Solennité de la Toussaint
 
   La solennité de la Toussaint nous donne à entendre le texte évangélique des Béatitudes. Qui mieux que les saints ont, sur cette terre, cherché à actualiser dans leur vie l’une ou l’autre de ces formulations du bonheur selon l’esprit de Jésus ?  
 
   Pensons à François d’Assise et à son idéal de paix, revisité par Jean Paul II ou par la communauté San-Egidio ? Songeons à tous les martyrs contemporains de la foi et de la charité que ce même pape a béatifiés et canonisés. Evoquons les grandes voix de la justice et de la charité que sont Mgr Helder Camara au Brésil, Mgr Romero au Salvador ou Mère Térésa de Calcutta ou encore le Padre Pio et son ministère de miséricorde à l’égard des souffrants.  
 
    Oui, les saints sont les plus belles figures de ce mystère de communion à l’Esprit de Dieu. Ils peuplent le paradis non comme des statues mais en rayonnant les expressions du visage du Seigneur. Ils ne cessent d’intercéder pour nous, les marcheurs d’en bas, après avoir accompli, au son des évangiles, leur pèlerinage de la terre.
 
    Les saints non déclarés forment aussi cette foule innombrable de l’Apocalypse que nul ne peut nommer. Et nous aimons associer à toutes ces figures vivantes de la foi, les amis et connaissances qui les ont rejoints dans la même espérance d’une vie éternelle. 
 
    Les béatitudes ont mis en marche des vies d’hommes et de femmes qui ont pris à la lettre l’un ou l’autre des appels du Christ pour, à sa suite, les incarner dans leur vie. Ces valeurs évangéliques n’ont pas d’âge ; elles sont d’hier et d’aujourd’hui parce que l’évangile est une histoire qui ne prendra fin qu’avec celle de l’homme.
 
    Les vies de saints nous rapprochent de Dieu dont ils forment pour nous le visage varié et familier. Nous avons tous connu ou entendu parler de ces êtres qui irradient quelque chose du mystère du Christ. Et, au-delà de nos frontières, combien d’autres figures, dans ce même mystère de la communion des saints, ont engagé ces combats et ces paris d’une vie chrétienne authentique pour changer les règles inhumaines des contre-valeurs qui ont cours sur le globe.
 
    La Toussaint est l’antidote de la désespérance parce qu’elle rappelle la seule vraie puissance de l’Esprit, le Maître de l’impossible, qui agit dans le monde, quels que soient les titres de l’actualité, les opinions, les sondages ou les cotations en Bourse.  
 
    Nous faisons nôtre la prière de Toussaint de Mgr Riobé, évêque d’Orléans trouvé mort nu sur une plage : « Peuples des Béatitudes : le peuple des petites gens, des humiliés, des laissés pour compte, ceux qu’on exploite parce qu’ils sont sans défense, les affligés, les découragés, les malades, les perdus. Mais aussi le peuple des militants, quelle que soit leur cause, croyants ou non, pour autant que leurs solidarités soient un don constant, au mépris d’eux-mêmes, pour que leurs frères pauvres trouvent leur vraie libération dans la justice et la charité du Christ. Et pour que règne entre les hommes, dans le respect mutuel, à travers les diversités de tempéraments et de races, l’unité dans l’Amour ». 
 
    Saints et Saintes de Dieu, priez pour nous ! 
Fr. Yves PERIER-MUZET
Frère de la Ste Famille - Lyon
 
2

ENTRONS DANS LE MYSTÈRE DE DIEU

 
"Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ;

l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau.

Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'iI possède, et il achète ce champ.

Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. »

Matthieu 13, 44-45
 17e dimanche du temps ordinaire

    Pour nous aider, Jésus n'emprunte pas le langage conceptuel de la théologie mais le langage analogique des faits de vie, de l'expérience humaine et de la poésie.
  
Le Seigneur parla le langage du coeur, celui qui laisse deviner le mystère et non celui des concepts qui sont censés appréhender, par l'esprit, les profondeurs de la réalité.
  
Quoi de plus familier pour les contemporains de Jésus qua les images empruntées du trésor, de la perle ou du filet de pêche ?
 
L'argent, les bijoux, les filets de pêche appartiennent à leur expérience humaine et Jésus sait qu'en s'adressant à eux de cette manière, il pique leur curiosité, éveille leur attention et permet aux images d'ouvrir leur coeur aux réalités divines.
 
Trésor et perle de grand prix sont l'objet de découvertes et d'appropriations rares. Aussi faut-il consentir à tout risquer et à tout aliéner pour acquérir le seul bien essentiel.
 
La vie quotidienne nous disperse à travers ces biens relatifs que sont les relations, le travail, les affaires, les déplacements, les activités de tous ordres. Seul un regard de foi sur le sens de notre destinée recentre notre vie sur l'unique bien à acquérir, le Royaume : la vie selon le coeur de Dieu et sous son regard.
  
La parabole du filet apporta une lumière complémentaire sur l'enseignement de Jésus. La foi unifie, concentra, aide à discerner alors qua notre vécu quotidien nous disperse, Elle opère ce mouvement d'unification à travers un tri comme celui du pêcheur après la prise indifférenciée de poissons.
  
Pour construire l'avenir avec le Seigneur, nous ne devons pas nous contenter d'ajouter le présent à notre passé, comme les pièces d'un patchwork. Nous sommes invités par le jeu du discernement à créer du neuf, à oser le risque d'une nouveauté, d'une découverte dans notre relation avec le Seigneur. Et comme Dieu est créateur au sens plein du terme, demandons-lui la grâce de faire, à notre niveau, du neuf avec de l'ancien.

 
"Avez-vous compris tout cela?
- OUI" lui répondirent-ils.
Qu'il en so
it de même pour chacun de nous.
 


                                                                                                                                                                       p a r
FRÈRE YVES PERIER.MUZET

                                                                                                                                          COMMUNAUTÉ DES FRÈRES DE LA SAINTE-FAMILLE, LYON

 

3

Fête de la Sainte Famille     

"
Joseph
se leva, prit l'enfant et sa mère"

     A peine la fête de Noël passée, nous voilà déjà aux lendemains difficiles de l'enfance. La Sainte Famille est menacée par un péril extérieur. Le texte de l'Evangéliste Saint Matthieu, bien connu, est construit de façon symétrique autour de deux annonces de l'Ange du Seigneur comme pour nous rappeler que Dieu veille aux destinées de son Fils.

    
Joseph, le père adoptif modèle, reçoit communication à deux reprises de mettre l'enfant et sa mère en sécurité. Nous pourrions être étonnés de ces messages reçus "en songe". Dans le langage biblique, le songe n'équivaut pas à une rêverie nocturne ou à l'activité de notre inconscient. Au contraire, le songe est cette parole silencieuse à travers laquelle l'homme attentif aux réalités intérieures perçoit les réponses de Dieu à ses questions. Il peut ainsi assumer les responsabilités des choix à opérer.

     L'image de la Sainte Famille en exode, par delà le désert qui mène à l'Egypte, rappelle le destin mystérieux du Peuple de Dieu qui, à travers la figure du Patriarche Joseph, accomplit l'exode salvateur ou salvifique.

    
L'homme qui se met en marche à la demande du Seigneur n'obéit pas aux lois aveugles et souvent violentes du monde. Sous la protection du Seigneur et sous l'impulsion de sa Parole, il construit sa vie pour parvenir au terme de sa vocation et de sa mission.

    
Joseph est un modèle d'écoute, de disponibilité, d'obéissance et de confiance. Arraché à ses origines de Galilée pour se conformer à l'édit d'un recensement, le voici à nouveau jeté sur les routes de l'exil. Et pour autant ses migrations ne sont pas celle d'un homme sans boussole, ni sans finalités. Dans son for intérieur, il accomplit ce "pèlerinage du salut", par lequel l'enfant épouse la condition de son peupIe. Homme de silence, il entend la voix intérieure de Celui qui guide le destin des personnes à travers la rumeur des évènements. Homme d'obéissance et de disponibilité, il trouve les chemins qui conduisent à bon port. Homme de confiance, il passe à travers les périls et les complots des méchants pour accomplir sa mission.

    
Apprenons de lui cette espérance en l'avenir qui déjoue les enchaînements de la fatalité et les obstac1es des contretemps parce qu'elle trouve en la Parole de Dieu la certitude du bien et parce qu'elle prend appui sur la force même de Dieu pour l'accomplir.

 
                                                                                                  
La Communauté des Frères de Lyon
 

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Au Brésil : La "Pastorale de la Visitation"

 

  J'étais au Brésil à la fin du mois de janvier 2005, dans l'Etat de Rio Grande Do Sul dont le chef-lieu est Porto Alegre. Je n'étais pas là pour participer au Forum Mondial Social qui se tenait, les mêmes jours, dans cette ville. J'ai cependant pu avoir quelques échos de ses propositions qui contestent une mondialisation dominée entièrement par le marché et qui tendent à un développement mieux partagé par tous.
 

   Mes activités consistaient à animer quelques rencontres de formation liées aux communautés des Frères de la Sainte Fa­mille (5 communautés au Brésil).

Je me suis également intéressé à l'Eglise locale de ce pays et je vous présente une expérience pastorale que j'ai trouvée fort intéressante. Il s'agit de celle qu'on appelle "pastorale de la visitation". Je l'ai trouvée en pleine activité dans la paroisse du Christ-Roi de Marau.
 

   Marau, une ville de 35000 habitants, en pleine expansion industrielle, qui ne compte qu'une seule paroisse tenue par les Frères Capucins. Elle a une église paroissiale et, dans les alentours de la ville, une trentaine de "capelas" (lieux où se réunit chaque communauté chrétienne).

   Dans cette paroisse, depuis quelques années, on a formé plus d'un millier de laïcs comme "agents de pastorale". Des religieux (Frères de la Sainte Famille) et des religieuses apportent leur collaboration.
 

  Ces "agents de pastorale" président les célébrations de la  Parole dans les "capelas", préparent aux sacrements, assurent la catéchèse, etc... et ils pratiquent la "pastorale de la visitation", c'est-à-dire la visite périodique et organisée de toutes les familles de la paroisse, dans leurs maisons, parfois à des distances considérables.    Au cours de ces visites, ils s'intéressent à la situation de la famille, fournissent des conseils adaptés à chaque situation et essaient de transmettre quelque aspect du message chrétien. Souvent, la visite se termine par un moment de prière.
 

   Cette expérience donne de très bons résultats. Familles et personnes se sentent accompagnées, insérées dans un groupe humain qui partage la même foi. Des liens vivants sont créés entre les membres de la communauté chrétienne: cela contribue à faire, de ces rassemblements et célébrations, des moments d'intense participation.

 
                                                                                                                                                            Frère Théodore Berzal (Belley)