marchant avec Lui. Cela, frère Gabriel l’a fait.

            Parlant de la foi de frère Gabriel, Fr. Amédée a dit:  "La foi était le principe et le mobile de toutes ses actions et de toutes ses démarches et la prière était toute sa force et sa ressource". Et encore: "L’esprit de foi devenait visible en lui. Le ton, l’ardeur de sa prière n’étaient-ils pas une touchante manifestation de sa foi?". 

            Son secrétaire, frère Frédéric Bouvet l’a souligné lui aussi: "La foi de notre Fondateur ne reçut jamais aucune atteinte. Aucun doute, nous a-t-il souvent répété, ne s’éleva en lui contre cette vertu. Ni les scandales, ni les contretemps, ni même les épreuves qu’il eut à subir de la part de ceux qui auraient dû, ce semble, être les approbateurs et les soutiens de son entreprise, ne firent aucune impression en cet endroit, sur son âme forte". "La foi, nous disait-il, doit briller dans l’esprit et dans le cœur d’un religieux comme le soleil brille au firmament dans les jours beaux et sereins. Le religieux qui n’a pas une foi vive est exposé à la perdition". 

            Et encore: "Oh! La foi du pieux Fondateur, elle ne se montra pas seulement dans ses paroles et dans ses écrits: toute sa conduite en fut une vive image".

            Tous ceux qui ont connu de près frère Gabriel, comme qui l’a rencontré une seule fois, sont unanimes à dire que la foi était une de ses vertus caractéristiques. Elle dirigeait sa conduite, animait sa vie, éclairait toutes ses actions. Mais surtout, sa foi fut actualisée dans la charité, exactement comme nous le rappelle saint Jacques: "A quoi sert-il à une personne de dire: J’ai la foi si elle ne la fait pas passer dans ses actes" (Jc 2,14). C’est ce que saint Jean rapporte, en d’autres termes, dans sa première lettre (3,23):"Voici quel est son commandement, que nous croyions au nom  de Jésus-Christ  et que nous nous aimions les uns les autres selon le précepte qu’ll nous en a donné". 

Frère Gabriel homme humble

            Une chose certaine: Gabriel n’est pas né humble, il l’est devenu.

            Déjà dans les récits de son enfance, apparaît la figure d’un leader, autoritaire, exigeant et parfois démonstratif.

            L’humilité est une vertu que frère Gabriel a dû acquérir peu à peu, et qui lui coûta certainement de grands efforts.

            Ce fut principalement à l’école de Mgr Raymond Devie, Evêque de Belley et son maître spirituel, qu’il parcourut ce chemin. Que de sages conseils, que de rappels sévères du bon évêque: "Poussez d’abord, lui disait-il, de profondes racines par l’humilité, la vie cachée, mortifiée … Les arbres qui croissent vite durent peu …Quant à vous, mon cher Frère, ayez toujours beaucoup de confiance en Dieu, un peu d’humilité et de défiance de vous-même".

            En plus de l’évêque, il a eu comme dure maitresse la vie, constellée de divers  épisodes où il dut se contenir, accepter humblement, recommencer patiemment.

            A Belmont, en 1832, il eut à souffrir une grande humiliation publique de la part du Curé Bosson. A Vourles, il accepta la position d’un simple postulant. Il lui arriva bien des fois d’avoir à se soumettre à la volonté de l’abbé Robert, désigné par l’évêque  père spirituel de la communauté, et qui ne l’estimait guère.

            La pauvreté de Belmont l’obligea à de fréquentes quêtes, surtout à Lyon: "Il fallait parfois subir d’humiliants affronts et ce n’était pas une petite affaire que de continuer pendant des années à tendre la main auprès de personnes inconnues".

            Fr. Frédéric qui, en sa qualité de secrétaire contrôlait l’arrivée de son courrier, ajoute un admirable témoignage sur l’humilité du vénérable frère Gabriel: "Reçoit-il des reproches amers, des remontrances sévères, il les accueille; il ne se plaint pas et répond presque sans y faire allusion. Reçoit-il des hommages, des félicitations, il remercie mais il en renvoie toute la gloire à Dieu. Quant à lui, dit-il, il n’est propre qu’à faire des toiles d’araignée; c’est un pauvre ou vil instrument dont Dieu daigne se servir pour faire quelque bien".

            Dans une de ses lettres adressée à Mgr Devie, nous pouvons lire une réflexion qui est un peu, en partie, une prophétie de la vie des Frères, et en partie le renouvellement des sentiments qui l’ont animé: "Les Frères de la Sainte-Famille avancent à petits pas; c’est déjà beau que leur pauvre Supérieur arrive à faire les choses ordinaires … En formant l’établissement des Frères de la Sainte-Famille, mon dessein n’a jamais été de me faire un nom, de faire valoir ma personne et mon œuvre. Je sais assez que je suis un serviteur inutile".

            Il s’est toujours dit indigne de la charge qu’il occupait; il reconnaissait le faible niveau de ses études. Il voulait parler et écrire simplement pour se mettre à la portée de tous.

            Je suis plus que persuadé que lorsque le saint Curé d’Ars disait aux Frères : "Soyez toujours simples et humbles" il aurait ajouté, s’il n’avait craint d’offenser sa modestie "comme votre Fondateur". 

L’humilité est-elle encore une vertu ? 

Frère Gabriel homme fort et confiant en Dieu.

            Du courage, frère Gabriel en avait ! Nous pourrions nous demander où il le puisait. Et là encore la réponse est la même: certainement aux sources intérieures.

            En parcourant sa vie, nous voyons que déjà dans son enfance, puis durant sa jeunesse à Belleydoux, il lui fallut de la force pour affronter les moqueries de ses compagnons plus grands, les observations et les reproches de ses frères aînés. Puis renoncer au sacerdoce, malgré les pressions de ses parents et de son Curé, pour un choisir un rôle peu estimé comme le lui envoya à la figure le baron de Champ or.

            Nous savons que la séparation d’avec sa famille, de son  pays, de l’estime qu’il s’était acquise comme instituteur et comme confident du curé, pour s’aventurer sur un chemin bordé d’inconnues, ne lui fut pas facile.

            Et quel courage ne lui fallut-il pas pour recommencer quand, après avoir nourri de bons espoirs et fourni de grands efforts, il se retrouva par  une, deux, trois fois, seul, sans maison et sans argent !

            Force et courage, quand vint la souillure de la  calomnie et lorsque, des amis, ceux qu‘il avait accueillis, soignés, instruits, l’abandonnaient, allant certains jusqu’à parler mal de ses méthodes, de son si cher Institut, et mettant finalement en doute sa moralité.

            A la fin du premier Chapitre général, les Frères capitulants voulurent manifester leur filiale et profonde reconnaissance pour sa constance au milieu des épreuves qui auraient découragé un homme moins fort que lui.

            Certainement que plus d’une fois, les paroles de Mgr Devie, celles du pape Grégoire XVI et, sous une autre forme mais avec un sens identique, celles du Curé d’Ars, revenaient en sa mémoire: ne jamais oublier que les épreuves sont le sceau des œuvres de Dieu, et qu’après les premières il en arrive d’autres.

            Sa force d’âme allait de pair avec sa confiance en Dieu: "… si l’Institut des FSF est mon œuvre, elle disparaîtra, mais si c’est l’œuvre de Dieu, il saura la faire progresser".

            L’Institut et les Fraternités Nazaréennes ont besoin d’hommes et de femmes forts, qui sachent garder leur  chemin, même quand en communauté, en famille, au travail, la voie se fait  dure et difficile. 

Frère Gabriel homme dévot de la Sainte Famille

            L’accent que le ‘décret’ met sur les saints Patrons de l’Institut est bref, mais suffisant pour souligner que le choix de Jésus, Marie et Joseph synthétise bien une "spiritualité faite d’amour envers le Dieu caché, entendant par là imiter le Divin Maître inconnu  dans le petit village de Nazareth, et voilé, mais mystérieusement présent, dans l'Eucharistie".

            Nous savons tous, fils spirituels du frère Gabriel, que sa première dévotion, celle qu’il a apprise sur les genoux de sa mère, et qu’il n’abandonna jamais, fut mariale. Et que, durant le séjour à Châtillon-de-Michaille, il s’imposa une pratique de prière "qu’il pensait n’avoir jamais omis une seule fois". Tous les saints ont eu une dévotion particulière envers la Mère du Sauveur et il ne saurait en être autrement. Il n’y a pas de sainteté sans Marie, car Marie conduit nécessairement à Jésus, selon l’antique formule Ad Jesum per Mariam.

            Nous savons aussi que le premier Patron qu’il choisit pour son petit groupe d’amis fut saint Joseph. Il l’invoquait et le faisait invoquer.  Etabli rue du Chapitre, à Belley, il écrivit au curé de Montmélian: "Le bon Saint Joseph nous a procuré une maison". Et vers la fin de sa vie, le 20 octobre 1863, il fit bénir solennellement par Mgr De Langalerie une statue de saint Joseph qu’il plaça dans le clocher de la maison-mère, face à celle de la Vierge Immaculée, érigée l’année antérieure.

            Mais à quelle date le choix prioritaire de la Sainte-Famille ? et pourquoi ? Certainement que sa famille ne fut pas indifférente au choix de ces saints patrons pour l’Institut; on y prononçait souvent les noms de Marie et de Joseph.

            La rencontre avec Mgr Devie, le 25 février 1827, semble avoir eu une importance non négligeable dans le choix du nom de la Congrégation; sinon seraient incompréhensibles  les références qui apparaissent dans la Règle des Frères de Saint Joseph de 1828-29. Nous lisons en effet au 7° chapitre qui traite de la profession: "Quoi de plus doux et de plus beau que de s’attacher à Jésus, Marie et Joseph; imiter leur chasteté, leur obéissance, leur pauvreté et faire d’un ordre qui leur est consacré sa retraite stable jusqu’à la !mort".

            Et dans la chapitre suivant lorsqu’il parle de la chasteté: "La prière, la vigilance, voilà leurs seules armes et avec Jésus, Marie et Joseph ils n’auront rien à craindre".

            On peut voir dans son insistance à présenter Mgr Devie comme cofondateur de la Congrégation,  comme une reconnaissance de son rôle dans la fondation.

            Le premier document qui porte le nom de Société de la Sainte-Famille  est l’enveloppe d’une lettre datée au 12 juin 1833.

            La réponse au "Pourquoi?" avoir choisi ce patronage, nous pouvons la trouver dans les nombreuses références que nous lisons dans ses écrits officiels:  les Constitutions, les circulaires, les livres écrits pour la jeunesse et pour la famille, et sa volumineuse correspondance, … 

            Je ne ferai que quelques emprunts aux différentes "Constitutions" ou Règles.

J’ai déjà signalé les accents significatifs à l’égard de la Sainte-Famille dans les premières Constitutions et Règlements de l’Ordre de Saint-Joseph, de 1828-29, influencés par la rencontre avec Mgr Devie (moment de la fondation  in pectore de la Congrégation la Sainte-Famille ?).

            Dans l’unique exemplaire des “Constitutions des Catéchistes de Saint-Arthaud” que possèdent nos archives, écrit probablement en 1835 sur demande de Mgr Devie, nous trouvons une seule référence à la Sainte-Famille: c’est au chapitre IV où il dit de solenniser toutes les fêtes qui existaient avant la Révolution de 1792, et parmi elles celle de la Sainte-Famille  sous le patronage de qui la chapelle du noviciat a été placée.

            Dans les Constitutions de 1836, les premières portant le nom des Frères de la Sainte-Famille, six articles donnent des références à nos saints Patrons. Dans le premier, on dit simplement que cette fête deviendra pour les Frères la seconde en importance. Dans les articles II et III,  nous lisons que la Congrégation a été fondée pour honorer les saintes vertus de Jésus, Marie et Joseph, et pour s’attirer leur protection pendant la vi et à l’heure de la mort. Les Frères en célébreront a fête le jeudi dans l’octave de la Nativité de la Vierge, chaque année, et de la façon la plus solennelle, et que dans la maison principale et dans toutes celles qui seront autorisées à avoir lune chapelle, elle sera leur première et principale fête. Elle sera précédée, la veille, du chant des Vêpres propres, et que, le jour même de la fête, la sainte Messe et les offices seront célébrés de la manière la plus solennelle.

            L’art. III dit que "les Frères s’estimeront heureux d’être reçus dans la Congrégation de la Sainte-Famille, et ils s’efforceront de s'attirer la protection de leurs saints patrons par la pratique de toutes les vertus dont ils nous ont donné l'exemple surtout de la charité, de l'humilité, de la chasteté, de la pauvreté, de la patience et de l'obéissance. Les Frères prendront tous les moyens de s’unir ici bas à leurs saints protecteurs par la prière et la méditation, afin d'être unis un jour à eux dans la bienheureuse éternité".

L’art. XVII précise que les Supérieurs de chaque noviciat de la Société porteront habituellement un anneau sur lequel il y aura une petite plaque ovale dans laquelle seront gravées  les effigies du cœur de Jésus, de Marie et de Joseph.

Dans l’art XXXIII on lit que les Frères consacreront à Dieu leurs premières pensées, leurs premières paroles et leurs premières actions en élevant leur cœur vers Lui et en prononçant les saints noms de Jésus, Marie et Joseph. L’art. XL se réfère au sceau de la maison de noviciat et au papier avec en-tête, qui devront reporter l’effigie de la Sainte Trinité et de la Sainte-Famille.

Dans le Guide, publié en 1839 (Règlement journalier, seconde partie, art 1), nous lisons: «La Congrégation est mise sous la protection de Jésus, de Marie et de Joseph; vous devez donc faire tous vos efforts pour imiter chaque jour les vertus et la vie sainte de vos Patrons et Protecteurs». Le n. 4  fait cette invitation: "A votre réveil, vous élèverez votre cœur à Dieu par ces paroles: Jésus, Marie et Joseph, je vous donne mon cœur et mon âme, faites-moi la grâce de passer la journée dans votre amour et dans l'accomplissement de tous mes devoirs… "  .        Aux enseignants (3° partie, n.51), on indique les moyens les plus efficaces pour former le cœur de leurs élèves à la piété chrétienne: la prière et le bon exemple. En outre, il dit de prier pour et avec les élèves, et de demander à Jésus, Marie et Joseph les grâces dont les uns et les autres ont besoin, et de leur donner toujours le bon exemple.

            Dans la quatrième partie, art. 67, il est demandé aux Frères, après la communion de prier la Sainte-Famille  pour les Supérieurs et pour les Confrères vivants et défunts.

            En 1858, paraît le Nouveau Guide. Pour comprendre l‘importance que le Fondateur accordait à ces nouvelles Constitutions, il suffit de lire les premières lignes  de la Proclamation du Nouveau Guide: "… recevez-le donc avec respect, le regardant, pour vous, comme un second Evangile".

            Après avoir terminé les Statuts (LXXV) en indiquant la façon de se comporter pour bénéficier de la grâce de Jésus et obtenir la protection de  Marie et Joseph, il note aux nn. 2, 3, 4 l’avantage qu’ont les Frères de faire partie d’une Congrégation placée sous de si grands Saints: " Qu'y a-t-il en effet de plus grand dans le ciel, après l'adorable Trinité, que la Sainte-Famille, JESUS, MARIE ET JOSEPH? Qui a donné de plus belles leçons de sagesse, de plus grands exemples de vertus et de sainteté? Qui a plus de crédit et de puissance dans le ciel que les augustes et saints Patrons des Religieux de la Sainte-Famille?" (n.2).

 "Les Frères se rappelleront avec une sainte joie que, sous l'humble toit de Nazareth, habitait la plus auguste et la plus sainte Famille, et que c'est d'elle que leur pieuse Congrégation a tiré le beau nom qu'elle porte" (n.3). Le numéro 4 note la culpabilité d’un Frère qui déshonorerait, par sa conduite, ces saints Patrons au nom de qui toute tête devrait s’incliner. Et il signale, au n.5, les grands bienfaits que le Frère peut recevoir de ses saints Patrons, durant sa vie et au moment de sa mort.

            Au chapitre XXVI,  il dit que la fête de la Sainte-Famille  a été instituée pour être la fête propre des Frères, la plus appréciée, et il a joute:

" Notre Seigneur a dit que là où est notre trésor, là est aussi notre coeur. Le coeur d'un chrétien, et surtout celui d'un Frère de la Sainte-Famille, devrait être souvent sous l'humble toit de Nazareth, au sein de cette auguste Famille qui réunit toutes les vertus divines et humaines ".

Les n. 608, 609, 610 précisent que le Supérieur général fixe chaque année le jour de la fête, donnant la préférence aux moments où les Frères sont réunis afin qu’elle puisse être solennisée le mieux possible. "Cette fête de famille religieuse doit être bien précieuse à tous les membres de l'Association, soit en raison des bien spirituels qui y sont attachés et de l'indulgence plénière que le Souverain-Pontife accorde en ce jour aux Frères, soit parce qu'elle contribue à resserrer les liens qui les unissent en Jésus, Marie et Joseph. Cette fête doit être pour eux une fête toute céleste; elle doit représenter, autant que cela peut se faire ici-bas, une image des fêtes du Paradis". Et pour que la fête soit mieux ressentie, il veut que la veille on s’y prépare par le chant des premières Vêpres et, si possible, avec une  procession et la vénération des reliques.

            Dans la première rencontre de frère Gabriel avec le saint Curé d’Ars, celui-ci  "l’avait félicité d’avoir donné  à sa Congrégation le nom de Sainte-Famille ".

            Mais la félicitation majeure, frère Gabriel l’a eue en 1852, durant la tenue du premier Chapitre général de l’Institut, lorsque  les Frères capitulants lui ont manifesté toute leur filiale reconnaissance pour avoir "mis la Société sous le nom de Jésus, Marie et Joseph, … dans laquelle nous voulons vivre et mourir et accomplir tout le bien que nous pourrons".

En parlant des Patrons de la Congrégation et de son nom définitif, je n’ai rapporté que les choses les plus importantes que l’on peut trouver dans les "Constitutions" mais il y a d’autres écrits où frère Gabriel parle de nos Patrons d’une manière vraiment filiale et confiante. Il me sera suffisant d’en nommer quelques-uns: les livres écrits pour les écoles ou pour les familles, ses nombreuses lettres, les circulaires aux Frères, …

            Je termine en citant l’un de ceux-ci. Dans la Circulaire n.18 du 6 août 1861, parlant d’une image qu’il avait fait imprimer: "On tient ordinairement à avoir le portrait de ceux que l'on aime et de qui l'on a reçu quelque bienfait. Or, est-il quelqu'un que nous devions plus aimer que Dieu, la très sainte Vierge et saint Joseph, et qui, selon la foi, nous ait fait plus de bien qu'eux? Ces considérations, bien-aimés Frères, nous ont porté à faire graver une image représentant la sainte Trinité et la Sainte-Famille. Nous avons cru répondre à vos pieux désirs en vous procurant cet objet, qui est si propre à exciter votre amour et votre reconnaissance envers Dieu et envers nos saints Patrons"  

            L’amour, la dévotion à la Sainte-Famille ont accompagné frère Gabriel jusqu’à la mort. Ainsi les premiers paragraphes de son Testament spirituel, écrit peu avant de mourir, le 23 août 1864, nous lisons: " après avoir invoqué avec de grands sentiments de foi et de confiance l'assistance du Saint-Esprit, de la Sainte-Famille, Jésus, Marie et Joseph, … j’ai fait, pour la plus grande gloire de Dieu, le présent testament spirituel, afin de faire connaître les grâces dont le Seigneur a daigné me combler.".

            Certainement que sur son lit de mort, ses lèvres auront encore murmuré, pour la dernière fois, cette invocation  qu’il avait tant répétée et enseignée à d’autres: "O Jésus, Marie et Joseph que je meure en paix en votre compagnie !".           

            J’espère, en terminant ce texte, que notre "faire mémoire" nous aidera à réfléchir sur notre vie et, suivant l’exemple de frère Gabriel et en conformité avec ses désirs, à grandir toujours plus dans l’amour de Dieu et du prochain  

            Fraternellement en Jésus, Marie, Joseph 
                                                                                                             
Frère Carlo Ivaldi.
                                                                                                            Postulateur général

Roma, 01 – 06 – 2006
 

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Sainte Anne à Belleydoux

Chaque année, à Belleydoux, on fête Sainte Anne et Saint Joachim, le dimanche le plus près du 26 juillet. Les Frères, depuis de nombreuses années s'associent à cette fête.... Ecoutons ce que dit Françoise Bouchard dans son dernier livre, Frère Gabriel Taborin, à l'école de la Sainte Famille :

"La vénération de Frère Gabriel pour la Sainte Famille avait toujours été associée, dès son plus jeune âge, à celle des parents de Marie, Saint Joachim et surtout Sainte Anne. La chapelle, dédiée à l'aïeule du Christ, à Belleydoux, appartenait à son père qui l'avait reconstruite de ses deniers après sa destruction en 1793.

On se souvient des visites de Frère Gabriel enfant à ce sanctuaire champêtre, des cérémonies qu'il organisait avec les camarades de son village. Le temps avait dégradé les murs qui menaçaient de tomber en ruines, à sa grande désolation:
" J'aurais voulu pouvoir moi-même agrandir et reconstruire à mes frais cette ancienne chapelle. Mille fois j'en ai eu la pensée mais j'ai eu le regret de ne pouvoir l'exécuter par manque de ressources et par suite de mon voeu de pauvreté qui me dépouille de tous les biens de ce monde."

Ces aspirations de Frère Gabriel faisaient l'objet d'une lettre adressée à celui qui pouvait l'aider à réaliser son projet, le curé de Belleydoux. Il ne le sollicita pas en vain. L'Abbé Mermillod s'affaira sans délai à faire appel à la générosité des paroissiens; certains s'engagèrent à extraire gratuitement la pierre et le sable et à les amener sur place; d'autres fourniraient la chaux, les bois, les bardeaux nécessaires à la toiture; d'autres encore, suivant l'exemple de Frère Gabriel ouvriraient leur bourse ou participeraient bénévolement aux travaux.

A la mi-août 1858, la nouvelle chapelle s'élevait au milieu des champs, sur un emplacement plus facile d'accès, à droite de la route de Belleydoux à Saint Claude. Elle fut bénite le 27 août, tout comme la statue de Sainte Anne remise à sa place d'honneur."
 

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PAR DES CHEMINS IMPREVUS

Depuis 1823 le St Siège et le Gouvernement de la restauration procédaient à la réorganisation des diocèses de France. Le pouvoir centralisateur de Napoléon en avait supprimé un certain nombre. Monseigneur Claude Antoine de Chamon, évêque de St Claude avait reçu la consécration épiscopale à Issy-les-Moulineaux le 23 juillet 1823, en même temps que Monseigneur de Bonald qui devait remplacer le cardinal Fesch à Lyon et Monseigneur Alexandre Raymond DEVIE promis au diocèse de Belley reconstitué. C’était une tâche immense de restauration.

C’est dans cet affairement joyeux que Gabriel arrive à St Claude. Justement l’abbé Girod, secrétaire à l’évêché est préoccupé de trouver un valet de chambre pour l’évêque. Gabriel est un jeune homme sérieux que l’on connaît bien, et qui sait prendre des initiatives. Il peut être très utile pense la sœur Désirée, supérieure de l’hôpital. Voilà la bonne occasion.

La proposition de l’abbé Girod déconcerte Gabriel. Il est choqué et même scandalisé. Il n’est pas venu chercher du travail! Une affaire autrement plus importante l’occupe. Valet de chambre!

Réflexion faite, ne peut-il pas accepter de rendre service à ses amis? Juste quelques jours; le temps de se retourner? Son projet peut souffrir ce bref délai.

« Je me rendis chez Jacques Antoine de Chamon ou ce digne prélat voulait m’attacher à son service. C’est là que Dieu ,sans que je m’en aperçusse, voulait me faire connaître qu’il m’appelait à jeter les fondations de l’Institut de la Sainte Famille. Sa volonté me fut manifesté par le digne prélat qui m’encouragea et approuva mes projets »

L’ordonnance royale de 1816 qui demandait aux communes de faire de faire donner l’instruction primaire aux enfants n’avait pas obtenus les résultats attendus. Une nouvelle ordonnance publiée en 1824 en confiait le soin aux évêques. Monseigneur de Chamon se souvient que son valet de chambre est justement instituteur et qu’il est impatient de suivre sa vocation. Faut-il aller chercher plus loin ce qu’il a sur place, ici, à st Claude? Une congrégation religieuse, ne pourrait-il pas en fonder une pour lui? Il l’a vu à l’œuvre et lui reconnaît l’étoffe suffisante. Dès maintenant, il lui confie le soin d’ouvrir une école, rue de la Poyat. Les bon conseils et les sympathies ne lui feront pas défaut…

Gabriel se sent poussé par les évènements. Déjà 5 compagnons sont venus se joindre à lui. En plus de l’école ils auront aussi à sonner les cloches et à prendre soin de la cathédrale. De son côté, l’abbé Chavin, l’impétueux missionnaire, offre aux six jeunes gens de leur prêcher la retraite de prise d’habit dans sa paroisse, aux Bouchoux. Gabriel a vingt-cinq ans. Il est courageux. Mais il n’a que son expérience que est celle d’un simple instituteur d’une petite paroisse de montagne. La cérémonie de « prise d’habit » a lieu le dernier dimanche d’octobre. La foule venue y assister est telle qu’on doit dresser une estrade en dehors de l’église. La joie emplie le cœur du fondateur. Désormais, il s’appellera « Frère Gabriel », et la soutane qu’il a revêtue en ce jour, il ne la posera plus. La nouvelle communauté prend le nom de
« Frères de Saint Joseph ».

La classe commence à la Toussaint. Quatre-vingt élèves sont inscrits. Les débuts sont heureux : Tout marche à la satisfaction générale. Quand ses occupations le lui permettent, l’abbé Girot donne des leçons aux nouveaux maîtres. Frère Gabriel, tout absorbé par la direction de l’école et le soin du matériel, trouve encore le temps d’initier ses disciples à la vie religieuse, tout en mettant au point les premières Règles avec le Chanoine Desrumeaux.

Mais l’inexpérience, l’aridité des études pour ces jeunes montagnards, les ressources qui fondent rapidement, faisant place aux privations les plus rigoureuses, fissurent le fragile édifice. L’Evêque s’est aperçu qu’aucun des deux prêtres n’a réellement le temps d’aider efficacement le jeune supérieur surchargé. Pour tâcher d’y suppléer, il nomme son Vicaire Général, l’abbé Darbon, supérieur ecclésiastique. Peine perdue; ce dernier est déjà trop occupé. Frère Gabriel sent que le découragement s’insinue. Il s’efforce de remonter le moral de ses compagnons. Enfin, le départ de quelques-uns entraîne celui des autres. Au début d’avril, il reste seul, triste, mais non abattu. A l’occasion, du reste, ses compagnons viendraient le rejoindre en des jours meilleurs.

L’Evêque qui a vu Frère Gabriel à l’œuvre lui garde toute sa confiance. Il le charge d’une mission très délicate. Dans la vallée de la Bienne, à vingt kilomètres de Saint-Claude, un prêtre constitutionnel s’est implanté dans la petite paroisse de Jeurre. Le nouveau curé nommé par son Evêque ne parvient pas à gagner le cœur de ses paroissiens. En tant qu’instituteur, Frère Gabriel peut acquérir l’estime de la population, persuader les habitants d’accepter leur pasteur légitime et, peut-être, convaincre le prêtre « Jureur » de se retirer. Frère Gabriel arrive à Jeurre le Lundi de Pâques. Il met tant de zèle et de savoir-faire pour s’acquitter de sa mission, il fait preuve d’une telle délicatesse que bientôt la paix est rétablie. Cependant, autour de lui, plusieurs jeunes se groupent et vivent en communauté, créant dans le village une joyeuse animation. La maison qu’il habite est bientôt trop petite. Hélas, en essayant d’agrandir la construction vétuste, elle ne tarde pas à s’écrouler.

Monseigneur de Chamon ne perd pas de vue ces fragiles débuts. Il propose au fondateur le prieuré de Courtefontaine près de Dole qu’on vient de lui léguer à condition d’y installer un communauté religieuse se vouant à l’enseignement. Le déménagement se fait le 15 Juin 1826. L’antique monastère est vaste et convenable et surtout, il possède une assez belle chapelle. L’abbé Roland, le curé de la paroisse est l’aumônier de la jeune communauté et même un peu son supérieur. Il lui témoigne un intérêt, une amitié et un dévouement extraordinaire. Malheureusement la maison est située en un lieu isolé où on peut difficilement trouver les ressources nécessaires pour faire vivre les six Frères et les deux postulants venus de Jeurre. L’Evêque avait bien promis une aide financière, mais les besoins d’un diocèse à reconstruire ne lui permettent de suffire à tout. Comble d’infortune: au moment où la pénurie se fait cruellement sentir, l’abbé Roland est nommé supérieur du grand séminaire de Lons-le-Saulnier. La position à Courtefontaine n’est plus tenable.

Frère Gabriel va en causer avec Monseigneur de Chamon. Il envisage de rentrer dans son diocèse natal, celui de Belley. Une solution est entrevue : l’Evêque entre en relation avec le Père Bochard, ancien Vicaire Général de Lyon qui est en train de fonder une congrégation religieuse à Ménestruel, près de Poncin : les frères de la Croix de Jésus. Heureux de recruter des jeunes gens qui ont déjà reçus des rudiments d’instruction et des notions de vie religieuse, le Père Bochard accepte de recevoir la communauté des Frères de Saint Joseph. Ces derniers arrivent à Ménestruel le 15 Octobre 1826.

Dès l’abord, Frère Gabriel déclare très franchement qu’il n’a pas abandonner le projet de constituer une congrégation dont le but ne se limiterait pas à l’enseignement. Inutilement, son hôte lui offre de le placer parmi les dignitaires de sa communauté. Quelques jours plus tard, Frère Gabriel repart seul. Il va faire une pèlerinage à Fourvière pour confier à Notre-Dame son désarroi et son espérance.

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FRERE UNIVERSEL

La béatification de Charles de Foucauld (13 nov. 05) met en relief dans l'Eglise et dans la société actuelles la valeur de la fraternité.

En regardant Jésus de Nazareth, Charles de Foucauld a su vivre la fraternité même au milieu du désert et avec des personnes qui ne partageaient pas sa foi chrétienne. Il aimait, en effet, s'appeler le "frère universel".

Cela nous rappelle, à nous, Frères de la Sainte-Famille, et à toutes les personnes qui nous entourent, comment frère Gabriel Taborin a su vivre, dans les circonstances de son temps, l'évangile de la fraternité.

Il fut et resta un Frère, malgré les faibles assises de ce genre de vie dans l'Eglise de son temps. Il rappelait, dans l'un de ses écrits, la beauté du nom Frère: "Les noms de dignité inspirent et commandent le respect, mais le nom de Frère ne respire que simplicité, bonté et charité" (Nouveau Guide, 6).

L'actuel Projet de vie des Frères accueille et propose encore cet héritage en plusieurs expressions bien significatives, dans l'un de ses paragraphes justement intitulé "Etre frère de tous et avec tous".
"La fraternité, constitutive de notre identité, est notre guide dans une perspective de refondation et de fidélité créative à notre vocation. Cette perspective demande:

- de vivre l'esprit de famille qui nous aidera à devenir Frères de tous, témoins du Dieu Père qui est proche des hommes et de l'Eglise, foyer et école de communion.
- d'établir des rapports lui rendent visible notre fraternité avec un style simple, ouvert et accueillant, en accentuant les attitudes de rencontre et de réconciliation".

Dans une perspective chrétienne et historique, et malgré les fatigues et les problèmes que nous vivons dans nos relations fraternelles, en famille, en communauté et dans nos milieux sociaux, nous pouvons partager l'idée selon laquelle les révolutions de la liberté (libéralisme du XIX siècle) et de l'égalité (communisme du XX s.) ont fait faillite parce qu' elles n'avaient pas comme base l'idée de la solidarité et de la fraternité qui sont à réaliser dans notre XXI siècle.

                                                                                                                   Fr. Teodoro Berzal

Belley, novembre 2005
 

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Les écrits de Frère Gabriel Taborin

  La publication des écrits de Frère Gabriel Taborin, faite à partir de l'orientation de "Retour aux sources" du Concile Vatican II, aux congrégations religieuses, a permis de s'approcher de l'ensemble de son oeuvre écrite.

   Le Frère Gabriel se présente dans l'ensemble de ses écrits comme :
       * un témoin de l'amour de Dieu à la suite de Jésus Christ, attentif à la volonté du Père, désireux de répondre à sa vocation, de collaborer avec le dessein de
Dieu et de conduire d'autres personnes sur le chemin de l'Evangile.
     * un homme de l'Esprit, capable d'accueillir et de mettre en valeur un charisme caractérisé par la fraternité, l'esprit de famille, les activités dans le domaine de
l'éducation, de la catéchèse, de l'animation liturgique et de le faire fructifier en le transmettant à d'autres.
    * un prophète de son temps, bien enraciné dans son époque et dans son milieu géographique et culturel, mais en même temps avec une force intérieure pour
sortir de sa terre et pour proposer des valeurs et un mode de vie, "le laïcat consacré" dans la vie religieuse, difficile à comprendre en son temps, mais qui a eu un avenir.
   * un compagnon de route et un guide, Frère entre ses Frères, qui vit avec passion la fraternité et qui a un mot permanent à dire à ceux qui veulent marcher avec
lui. <

A travers ses écrits, en réalité, Frère Gabriel ne fait que transmettre, quelquefois de manière originale et en d'autres occasions, suivant des lignes déjà marquées par d'autres, ce qu'il avait assimilé lui-même dans ses lectures, dans ses activités d'enseignant, de catéchiste, de Fondateur et de Supérieur d'une Congrégation religieuse.<<

L'essentiel du contenu de ses écrits vient dans son ensemble:
      - de la Sainte Ecriture, à laquelle il se rapporte fréquemment de manière explicite ou implicite.
      - des catéchismes diocésains et de quelques synthèses doctrinales qu'il a étudiés et enseignés avec succès.
      - des auteurs spirituels les plus lus et commentés à son époque parmi lesquels on peut citer l'Imitation de Jésus Christ, Saint  François de Sales, Saint Vincent
de Paul, Saint Alphonse de Liguori et les auteurs de l'école française de spiritualité. Par­mi ces auteurs, Saint Jean Baptiste de la Salle occupe une pIace spéciale, surtout Far ses oeuvres à caractère pédagogique.
     - des auteurs qui traitent de la vie religieuse.

Le lecteur qui s'approche aujourd'hui des écrits de Frère Gabriel peut certainement trouver en eux une parole d'encouragement et de sagesse, qui vient du passé, mais qui peut l'aider aujourd'hui. Pour la compréhension et l'interprétation du charisme taborinien, ces écrits ont naturellement une autorité de premier rang.

                                                                                            
                    H. Théodore Berzal
 

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