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Introduction
Il convient de spécifier que, en plus du Testament Spirituel, le
Fr. Gabriel a fait deux autres testaments pour disposer des biens qui
légalement lui appartenaient à titre personnel puisque de son vivant, la
Congrégation qu'il avait fondée n'était pas civilement reconnue en France
et par conséquent dans l’incapacitée de posséder des biens.
-
Testament du 12-10-1836
Le texte, conservé aux ASFB, est très bref et il est écrit sur une seule
feuille avec une calligraphie parfaite. Il a été publié avec les
Constitutions et les règlements des Frères de la Sainte Famille de
1836. Pour comprendre sa portée, il faut le mettre dans le contexte des
principaux événements de la vie du Fr. Gabriel dans la période de
Belmont : acquisition de la maison, premières professions, acceptation du
supériorat à vie, etc. ;
Le contenu du testament a une grande cohérence tant du point de vue
purement civil que du point de vue de la pauvreté religieuse et du sens d’Eglise
de Fr. Gabriel. Par ce testament, il lègue ses biens à l'Institut, et si
celui-ci ne peut pas les recevoir n'étant pas reconnu civilement, il les
laisse à l'évêque de Belley. Il faut remarquer aussi la préoccupation du
Fr. Gabriel pour sa famille. D'une part, au moyen du testament, il évite
que ses biens passent, en cas de décès, à ses héritiers naturels, mais d'autre
part, par une clause finale, il assigne une pension à sa mère. Voir ce
texte après le
Testament
Spirituel
- Testament devant notaire du
21-11-1864.
C’est
un testament avec validité civile, fait devant notaire par le Fr. Gabriel
quelques jours avant sa mort et dans une situation d’une telle faiblesse
physique qu’il n'a même pas pu le signer. Ce testament a été enregistré à
Belley le 24/11/1864 par le notaire François Marie Ecochard.
Ce
testament est rédigé par le notaire de manière professionnelle et dans les
termes juridiques qui correspondent. Par ce testament le Fr. Gabriel
laisse une pension à son frère Joseph Taborin, qui vivait à Oyonnax, et
lègue la totalité des biens, qu'il possédait personnellement, l'Institut
n'ayant pas été encore reconnu officiellement, conjointement au vicaire
général du diocèse, P. Jean Claude Buyat, et au Fr. Amédée Depernex,
Vice-supérieur. Il annule aussi les dispositions testamentaires
précédentes.
L 'exclusion
de Mgr. de Langalerie a pu être interprétée comme signe des difficultés
dans les relations avec l'évêque de Belley.
Dans le
texte du testament, à part son contenu juridique, il y a quelques détails
très intéressants sur la situation du patient et de la chambre où on a
fait l’acte testamentaire, qui complètent les données apportées par les
Ephémérides de la Maison Mère et autres documents.
Il faut
remarquer en outre que les allusions à ce testament civil qui figuraient
dans le manuscrit du Testament spirituel, ont été soigneusement
éliminées par le Fr. Amédée dans l'édition imprimée qu’il a fait connaître
aux Frères après la mort de Fr. Gabriel.
Le Testament
spirituel
Le Fr. Amédée dit du Testament spirituel de Fr. Gabriel que "c’est
une expression magnifique de sa charité ardente envers nous et de la foi
vive qui l’a animé pendant toute sa vie" (Circulaire du
26-11-1864).
Le manuscrit original comprend 8 pages. Il est signé par le Fr. Gabriel
Taborin à Belley en date du 25 août 1864. Une difficulté existe pour
mettre en rapport la date et le lieu, puisque selon les Ephémérides
de la Maison Mère, Fr. Gabriel le 25 août devait se trouver à Lyon.
Le Fr.
Amédée a fait connaître le Testament spirituel aux Frères le
publiant après sa Circulaire du 26-11-1864 par laquelle il communiquait le
décès du Fr. Gabriel et traçait un résumé de sa vie. Mais en le publiant,
il a omis quelques détails du manuscrit, en particulier ceux qui se
référaient au possible successeur.
Nature et but du
document
Le Fr.
Gabriel spécifie qu'il s'agit d'un testament "spirituel", pour le
différencier de la disposition de biens. Dès ses premières lignes, on sent
le ton que l'auteur adopte. Le lecteur perçoit qu'il se trouve devant un
document de haute densité spirituelle:
Le Fr. Gabriel exprime dans ces pages ses convictions les plus profondes,
offre son expérience de vie, déclare les dispositions finales dans
lesquelles il se trouve et souhaite transmettre à ses fils spirituels le
plus précieux de son héritage.
Dans l'introduction, il indique quel est le but qu’il se propose : "J'ai
fait, pour la plus grande gloire de Dieu, le présent testament spirituel,
afin de faire connaître les grâces dont le Seigneur a daigné me combler,
et quelles sont mes dispositions à l'égard de la Religion et de ma très
chère Association". Il souhaite, donc, entonner son dernier "Magnificat",
mais, sans abandonner sa condition de Père et Supérieur de l'Institut qu'il
a fondé, il veut aussi, comme l’indique le sous-titre du Testament, donner
"les derniers avis à sa Communauté".
Structure et contenu
Le
testament spirituel du Fr. Gabriel comprend :
- Une
introduction, dans laquelle nous trouvons l'invocation solennelle à la
Sainte Trinité, à la Sainte Famille et aux saints patrons. L’auteur
exprime également le but du testament, se présente comme Fondateur et
premier Supérieur Général de l'Institut et manifeste les dispositions dans
lesquelles il se trouve vers la fin de ses jours.
- Trois
parties de même longueur.
Dans
la première, prévaut le sentiment de remerciement : action de grâces à
Dieu pour la vocation et la mission confiées et remerciement à ceux qui l'ont
précédé (ses parents, les Frères et tous ceux qui l'ont aidé). Il déclare
sa constante rectitude d'intention et conclut par une demande pardon.
La
deuxième, s’ouvre avec la proclamation de l'adhésion à l'Église et à
la foi chrétienne, pour laquelle il se dit avoir été prêt pour arriver
même au martyre. Comme les textes de la liturgie le disent de Saint Martin,
le Fr. Gabriel fait en même temps l'offrande de sa vie et manifeste sa
disponibilité pour continuer à travailler. Il y a une nouvelle demande de
pardon, mais il exprime surtout, comme sainte Thérèse de Lisieux, le désir
de passer son ciel à faire du bien sur la terre, intercédant incessamment
pour tous, spécialement pour son Institut.
Dans
la troisième, il s'adresse plus directement aux Frères : il les
présente à Dieu et à la Vierge Marie et il leur confie la Règle de vie qu’il
a tracée pour eux, avec la recommandation de la pratiquer. Après une brève
incise sur la manière de faire pour élire son successeur, il donne ses "derniers
avis" qui se centrent sur l'amour réciproque et sur la pratique des
consignes qu’il avait toujours donné et qu’on a appelées devises de la
Congrégation (« grâce, humilité, prière »; « Dieu, Règle, Supérieur », Cf.
Nouveau Guide art. 22-29).
La
conclusion de la troisième partie, et de tout le Testament, est faite
sous forme de prière. C’est celle qu’on a appelée « prière pour
l'Institut ». Pour comprendre la signification et la profondeur de cette
expérience de prière pour le Fr. Gabriel, il faut consulter le Nouveau
Guide, où dans l'art. 531, après avoir dit qu’elle doit être estimée
par tout bon Frère de la Sainte-Famille, il révèle son origine : "Elle fut
inspirée pendant la messe, au moment de l'élévation, à un des premiers
Supérieurs de la Société, au commencement de sa formation ".
Les textes
Manuscrits ASBF :
1 - Testament de
1836, ASFB 144.
2 - Testament spirituel, ASFB 145
3 - Testament devant notaire, ASFB 146
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TESTAMENT
SPIRITUEL DE GABRIEL TABORIN
SUPÉRIEUR
GÉNÉRAL ET FONDATEUR DE LA PIEUSE ASSOCIATION
DES FRÈRES DE LA SAINTE FAMILLE
et ses derniers avis à sa Communauté.
Au nom de la Très-Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, un
seul Dieu en trois personnes.
Je
soussigné, Gabriel Taborin, fondateur et premier Supérieur Général de la
pieuse Association des Frères de la Sainte-Famille, dont le siège est à
Belley, incertain de l'heure de ma mort, considérant cependant qu'il me
reste peu de temps à vivre et que le jour de l'éternité approche, il est
de mon devoir de disposer d’avance, pendant que je suis encore en santé,
des bien qu’il a plu à la Providence de me confier, afin de ne laisser
aucun embarras à ce sujet après que j’aurai terminé ma carrière et fait
mes derniers adieux aux choses de ce monde.
Par ces
motifs, humblement prosterné aux pieds de la souveraine majesté de Dieu,
créateur et conservateur de toutes choses, souverain juge des vivants et
des morts, et après avoir invoqué avec de grands sentiments de foi et de
confiance l'assistance du Saint-Esprit, de la Sainte-Famille, Jésus, Marie
et Joseph, et celle de mon saint Ange gardien et de mon saint Patron, j'ai
fait mon testament civil.
Outre
mon testament civil qui trace mes dispositions pour les choses temporelles,
j’ai fait, pour la plus grande gloire de Dieu, le présent testament
spirituel, afin de faire connaître les grâces dont le Seigneur a daigné me
combler, et quelles sont mes dispositions à l'égard de la Religion et de
ma très chère Association; et j'ai divisé ce testament en trois
paragraphes.
§ Ier.
J'atteste, avec de grands sentiments de reconnaissance envers la bonté
divine, que j'ai eu le bonheur d'appartenir à des parents chrétiens, qui
m'ont élevé dans des principes religieux. Je les en remercie de tout mon
coeur, et prie Dieu de les en récompenser dans le ciel, où j'ai la douce
et consolante pensée qu'ils sont placés, et où j'espère les aller
rejoindre, ainsi que nos bons Frères de la Sainte-Famille qui m'ont
précédé dans la tombe et au jugement de Dieu.
Je
déclare que, dès ma plus tendre jeunesse, je sentais des inclinations
toutes particulières pour la vie religieuse; je n'aspirais qu'après le
moment où je pourrais avoir le bonheur de me consacrer à Dieu dans ce
saint état. Devenant religieux, je devais certainement être le dernier de
tous dans une communauté, vu mon indignité, mon peu de talent et de
science; je ne me serais jamais imaginé que la Providence, en laquelle j'ai
toujours eu la plus grande confiance, et qui m'a toujours assisté d'une
manière visible, aurait choisi un si faible instrument pour former une
Congrégation religieuse que le Souverain Pontife a daigné approuver, et
pour l'amener, avec l'aide de Dieu, au point où elle est aujourd'hui. J'en
rapporte toute la gloire à ce Dieu de bonté, et je le remercie très
humblement d'avoir bien voulu me confier une telle mission. Il est vrai
qu'il m'avait donné un aide puissant dans l'illustre et vénérable Evêque
de Belley, Mgr Devie, de glorieuse et sainte mémoire, notre digne père en
Dieu, et dont les sages conseils furent toujours pour moi comme des
oracles.
Je
déclare aussi que, depuis ma plus tendre jeunesse jusqu'à ce jour, le
Seigneur a daigné me combler de grâces innombrables. Hélas! je n'y ai
peut-être pas toujours assez correspondu; je m'en humilie profondément
devant lui, et lui en demande bien pardon, le priant d'avoir plutôt égard
à ma faiblesse qu'à ma malice. S'il m'est donné de vivre encore quelque
temps après avoir tracé cet écrit, je le supplie de vouloir bien me
continuer jusqu'à mon dernier soupir les grâces dont il n'a cessé de me
combler, tant dans l'ordre spirituel que dans l'ordre temporel; je lui
promets du fond de mon coeur de m'en rendre moins indigne que je ne l'ai
fait jusqu'à présent: telle est ma plus grande et plus sincère résolution.
Je
remercie bien tous ceux dont je suis devenu le père et le Supérieur en
religion, de la patience et de l'indulgence qu'ils ont eues de supporter
mes défauts, et de me garder si longtemps pour leur chef. Je leur demande,
ainsi qu'à tous ceux qui m'ont connu et avec qui j'ai vécu, qu'ils
veuillent bien excuser les manquements qu'ils auront pu remarquer en moi.
Je
crois avoir toujours eu des intentions droites et pures dans me
entreprises et dans ma conduite; mais s'il y avait eu quelque chose de
défectueux aux yeux de Dieu sur ce point, je le prie de me pardonner.
§ II.
Je désire mourir
dans la Religion catholique, apostolique et romaine, à laquelle j'ai
toujours été profondément attaché, ainsi qu'au Souverain Pontife. Toute ma
vie j'ai profondément révéré tout ce qu'elle enseigne.
Je
confesse à la face du ciel et de la terre que je n'ai jamais eu de doute
contraire à la foi. J'ai constamment aimé du fond de mon coeur notre
sainte Religion, et j'aurais versé mon sang pour elle si quelque
circonstance m'y avait obligé. J'ai toujours remarqué que sans elle l'homme
ne peut être heureux ni en cette vie ni en l'autre, et que, hors de son
sein, il n'y a point de salut.
Je fais
de bon coeur le sacrifice de ma vie par amour pour Dieu et en expiation de
mes péchés. je quitterai la terre sans regret, parce qu'elle est couverte
de misères et de péchés, et qu'elle est un exil qui nous sépare de notre
véritable patrie. J'engage aussi nos bons Frères à s'en détacher, et à n'aspirer
que vers la sainte Sion, demeure des Elus.
Je vois que
je deviens un serviteur inutile; mais si Dieu, dont les décrets sont
impénétrables, veut encore m'occuper quelque temps ici-bas, je lui dirai
avec saint Paul: Seigneur, je ne refuse point le travail. Ah! puisse-je n'avoir
jamais travaillé que pour sa gloire et pour mon salut! C'est bien là la
fin pour laquelle j'ai été appelé à la vie religieuse.
Lorsqu'il
plaira à Dieu de me retirer de ce monde, je le prie très instamment, par
les mérites de son Fils adorable et par ceux de la très sainte Vierge, d'oublier
les péchés que la fragilité humaine aurait pu me faire commettre. Je le
prie de recevoir mon âme dans le sein de sa miséricorde, après avoir été
fortifié par les derniers sacrements de l'Eglise, que je désire recevoir
avant d'être à l'extrémité, afin qu'ils produisent en moi les grâces
abondantes qui y sont attachées quand on les reçoit avec de saintes
dispositions.
Je
demande aussi très humblement pardon à toute ma Communauté, ainsi qu'à
ceux qui j'aurais pu offenser ou scandaliser en quelque manière. Je
pardonne moi-même de bon coeur à tous ceux qui m'ont offensé et à ceux qui
ont pu me faire quelque tort. Je remets mon âme et mon salut entre les
mains de Dieu, mon créateur et ma dernière fin.
Quant à
ma dépouille mortelle, je désire qu'on la confie à la terre avec les
cérémonies de l'Eglise, et en observant les règles et usages tracés dans
l'Association de la Sainte-Famille pour la sépulture de ses membres.
Je
désire qu'aussitôt après mon décès, le très honoré Vice supérieur de l'Association
donne, de concert avec le Conseil de la Maison-Mère, connaissance de ma
mort à tous mes bien-aimés Frères de la Sainte-Famille, ainsi que du
présent testament, et qu'il leur ordonne des prières pour le repos de mon
âme, comme il est prescrit au chapitre vingt-sixième de notre sainte Règle.
Si Dieu
me fait la grâce d'aller au ciel, je n'oublierai pas, dans le repos de la
gloire éternelle, la chère Communauté de la Sainte-Famille, ni ceux qui en
ont été ses protecteurs et ses bienfaiteurs. Je n'oublierai pas non plus
mes chers parents et mes amis; je prierai aussi pour mes confesseurs et
pour ceux qui ont été mes Supérieurs sur la terre; enfin je prierai pour
la France, ma chère patrie, et pour le pays qui m'a vu naître. Telles sont
mes intentions; je demande à Dieu la grâce de pouvoir les exécuter dans le
séjour des Bienheureux; puissent mes oeuvres me mériter ce bonheur; je l'attends
aussi de la protection de la très sainte Vierge, en qui j'ai toujours eu
une très grande confiance et une dévotion toute particulière. Je la prie
bien de m'assister quand la mort fermera mes yeux.
§ III.
Je donne à Dieu et
je consacre à la très sainte Vierge les Frères de la Sainte-Famille, dont
le Seigneur a bien voulu me faire le père et le Supérieur.
Je leur
lègue, à ces dignes enfants, qui me sont tous si chers, le Guide
dit des Frères de la Sainte-Famille, qui renferme les Règles que
Dieu m'a inspiré de leur tracer. Je leur recommande de les observer avec
une grande fidélité, parce que c'est en elles qu'ils trouveront la vie et
le bonheur. Ah! s'ils s'en déviaient, ils perdraient bien vite l'esprit de
leur état, et ils s'exposeraient à perdre aussi leur sainte vocation; et
alors, loin de faire le bien qu'on a lieu d'attendre d'eux, ils ne
feraient, hélas! que le mal, et se perdraient, en offensant le Dieu de
bonté qui les a comblés, comme moi, de tant de grâces, surtout en les
séparant du monde, où il y a tant d'écueils pour le salut.
Dès que
Dieu m'aura retiré de ce monde, et aura montré, par ma mort, que les rênes
de la Congrégation doivent être confiées à une autre main, les membres du
Chapitre devront s'empresser de choisir un autre Supérieur, qui soit selon
le coeur de Dieu, qui puisse achever et perfectionner ce que j'ai commencé
avec tant de peines et de combats sans pourtant, grâces à Dieu, m'être
jamais découragé. Je leur recommande de respecter leur nouveau Supérieur,
et de le regarder comme leur père et leur meilleur ami.
Pour ne
gêner le vote de personne et ne pas contrevenir à la Règle, je ne nomme
point moi-même mon successeur; mais j'invite les Frères de l'Association
qui sont appelés, par leur rang, à l'élire, à ne rien faire à cet égard
sans consulter Dieu, par la prière, et Mgr l'Evêque de Belley. Ils devront
naturellement choisir leur nouveau Supérieur parmi les dignes et
respectables Frères qui ont administré avec moi pendant longtemps, qui
sont rompu dans les affaires de gouvernement de l’Association, et qui m’ont
toujours inspiré une très grande confiance.
Je prie
le Seigneur que mon successeur répare mes manquements; qu'il fasse ce que
je n'ai pu ou su faire pour le bien; qu'il maintienne nos Règles intactes
et les fasse observer; qu'il soit pour tous un bon père, un homme de foi,
et qu'il rappelle souvent le repos de mon âme aux prières de notre chère
Communauté.
Je
recommande à tous nos Frères, par l'amour et par l'intérêt que je n'ai
cessé de leur porter à tous, de s'entre-aimer toute leur vie et de s'édifier
les uns les autres. Combien je désire, ainsi que je l'ai exprimé bien des
fois, qu'ils se tiennent tous constamment dans l'humilité et dans l'état
de grâce, qu'ils soient des hommes de prière, qu'ils aiment et chérissent
par-dessus tout Dieu, leur Règle et leur Supérieur. Je leur recommande de
chérir particulièrement la pureté, l'obéissance et la sainte pauvreté; d'être
stables dans le bien et dans leur sainte vocation; d'être patients dans
les peines de la vie, de les supporter avec résignation, à l'exemple de
notre divin Sauveur. Je leur recommande aussi, comme un grand moyen de
sanctification, de penser souvent aux fins dernières, de haïr le péché et
de le faire haïr. Je les exhorte à aimer les enfants en Dieu et pour Dieu,
à les instruire avec un saint zèle, mais avant tout à les former dans les
principes de notre belle et sainte Religion, à leur faire aimer la vertu
et à leur en donner constamment l'exemple.
Je leur
recommande encore d'avoir le plus grand respect pour les Oints du
Seigneurs, et pour tous ceux qui seront chargés de leur conduite.
Enfin,
je leur recommande d'être les soutiens fidèles et constants de leur chère
Congrégation, d'en remplir le but avec piété et zèle, de l'honorer par
leur bonne conduite et de porter partout la bonne odeur de Jésus-Christ.
En
terminant cet acte, qui est mon vrai testament spirituel, écrit de ma
propre main, je prie bien humblement le Seigneur de l'avoir pour agréable,
et de m'accorder la grâce insigne de mourir de la mort du juste, afin que,
lorsque mon âme sera sortie de ce monde, elle vive en Dieu, et que toutes
les offenses qu'elle a commises lui soient pardonnées, par les effets de
son infinie miséricorde.
Je sais
que, pour obtenir la grâce d'une sainte mort, il faut s'y préparer avec
grand soin par une vie sainte, surtout par une vraie mort à nous-mêmes.
C'est à quoi je vais m'appliquer tout le temps qui me reste à passer sur
la terre, c'est-à-dire à mourir à mes sens, à mes passions, à mes
inclinations mauvaises, et à tout ce qui pourrait me causer de la peine à
la mort.
O Jésus!
souverain Juge des vivants et des morts, vous serez alors en effet mon
Juge; mais à présent vous êtes encore mon Sauveur et mon Père; ayez pitié
de ma pauvre âme; je veux la sauver; oh! disposez-la donc, je vous en prie
très humblement, à paraître un jour devant vous. Et vous, ô Vierge
immaculée! divine Marie, mère de mon Dieu, protégez-moi surtout dans ces
derniers moments qui doivent décider de mon sort éternel.
Seigneur tout-puissant, Dieu d'Israël, écoutez encore la prière que je
vous adresse, et que je désire vous adresser éternellement pour la chère
Congrégation que vous m'avez confiée et que je remets entre vos mains.
Faites qu'elle soit votre oeuvre et non la mienne; protégez-la; prenez
soin d'elle en tous temps et en tous lieux; ne l'abandonnez pas à la
puissance des ennemis qu'elle pourrait avoir; pourvoyez sans cesse à ses
besoins, et faites qu'elle procure votre gloire, sous votre main
protectrice. Soyez favorable, ô mon Dieu, à tous les Frères et Novices de
cette chère Société; répandez sur chacun d'eux vos grâces les plus
abondantes; augmentez en eux la foi, l'espérance et la charité;
donnez-leur une vive horreur du péché et un repentir sincère de ceux qu'ils
ont commis, et dont je pourrais peut-être avoir été la cause par mes
exemples ou par mon manque de vigilance; faites qu'ils aient le vice en
horreur, qu'ils aiment leur vocation, qu'ils y soient fidèles, qu'ils s'y
sanctifient et travaillent à sanctifier les autres; rendez-les tous
contents et heureux en cette vie et en l'autre: telle est la prière, ô mon
Dieu, que vous adresse, avec une vive ardeur, le plus pauvre des religieux,
le plus indigne des Supérieurs; écoutez-la, Seigneur, du haut du trône de
votre divine majesté, et bénissez ceux pour qui je vous l'adresse
humblement, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Belley, en notre
Maison-Mère, le 25 août 1864
Frère GABRIEL,
Supérieur-Général des Frères de la Sainte-Famille.
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3. TESTAMENT DEVANT
NOTAIRE
Par devant
François-Marie Ecochard, notaire à la résidence de Belley (Ain)
soussigné.
En la
présence continuelle de MM. Claudius Charcot, ancien percepteur des
contributions directes, Claude Antoine Gaspard Cerdon, avoué, Anthelme
Alexis Césaire Nivière, propriétaire, Jean Marie Charlin, clerc d'avoué,
tous demeurant à Belley, témoins, français, majeurs, jouissants de leurs
droits civils, non parents des testateur et légataires ci-après nommés,
ainsi par eux déclaré sur l'interpellation du notaire.
A
comparu M. Gabriel Taborin, supérieur général et fondateur de l'ordre des
Frères de la Sainte-Famille, demeurant à Belley
Lequel
étant sain d'esprit, mémoire et entendement, quoiqu'en ce moment malade et
alité, ainsi qu'il est apparu aux notaire et témoins, dans la vue de la
mort, a, de son plein gré, fait son testament qu'il a dicté au notaire, en
présence des témoins, ainsi qu'il suit:
Je
donne et lègue à Joseph Taborin, mon frère, demeurant à Oyonnax une rente
annuelle et viagère; incessible et insaisissable de deux cents francs qui
lui sera payée par mes héritiers universels ci-après nommés, par semestres
et d'avance; de telle sorte que le premier se mestre lui sera payé
aussitôt après mon décès, pour être continué jusqu'à la mort de mon frère,
de six mois en six mois.
Je
nomme et institue pour mes héritiers généraux et universels, conjointement
entr'eux M. Jean Claude Buyat; vicaire général du diocèse de Belley, et M.
Charles Depernex; Vice-supérieur des Frères de la Sainte-Famille, tous
deux demeurant à Belley; lesquels Messieurs Buyat et Depernex,
conjointement entr'eux recueilleront l'intégralité de ma succession, en
quoi qu'elle consistera et pourra consister sans aucune réserve ni
exception; à la charge du legs qui précède et des autres obligations de
droit.
Je
casse et révoque tous testaments antérieurs.
Ce
testament a été ainsi dicté par M. Gabriel Taborin testateur, à moi
Ecochard notaire, qui l'ai écrit en entier de ma main, tel qu'il m'a été
dicté, en ai ensuite donné lecture entière au testateur, lequel a déclaré
le bien comprendre et y persévérer comme contenant l'expression de sa
dernière volonté, et c'est le tout dicté, écrit et lu en la présence
continuelle des quatre témoins sus-nommés.
Dont acte fait et passé à Belley, au domicile du testateur, rue du
Chapitre, dans une chambre au premier étage, prenant jour au couchant,
près du lit sur lequel le testateur repose malade, ce jourd'hui vingt-un
novembre mil huit cent soixante-quatre, à onze heures et demie; le
testateur interpellé de signer a déclaré, en présence des quatre témoins,
savoir signer, mais ne pouvoir pas signer en ce moment, à cause de sa trop
grande faiblesse, causée par la maladie dont il est atteint: les quatre
témoins et le notaire ont signé, après nouvelle et entière lecture faite
du présent testament, toujours en présence des quatre témoins.
Signé à la minute: C. Charcot, G. Cerdon, C. Nivière, Charlin et Ecochard
notaire.
Enregistré à Belley le vingt-huit novembre 1864, folio 124, verso, case 4.
Reçu cinq francs décime et demi septante-cinq centimes. (Signé: Bolley)
Expédition Collationnée.
Ecochard.
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